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L'uniforme de policier, un atout pendant plusieurs heures pour le tireur de Portapique

Des fleurs, des ballons, des animaux en peluche et un drapeau de la Nouvelle-Écosse devant une croix de bois, rassemblés sur le bord d'une route.

Mémorial improvisé à la mémoire de Kristen Beaton à Debert, qui a perdu la vie lors de la tuerie du dimanche 19 avril 2020 en Nouvelle-Écosse.

Photo : Reuters / Tim Krochak

Radio-Canada

Pour bien des Néo-Écossais, la matinée du dimanche 19 avril était comme celle des autres dimanches : ils vaquaient à leurs occupations habituelles, ignorant complètement qu’un tueur déguisé en policier était en cavale dans leur région à ce moment-là, multipliant les victimes sur son passage.

Un peu avant 9 h, Tom Bagley, un vétéran de la marine et pompier retraité de 70 ans, parlait au téléphone avec sa fille avant de quitter la maison pour faire une promenade. À 9 h 59, Heather O’Brien a envoyé un dernier message à sa famille dans un site de clavardage et peu après 10 h, Kristen Beaton échangeait des textos avec son mari. Lillian Hyslop se dirigeait vers le parc provincial Wentworth.

Au même moment, les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et d’autres corps de police de la province recherchaient activement Gabriel Wortman, un homme de 51 ans portant un déguisement de policier qui conduisait une réplique d’un véhicule de la GRC. Ils avaient entendu pour la première fois samedi soir vers 22 h 30 que le suspect dans une fusillade pouvait conduire une réplique d’autopatrouille.

À 7 h dimanche matin, l’amie de cœur de l’homme recherché a confirmé à la GRC qu’il portait un déguisement de policier et conduisait une réplique d’un de leurs véhicules.

L’information est partagée rapidement auprès des forces policières de toute la province dans un bulletin spécial BOLO [Be On The Lookout]; le terme BOLO est utilisé par les forces de l’ordre pour désigner un individu activement recherché.

Ce n’est qu’environ trois heures plus tard que la GRC a diffusé à tous l’information en publiant un message sur Twitter.

Tom Bagley.

Le corps de Tom Bagley, un vétéran de la marine et pompier retraité, a été retrouvé sur la propriété de ses voisins. Il aurait eu 71 ans mardi.

Photo : Jeff Flanagan

Un délai inconcevable pour les proches des victimes

Heather Matthews, une amie de Lillian Hyslop, s’explique mal pourquoi la GRC a mis tant de temps à diffuser des informations qui auraient pu sauver des vies.

Il semble que la police a su un peu avant 7 h dimanche matin qu’il [le tueur] conduisait [une réplique d’autopatrouille], mais ils n’ont informé le public que plus de trois heures plus tard, a-t-elle dénoncé vendredi de sa maison à Wentworth.

Avertir les gens de rester en sécurité. Est-ce si difficile à faire? Je pense qu'ils ont échoué.

Heather Matthews

Mme Matthews marchait dehors en compagnie de son mari quand Lillian Hyslop a été tuée et elle a entendu les coups de feu. Elle est convaincue qu’un avertissement de la police aurait pu changer le déroulement de la journée.

Je suis sûre que si elle avait reçu une alerte ou que nous avions été avertis plus tôt dans la journée, comme si nous étions sortis pour déjeuner, aucun de nous n’aurait été se promener, ajoute-t-elle.

Des fleurs, des bouquets, des animaux en peluche et un message personnalisé déposés sur le bord d'une route.

Le mémorial improvisé en mémoire de Lillian Hyslop, le long d'une route à Wentworth.

Photo : The Canadian Press / Liam Hennessey

Six victimes en trois heures

Entre 7 h et 10 h 17 – heure du message Twitter de la GRC – le tueur a fait six victimes.

Vers 9 h 30, deux agents correctionnels connus du tireur, Sean McLeod et Alanna Jenkins, sont tués à Wentworth et leur maison incendiée. Le corps d’un voisin, Tom Bagley, a aussi été retrouvé sur les lieux.

Peu de temps après, à 1 km au sud, c’est Lillian Hyslop, une retraitée, qui est tuée à l’entrée du parc provincial Wentworth.

Heather O’Brien et Kristen Beaton sont tombées sous les balles du tueur dans leurs voitures à quelques minutes d’intervalle près de Debert, 30 km plus loin sur la route 4. Les feux femmes étaient des infirmières à domicile.

Plus tôt cette semaine, Nick Beaton disait à la radio de CBC qu’il n’aurait jamais laissé sa femme enceinte, Kristen, quitter la maison pour visiter un client dimanche matin, s’il avait su que le tireur dont ils avaient entendu parler la veille était encore en liberté.

Tout était calme, alors nous avons pensé que c’était fini. Qu’il avait été attrapé ou qu’il était parti, a-t-il expliqué.

Kristen Beaton, le jour de son mariage.

Kristen Beaton

Photo : The Canadian Press / GoFundMe

C’est en lisant dans Facebook la publication d’un ami qui écoutait la radio des services d’urgence que Nick Beaton a appris que le tireur était dans leur région. Il a envoyé un message texte à sa femme lui disant de ne pas s’arrêter pour des autostoppeurs ou un étranger qui lui ferait signe.

Je ne savais pas qu’il portait un uniforme de police ou qu’il était dans une autopatrouille ou ce qui pourrait lui ressembler, jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Nick Beaton

Vendredi, le surintendant Darren Campbell qui est officier des services de soutien pour la GRC en Nouvelle-Écosse, a tenté d’expliquer le délai dans la transmission d’informations.

Une plainte initiale concernant une fusillade à Portapique a été reçue tard samedi soir. Les policiers ont été de maison en maison à la recherche de victimes et du suspect.

Ce dernier a été assez rapidement identifié. Les policiers ont su assez tôt qu’il avait trois anciens véhicules de police : deux avaient été incendiés à son chalet à Portapique et un autre était dans le garage de sa résidence dans la région d’Halifax.

Ils n’ont su qu’aux aurores que le suspect recherché avait un quatrième véhicule, une Ford Taurus non immatriculée, qui était une réplique exacte d’une autopatrouille de la GRC.

Je crois que tout le monde peut comprendre que cela complique la donne, a indiqué le surintendant Campbell. Je suis policier depuis près de 30 ans et je ne peux imaginer un ensemble de facteurs plus horribles : vous recherchez quelqu’un qui vous ressemble, a-t-il indiqué.

Le suspect avait un avantage évident sur la police, sur le public, sur chacune des personnes qu’il a pu rencontrer tout au long de son carnage.

Darren Campbell, surintendant à la GRC

Vendredi, à la radio de CBC, la commissaire de la GRC Brenda Lucki a admis que des vies auraient peut-être pu être sauvées si le public avait été informé plus tôt du fait que le tireur était déguisé en policier. Tout est possible. Absolument, a affirmé la commissaire.

Brenda Lucki a assuré que la GRC procédera à un examen approfondi de ce que la GRC a fait ou pas en lien avec la tuerie en Nouvelle-Écosse. Aucune vie ne devrait être perdue en vain. Nous devons y voir, a-t-elle ajouté.

Avec les informations de Jonathon Gatehouse de CBC News

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