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Les hauts et les bas de la créativité en temps de crise

Gros plans sur un artiste qui joue de la guitare.

Pour certains, le confinement forcé donne du temps pour perfectionner la maîtrise d'un instrument de musique. Pour d'autres, la crise sanitaire est trop stressante pour jouer.

Photo : Radio-Canada

Les mesures de confinement sont une « arme à double tranchant » pour les artistes et les gens qui veulent se lancer dans de nouveaux projets de création, estiment des experts du milieu artistique.

Bien des artistes professionnels vivent beaucoup de stress et se sentent incapables de créer, affirme Denis Chouinard, réalisateur et professeur en cinéma à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pour les artistes qui gagnent leur vie [avec leur art], ou pour qui c’est l’occupation principale, je pense que ce bouleversement-là qui est traversé actuellement peut être une source [d’inspiration], mais peut aussi paralyser d’une certaine façon.

Denis Chouinard dans un studio de radio.

Le cinéaste Denis Chouinard s'intéresse à la créativité en temps de crise.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

La nature même de l’artiste est individuelle. Les gens ne vont pas tous réagir de la même manière, ajoute M. Chouinard.

Je discutais avec le guitariste d’un groupe de rock montréalais il y a quelques jours et il m’a dit que, depuis le début de la pandémie, il n’a pas sorti sa guitare. Il n’est pas capable de jouer, car il n’arrive pas à se concentrer.

Denis Chouinard, réalisateur et professeur de cinéma à l'UQAM

M. Chouinard croit que la situation actuelle empêche des artistes de se retrouver dans l’état d’esprit nécessaire à la création.

Son de cloche similaire du côté de Louise Déry, directrice de la Galerie de l’UQAM et historienne de l’art contemporain, qui a aussi noté beaucoup d’anxiété chez des artistes professionnels à qui elle a parlé dans les dernières semaines.

Louise Déry au studio 91 de Radio-Canada, à Montréal, le 28 janvier 2018.

Louise Déry, directrice de la Galerie de l'Université du Québec à Montréal

Photo : Radio-Canada / Mathieu Arsenault

Des artistes à qui elle a parlé disent même se remettre en question. Ils réfléchissent beaucoup à la pertinence et au sens de ce qu’ils font dans la société en ce moment.

Mme Déry souligne que l’adversité est souvent le moteur de la créativité, mais qu’en ce moment c’est un peu exacerbé par la situation, qui est bouleversante.

De nouveaux créateurs

La pandémie offre beaucoup plus de temps libre, surtout aux gens privés de travail, ce qui peut donner l’occasion à certains de se lancer dans des projets artistiques laissés de côté, maintenant qu’ils n’ont plus l’excuse d’être trop occupés, admet Denis Chouinard.

Soudainement, le fait d’avoir du temps va forcément permettre à des gens justement de s’évader de l’anxiété ambiante grâce à l’art, ajoute-t-il. Ça peut créer du beau.

Ceux qui vivent de façon frénétique, eux, le confinement peut les amener, l’espace d’une crise, à devenir des musiciens, des biographes, des archivistes, des gens qui retrouvent un intérêt pour l'artisanat, les arts visuels, qui sait, l’écriture, explique pour sa part Louise Déry.

C’est le cas du Torontois Jean-François Gosselin, qui après avoir reçu des encouragements de plusieurs de ses proches, a commencé récemment à écrire un roman inspiré à la fois d’une expérience personnelle et de la pandémie.

M. Gosselin raconte qu'une pneumonie l'a terrassé en 2002. J’avais 75 % de chances de mourir. J'ai été un mois dans le coma, confie-t-il.

Il explique qu’il fait de recherche sur la pandémie actuelle pour bonifier son histoire.

Jean-François Gosselin pose pour une photo.

L'écriture permet à Jean-François Gosselin de s’exprimer, alors qu’il ne peut pas s’adonner à une de ses activités de prédilection, soit l’animation d’une émission à la radio communautaire francophone de Toronto, CHOQ-FM.

Photo : Jean-François Gosselin

Pour sa part, Magalie Durepos-Létourneau, une élève de 12e année de Timmins, profite de son temps libre pour jouer de la guitare.

Elle raconte avoir appris les bases de cet instrument en 9e année, mais qu’elle n’avait pas eu l’occasion de se perfectionner depuis.

Magalie et Marie-Pierre dans la cabine d'un hélicoptère.

Magalie Durepos-Létourneau (à gauche) en hélicoptère avec sa petite soeur, Marie-Pierre (archives)

Photo : Courtoisie

Elle regarde des vidéos sur YouTube et se sert d’Internet pour apprendre plus d’accords.

Elle admet que si jouer de la guitare lui fait du bien, il s’agit avant tout d’un loisir qui lui permet de se changer les idées.

Elle dit donc comprendre qu’un musicien professionnel, qui ignore quand il pourra recommencer à gagner sa vie grâce à son art, puisse ressentir beaucoup de stress en ce moment.

Que retiendra-t-on des oeuvres créées pendant la pandémie?

Louise Déry n’a pas l’impression que la pandémie permettra la création de plusieurs grandes oeuvres d'art qui passeront à l’histoire, car beaucoup d'artistes n'auront pas la concentration nécessaire.

Elle croit toutefois que la pratique de l’art en ce moment est importante, surtout pour les parents et leurs enfants.

Ça ne donnera pas nécessairement des oeuvres, des choses qui vont durer sur le plan artistique, mais en ce moment ça donne de la cohésion

Louise Déry, directrice de la Galerie de l’UQAM et historienne de l’art contemporain

Denis Chouinard, de son côté, a hâte de voir le fruit des élans de créativité de ceux qui ne sont pas paralysés par l’anxiété, notamment les cinéastes, professionnels ou amateurs.

Peut-être que les objectifs des caméras vont se tourner vers les créateurs, les cinéastes, qui vont se mettre eux-mêmes en scène. Ça risque d’être assez intéressant comme exercice.

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