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L’industrie du homard déstabilisée par la COVID-19

Un pêcheur lance une bouée à l'eau. Il se trouve sur un bateau et est entouré de casiers pour la pêche au homard.

La pandémie de la COVID-19 touche de plein fouet l’industrie du homard qui repose en grande partie sur les marchés d’exportation.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Tant aux Îles-de-la-Madeleine qu’en Gaspésie, plusieurs pêcheurs redoutent les conséquences d’une pêche dans un marché complètement effondré.

Après des discussions sur un possible report ou même sur une éventuelle annulation de la saison de pêche, les homardiers madelinots de la zone 22 partiront le 9 mai. Pêches et Océans a publié, vendredi, le plan de pêche des 325 homardiers madelinots.

La saison de pêche au homard, qui a été retardée de deux semaines en Gaspésie, devrait aussi être lancée le 9 mai pour les zones 19, 20 et 21.

Plusieurs pêcheurs craignent toutefois une saison désastreuse sans aucune rentabilité. Pire : que cette mauvaise saison se répercute sur les saisons à venir.

Des marchés en repli

La pandémie de la COVID-19 touche de plein fouet l’industrie du homard qui repose en grande partie sur les marchés d’exportation.

Homards.

La saison de pêche au homard en Gaspésie devrait aussi être lancée le 9 mai pour les zones 19, 20 et 21.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

La fermeture des restaurants, l’effondrement de l’industrie touristique et le confinement se répercuteront sur les prix. Tous les restaurants sont fermés. C’est là que se consomme 80 % du homard vivant, commente le directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels de la Gaspésie, O’Neil Cloutier.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

En Gaspésie, la saison pourrait démarrer avec un prix d’environ 3 $ la livre au débarquement, comparativement à un prix moyen qui s'élevait l’an dernier entre 6 $ et 7 $ la livre.

Et ça pourrait descendre encore plus, craint O’Neil Cloutier. La congestion va se faire à l’intérieur des usines. À un moment donné, elles ne pourront plus acheter ou sinon, elles vont dire : "allez pêcher à une piastre".

Les pêcheurs ne peuvent pas, dit-il, embaucher la main-d’oeuvre, préparer le bateau, les casiers, les appâts pour deux semaines de pêche. On ne s’en va pas à la pêche à la truite sur un lac!, illustre-t-il.

O'Neil Cloutier.

Le porte-parole du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, O'Neil Cloutier (archives)

Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis

Le porte-parole des homardiers gaspésiens se souvient de crises précédentes qui ont marqué durablement l’industrie.

En 1989-90, raconte-t-il, alors que le homard se vendait 3,75 $ la livre au débarquement, les prix sont descendus en une semaine à 1,75 $ et sont demeurés à ce niveau durant les trois saisons suivantes.

Après la crise de 2008, ajoute-t-il, les prix ont stagné autour de 4 $ pendant cinq ans.

Une pêche limitée?

La pêche au homard, aux Îles et en Gaspésie, s’étend sur 10 semaines, mais les seules limites imposées sont celles du nombre de casiers par pêcheur et les règles entourant la levée des casiers.

Au cours des dernières semaines, les pêcheurs et les transformateurs ont tenté de s’entendre sur différentes mesures pour empêcher une accumulation des stocks. Sans résultat jusqu’à maintenant.

Ça va "crasher". Il y a un réel danger pour les pêcheurs et pour l’industrie de la transformation.

O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie

Selon le homardier, le volume de homard pêché en moyenne au Canada et aux États-Unis, environ 165 000 tonnes, devrait être réduit du tiers pour éviter l’hécatombe.

Sans entente entre les pêcheurs et les transformateurs sur une baisse des volumes pêchés, O’Neil Cloutier rapporte que les homardiers pourraient demander à la ministre de réduire la semaine de pêche d’une journée, le dimanche. Les pêcheurs seront consultés en fin de semaine à cette effet.

Un bateau dans un have de pêche.

Les premiers débarquements de homards en Gaspésie pourraient avoir lieu le 9 mai.

Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis

Ils ont aussi demandé qu'il soit interdit de rapporter à quai les homards auxquels il manque une pince ou des pattes. Ces bêtes représentent 10 % des prises.

Dans le contexte où au niveau de la transformation et au niveau de Pêches et Océans, personne n’est intéressé à un mécanisme de régulation des débarquements, c’est peut-être quelque chose qu’on pourrait faire accepter au MPO, ça pourrait rentrer dans les plans de pêche et des permis.

Des mesures d'aide mal adaptées

Par ailleurs, les homardiers se demandent s’ils pourront recevoir de l’aide du gouvernement fédéral. Plusieurs compagnies de pêche n’ont pas de compte d’entreprise. C’est une condition pour que les entreprises puissent accéder au prêt d’urgence de 40 000 $.

De même, certaines entreprises de pêches ne se qualifieront pas à la Subvention salariale d’urgence de 75 %. L'Agence du revenu du Canada refuse les liens de parenté. On sait bien que dans la pêche, les flottilles sont constituées de gens qui sont apparentés, soit un frère, soit un père, soit un cousin, un fils, une fille , explique O’Neil Cloutier.

Bernadette Jordan a l'extérieur devant un micro, vêtue d'un manteau d'hiver.

Bernadette Jordan, ministre des Pêches et députée fédérale de South Shore-St. Margarets, en Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les pêcheurs ont demandé à la ministre des modifications à ces deux programmes pour les rendre plus accessibles aux entreprises de pêche. Ils ont aussi demandé à la ministre Jordan un programme d’aide spécifique aux pêches.

À deux semaines du début de la pêche, le porte-parole des homardiers gaspésiens estime que les réponses à ces demandes se font inutilement attendre.

Si on ne peut pas rentabiliser nos opérations parce que le prix est trop bas ou qu’on arrête de pêcher après une semaine d’activité, est-ce qu’un programme peut nous aider? On avait demandé à la ministre de nous répondre avant le 24 avril de façon à ce qu’on puisse organiser la pêcherie. Il y a 200 milliards sur la table, mais il n’y a pas l’air d’avoir grand-chose pour les pêcheurs.

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