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COVID-19 : incursion dans la tête de ceux qui cherchent un vaccin

Ping Wee, un scientifique, travaille en laboratoire. Il porte un masque de protection.

La compagnie biotechnologique Entos Pharmaceuticals, à Edmonton, affirme avoir mis au point un vaccin contre le coronavirus devant encore être testé.

Photo : Radio-Canada / Nafi Alibert

Alors que le monde tourne au ralenti depuis l'éclosion de la pandémie de COVID-19, le temps s'est accéléré pour les chercheurs qui tentent de trouver un vaccin contre le coronavirus, mais dans quel état d'esprit travaillent-ils?

En tant que scientifique, il n’y a rien de plus motivant que de travailler pour faire avancer une cause, répond d’emblée, au nom de son équipe, le directeur scientifique Arun Raturi.

Dans ce laboratoire chapeauté par l’Université de l’Alberta, Entos Pharmaceuticals, la dizaine de chercheurs de l'équipe d'Arun Raturi venait de mettre au point une plateforme de livraison de médicaments contre le cancer quand la pandémie de COVID-19 a éclaté.

Nous savions que notre plateforme pouvait servir à la vaccination, poursuit-il. Après concertation avec notre équipe, nous avons décidé de mettre toute notre expertise à l’élaboration d’un vaccin contre le coronavirus.

Ce changement de cap a marqué le début de la course de vitesse pour l'équipe de scientifiques.

Pression

Sur son espace de travail, le spécialiste en biologie cellulaire Ping Wee formule des nanoparticules pour l’élaboration du précieux vaccin.

Un chercheur avec un masque fait des expériences dans un laboratoire lors des manipulations.

Comme ses collaborateurs, Ping Wee doit obligatoirement porter un masque N95 dans le laboratoire.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lévesque

L’agitateur avec lequel le scientifique tente de détecter des anticorps du coronavirus pourrait rythmer la frénésie de ses journées.

Depuis plus d’un mois, il travaille en moyenne 12 heures par jour pour accélérer la recherche sur ce vaccin à ADN contre la maladie.

Personne n’aime les pandémies, mais c’est très excitant pour un scientifique : il y a beaucoup de choses à apprendre, avoue-t-il. C’est vrai que l’ambiance a un peu changé, maintenant il y a plus de pression, car on veut vite arriver aux essais cliniques.

Distanciation physique oblige, l’équipe de scientifiques doit se relayer 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour respecter les mesures sanitaires dans les couloirs exigus du laboratoire.

C'est la partie plus difficile que j'ai vécue personnellement, parce qu'il faut regarder et discuter des résultats, mais, parfois, c'était presque impossible, concède l’associée de recherche Katia Carmine-Simmen.

Difficile effectivement de montrer à deux mètres de distance des expériences qui se font dans des contenants de la taille d’un dé à coudre.

Katia Carmine-Simmen est assise à une table avec un microscope.

Katia Carmine-Simmen observe des cultures de cellules humaines sur lesquelles sera testé le vaccin.

Photo : Radio-Canada / Nafi Alibert

Au fil des semaines, la fatigue s’est installée au sein de l’équipe, poursuit Katia Carmine-Simmen.

Des fois, j’ai l’impression d’avoir à peine terminé qu’il faut que je retourne au travail de nouveau, alors que je suis épuisée. Mais ça, c'est la recherche : on sait qu’on doit être disponible 24 heures sur 24, accepte-t-elle.

Si la pression est grande, la motivation au sein de l’équipe l’est tout autant, insiste à nouveau Arun Raturi, afin d’être les premiers à proposer un vaccin pour enrayer la pandémie.

Avec la virulence du coronavirus, il n'y a pas de temps à perdre, dit-il. Ce n’est pas une course, mais une responsabilité, recadre le Dr Raturi.

Fierté, effervescence et anxiété

Pour tous, la fébrilité est grandissante entre les murs du laboratoire.

C'est exceptionnel. C'est pour ça que je commençais à ronger mes ongles, blague Katia Carmine-Simmen.

J'aime bien l'aspect humain de la situation de la recherche, raconte-t-elle. Maintenant on a la possibilité de faire une grande différence pour la majorité des personnes sur Terre avec un vaccin qui peut être efficace, pas trop cher et vraiment très facile à produire.

Bien que personne ici ne manipule directement le virus, les chercheurs ramènent aussi un certain stress à leur domicile.

Beaucoup ont des familles, comme Ping Wee, qui cohabite avec son nourrisson et sa belle-mère de plus de 60 ans.

Il y a un petit peu plus d’anxiété, ressent-il, je dois prendre des précautions chaque fois que je viens au travail. Maintenant je dors sur le sofa, je porte un masque à la maison et je ne l'enlève que pour manger et dormir, pour ne pas contaminer ma famille.

Gros plan sur le visage du docteur Arun Raturi.

Arun Raturi dort quant à lui dans son sous-sol, comme d’autres de ses collaborateurs.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lesveque

Les attentes, elles, se font aussi pressantes dans le monde extérieur.

C'est difficile d’expliquer à tout le monde que ce n'est pas simple de produire un vaccin, note Katia Carmine-Simmen. « Je ne veux pas que tout le monde dise : “Ah, j'ai besoin du vaccin, est-ce que je peux l'avoir?” »

Je me sens un peu sous pression. C'est pour ça, peut-être, que je ne parle pas beaucoup de mon travail à tout le monde. Comme ça, il y a moins de questions.

Dre Katia Carmine-Simmen

Quand on lui demande quand est ce que le vaccin sera au point, ma réponse est toujours la même : je travaille là-dessus, il faut avoir un peu de patience, répète-t-elle.

Les scientifiques commencent à tester leurs vaccins sur des cellules humaines en culture avant d'avoir l'aval de Santé Canada pour passer aux essais cliniques, dont on ne connaîtra pas les résultats avant encore de long mois.

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Alberta

Vaccination