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François Legault, Danielle McCann et Horacio Arruda à leur arrivée à la conférence de presse.

François Legault a dû se résoudre à faire appel à l'armée pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre dans les CHSLD.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

C’est après Pâques que le vent a tourné, lorsque François Legault a compris que l’histoire d’horreur au CHSLD Herron ne serait pas unique. Quand la COVID-19 entre dans un CHSLD, a dit le premier ministre hier, c’est comme mettre le feu dans une botte de foin. C’est devenu la crise dans la crise, celle que le gouvernement n’avait pas vue venir.

Les deux dernières semaines ont été marquées par une série de faux pas qui ont finalement abouti mercredi à l’appel à l’armée canadienne.

Le premier ministre a tout fait pour régler la crise au Québec, mais il s’est vite retrouvé coincé entre sa bureaucratie et son désir d’entamer rapidement le déconfinement.

L’appel aux médecins spécialistes la semaine dernière prend tout le monde par surprise. Le lendemain, une conférence téléphonique d’urgence est organisée par le négociateur de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et ancien premier ministre Lucien Bouchard. François Legault, qui est accompagné du président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, baisse le ton. On a besoin de bras dans les CHSLD, dit-il à la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur.

L’affaire s’organise rapidement, mais le plan se complique quand le gouvernement annonce en pleine conférence de presse qu’il veut ouvrir 50 % des salles d’opération. Les hôpitaux sont moins occupés que prévu, Québec veut lâcher du lest, mais il devient du coup plus difficile de libérer les chirurgiens.

Les messages sont contradictoires, mais François Legault s’en tirera bien malgré tout. Les médecins spécialistes sont des mal-aimés de l’opinion publique.

Même si des milliers de médecins, d’infirmières ou de préposés aux bénéficiaires se manifestent, le premier ministre constate que les offres de service restent sans réponse.

La machine ne suit pas

Les CHSLD sont peut-être devenus l’urgence nationale, mais clairement la machine ne suit pas.

Le comité COVID mis sur pied par le ministère de la Santé et des Services sociaux compte onze sous-comités et aucun ne concerne les CHSLD. Il a fallu y voir.

La structure est ainsi faite que le sous-ministre responsable du comité COVID n’est pas dans la cellule de crise qui conseille le premier ministre, tandis que le sous-ministre responsable des CHSLD n’est pas dans le comité COVID; le sous-ministre responsable des ressources humaines, lui, n’est ni dans le comité COVID ni dans la cellule de crise.

C’est un comité par-dessus un autre comité, illustre une source, et quand une directive est donnée, on réévalue la demande à chaque niveau hiérarchique.

L’urgence nationale a fait place à la lourdeur nationale.

L’appel à l’armée

Le lundi de Pâques, lors de la rencontre entre les chefs des partis d’opposition et François Legault, le chef libéral Pierre Arcand évoque le recours à l’armée pour apaiser la crise dans les centres pour personnes âgées. Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, est contre, Manon Massé de Québec solidaire est plus nuancée.

François Legault espère une solution québécoise.

Sur le terrain, le recrutement est lent malgré la réponse. Les physiothérapeutes, les hygiénistes dentaires, les dentistes se portent volontaires. Il existe au Québec une quarantaine d'ordres professionnels. Mais il est impossible de les déployer correctement. François Legault arrive au bout de ses ressources.

Le premier ministre Doug Ford est sur le point de demander l’aide de l’armée. Les deux hommes sont proches et s’envoient souvent des textos. L’histoire ne dit pas si les deux premiers ministres ont coordonné leurs demandes, mais c’est le même jour qu’ils demanderont l’aide du fédéral. Ce hasard aura le mérite de limiter les réactions du reste du Canada.

François Legault est profondément affecté. C’est gênant, dit-il en conférence de presse. Deux sources racontent qu’il est sombre et déçu. Il a perdu une semaine et politiquement il est exposé alors qu’il sait qu’il devra répondre à la question pourquoi avoir attendu si longtemps?

Le déconfinement

Il y a deux mondes, répète le premier ministre depuis quelques jours. Le monde des CHSLD, toujours sous pression, et le reste du Québec, qui a réussi à aplatir la courbe. Le prochain test du gouvernement est d’organiser la reprise des activités scolaires et économiques. Un véritable casse-tête alors que personne ne sait trop comment le virus se comportera. On nage dans l’inconnu.

Après la présentation de ces plans de reprise, lundi et mardi, il est possible que le point de presse quotidien du premier ministre fasse relâche. Plusieurs observateurs pensent que ce rendez-vous quotidien commence à le desservir.

Comme le disait un parlementaire libéral expérimenté, un gouvernement a besoin d’une opposition forte surtout quand ça va mal. Il peut ainsi se mettre en valeur en répondant aux questions.

Ce sont les ministres, qui commencent à manquer de lumière, qui devraient prendre la relève.

Les affaires de l’État doivent reprendre.

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