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Un arriéré de 100 000 opérations chirurgicales à travers le Canada

Instruments chirurgicaux pour procéder à une greffe d'organes.

Les salles d'opération seront très occupées à la reprise.

Photo : Getty Images / Hero Images

Radio-Canada

Il y aurait un arriéré d’environ 100 000 interventions chirurgicales dites « non urgentes » au pays en raison de la pandémie de COVID-19, selon les estimations de CBC News. Et rattraper cet arriéré ne sera pas de tout repos.

Les opérations liées aux cancers, les opérations du cœur, les greffes et autres opérations sensibles au facteur temps devront être priorisées, selon le Dr Shaf Keshavjee, chirurgien en chef du University Health Network de Toronto.

Selon lui, tant et aussi longtemps qu’un vaccin ne sera pas disponible à la population générale, les hôpitaux devront rester prêts à agir dans l’éventualité où une seconde vague de cas de COVID-19 s’y présenterait. Entre-temps, dit-il, chaque patient devra subir un test diagnostic pour la COVID-19 avant de passer en salle d’opération.

Le portrait d'un homme en sarrau

Le Dr Shaf Keshavjee estime qu'il y a plusieurs conditions à une reprise des opérations dites « non urgentes »

Photo : Photo offerte par le University Health Network

Et ce n’est pas tout : le gouvernement devra donner un coup de main en garantissant que le temps supplémentaire sera payé et que l’accès à l’équipement de protection personnelle ne sera pas interrompu, explique le Dr Keshavjee.

Et nous devrons également, d'une manière ou d'une autre, augmenter progressivement notre capacité à rattraper notre retard en plus de faire face à l'arrivée de nouveaux patients.

Dr Shaf Keshavjee

100 000 cas comme celui de Mme Beattie

Cette estimation est basée sur les données fournies par les ministères provinciaux et territoriaux de la Santé, recoupées avec les données de référence de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) sur le nombre d'interventions pratiquées au cours des années précédentes, lorsque les quotas d’opérations étaient normaux.

Selon CBC News, il y aurait donc environ 100 000 personnes dans un cas similaire à celui de Sherry Beattie, d’Erinsville en Ontario.

Deux personnes regardent vers l'objectif

Sherry Beattie et son mari, Jim

Photo : Photo offerte par Sherry Beattie

Elle affirme que son cœur est comme une machine à laver déséquilibrée lorsqu'elle est en cycle d'essorage. Elle a découvert qu'elle souffrait de fibrillation auriculaire – un rythme cardiaque irrégulier – après avoir subi un AVC à l’âge de 58 ans.

Son état est en partie contrôlé par des médicaments. Mais Mme Beattie, qui a aujourd’hui 61 ans, souffre de fatigue chronique et s’essouffle rapidement si elle monte les escaliers ou marche trop rapidement.

Après avoir attendu près d'un an, elle a finalement reçu un appel l'informant qu'elle devait subir une ablation cardiaque, une procédure pour corriger son arythmie, à l'hôpital général de Kingston à la fin de mars.

Quelques jours plus tard, la procédure a été annulée car les hôpitaux ont interrompu toutes les opérations, sauf les plus urgentes, pour libérer des ressources pour un afflux prévu de cas de COVID-19.

Selon une estimation de la Société canadienne de cardiologie, entre 15 000 et 20 000 Canadiens ont probablement vu leur procédure cardiaque retardée en raison de la COVID-19.

Les hôpitaux du Canada continuent de pratiquer des opérations chirurgicales pour des patients à haut risque de décès ou d'invalidité s'ils ne sont pas traités dans les jours ou les semaines qui suivent. Ceci comprend les cancers urgents et les cas cardiovasculaires.

Mais il y a encore des milliers de patients atteints de maladies cardiaques et de cancer qui ont été jugés moins urgents dont les procédures ont été retardées. La Société canadienne du cancer et la Fondation des maladies du cœur et de l'AVC ont constaté une augmentation du nombre de personnes qui se tournent vers leurs ressources en ligne.

Et selon le ministère de la Santé de l'Ontario, les opérations chirurgicales contre le cancer ont diminué d'environ 40 % entre le 15 mars et le 12 avril par rapport à la même période l'an dernier. En supposant que la demande de traitement contre le cancer n'a pas diminué depuis l'année dernière, environ 1700 patients ont vu leur opération contre le cancer reportées en Ontario seulement - et le nombre continue d'augmenter chaque jour.

« Beaucoup d’anxiété »

La pandémie a mis le système de santé dans une « situation impossible », selon Andrea Seale, chef de la direction de la Société canadienne du cancer. Les patients dont les procédures ont été retardées souffrent de « beaucoup d’anxiété », explique-t-elle.

Si vous souffrez d'un cancer, votre vie a déjà été bouleversée, et la situation causée par la pandémie en rajoute. Le cancer n'arrête pas de progresser pendant la pandémie.

Andrea Seale, chef de la direction de la Société canadienne du cancer

Et il y a des milliers d'autres interventions chirurgicales – y compris des volumes élevés d’opérations des cataractes et d’arthroplasties de la hanche et du genou – qui ont également été annulées.

Le portrait d'une femme

Andrea Seale affirme que la situation cause beaucoup d'anxiété chez les patients.

Photo : Photo offerte par Andrea Seale

Les spécialistes et leurs équipes tentent de rester en contact avec les nombreux patients en attente. Ils essaient de les rassurer, de leur expliquer qu'ils n'ont pas été oubliés et tentent de surveiller ceux dont les conditions risquent de se détériorer, selon le Dr Keshavjee.

Les chirurgiens sont extrêmement inquiets, explique-t-il. Ils voient les listes d'attente s'allonger et reçoivent beaucoup d’appels de patients anxieux et inquiets.

La crainte de la COVID-19… et du burnout

Rattraper cet arriéré voudra aussi dire que les chirurgiens devront éviter l'épuisement professionnel, selon le Dr Andrew Krahn, cardiologue à Vancouver et président de la Société canadienne de cardiologie.

Personne désire subir une intervention chirurgicale effectuée par un groupe de personnes fatiguées, surchargées de travail et qui ne dorment pas bien, explique-t-il. Il va falloir trouver le bon équilibre.

En plus des possibilités de burnout, les dirigeants d’hôpitaux et la santé publique devront guetter le retour possible de la COVID-19.

Sans vaccin, l’arriéré d’opérations chirurgicales ne pourra jamais être rattrapé si les Canadiens cessent d’observer les règles de distanciation physique, selon les experts interviewés. Si les cas de COVID-19 augmentent, les opérations chirurgicales devront à nouveau être rapidement interrompues.

Avec les informations de Nicole Ireland de CBC News

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