•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Rouler librement sur les routes de l’Amérique en temps de coronavirus

Les occasions de sortir du camion sont plus rares que jamais avec les mesures contre la pandémie. Mais quel bonheur de rouler sans trafic! Des camionneurs nous racontent comment ça se passe pour eux.

Une route presque déserte et des montagnes enneigées au loin.

Des cyclistes le long de l’autoroute 80 entre Salt Lake City et Park City, en Utah.

Photo : Courtoisie de Stéphanie Maude Savard

Danielle Beaudoin

« Là, on arrive à Cheyenne, au Wyoming. On est en direction ouest, on s'en va vers la Californie. » Stéphanie Maude Savard vient de finir son quart de travail. Il est 10 h du matin, le 15 avril.

Pendant qu’elle me parle, sa coéquipière et conjointe, Christine Le Seigle, conduit le gros Volvo. On se relaie comme ça. On roule pratiquement 24 heures par jour.

Les camionneuses de Deux-Montagnes, qui travaillent pour la compagnie Prince, vont surtout en Californie. Elles transportent cette fois-ci des équipements électriques. Elles en reviennent la plupart du temps avec des fruits et légumes.

La pandémie a ralenti le travail. Au lieu de trois voyages par mois, elles en font plutôt deux.

Sur la boîte du camion, il est écrit : Prince. On y trouve aussi des drapeaux du Canada et des États-Unis.

« Notre camion, avec des indications pas trop subtiles qu’on vient du Canada. Et il neige à Laramie, WY aujourd’hui », explique Stéphanie Maude Savard. Photo prise le 15 avril 2020.

Photo : Courtoisie de Stéphanie Maude Savard

Comment ça se passe sur la route? Ça se passe plutôt bien jusqu’à maintenant, répond Stéphanie.

En suivant l’autoroute 80 entre Montréal et San Francisco, elles traversent plusieurs États où il n’y a pas de confinement obligatoire.

On passe à travers l'Iowa, le Nebraska. Là, on est rendues au Wyoming. Après ça, c'est l'Utah [...] Quand tu passes ici, la vie est plus proche de la normale que dans d'autres États.

Je ne peux pas dire qu'il y a beaucoup de choses frappantes, lance Stéphanie. À part quand on arrive à West Wendover au Nevada à la frontière de l’Utah. Une ville où il y a cinq ou six casinos. Pas aussi importants que ceux de Las Vegas, mais quand même gros.

À cause de la pandémie, ils sont fermés.

Les stationnements sont généralement pleins. Mais là, c'était vide, vide, vide. Ça avait l'air carrément d'une ville fantôme.

Stéphanie Maude Savard, camionneuse
Le stationnement est complètement vide.

Un casino de West Wendover, au Nevada, fermé à cause de la pandémie.

Photo : Courtoisie de Stéphanie Maude Savard

Avant la crise, Stéphanie et Christine aimaient bien arrêter dans les casinos pour se reposer.

C'est une chose qu'elles regrettent.

Il y a du stationnement pour les camions; c'est gratuit. Il y avait des services pour nous. On pouvait prendre une douche. C'est propre. Des toilettes propres. On peut prendre un café, arrêter, manger une bouchée. Parce qu'il y a des petits restos. Ça faisait une pause agréable.

La plupart des restaurants sont aussi fermés, partout. Tout ce qui reste ouvert, ce sont les services de commande à l’auto ou à emporter.

Des sushis dans des plats en plastique disposés sur une banquette dans la cabine du camion.

« Puisque les salles à manger sont toutes fermées, on a dû prendre notre sushi pour emporter, et manger dans le camion à El Centro, en Californie », raconte Stéphanie.

Photo : Courtoisie de Stéphanie Maude Savard

Il y a moins d'endroits pour stationner et pour s'arrêter. Il reste les truck stops. Les grosses stations-service pour les camions sont encore ouvertes. Comme Flying J, Love’s.

Christine Le Seigle, camionneuse

Pour le couple, ce n’est pas si grave, puisqu’elles ont l’habitude d’apporter leur nourriture. Mais les deux camionneuses avaient quand même leurs restaurants préférés.

Quand on va au resto, ce qu'on aime beaucoup sur la route, moi pis Stéphanie, ce sont les restaurants indiens.

Elles ont d’ailleurs pris un déjeuner à emporter, le matin même de l’entrevue, au restaurant indien de l’Antelope Truck Stop, en entrant au Wyoming. Un endroit qu’elles aiment bien.

Ça fait qu'on a quand même eu notre déjeuner indien et notre thé aux épices pour déjeuner!

Stéphanie Maude Savard

La patience infinie des camionneurs

C'est sauvage, c'est la nature, c'est beau. Christine décrit le paysage tout en conduisant. Je suis entourée de montagnes. C'est très, très calme, le Wyoming. C'est très peu peuplé. Y'a presque personne. Y'a des camions.

Il ne fait pas tellement beau aujourd'hui. C'est un peu nuageux. Ils annoncent une tempête hivernale à la fin de l'après-midi, mais moi je vais avoir passé le Wyoming. Donc, je ne serai pas dans la tempête. Je vais déjà être rendue dans l’Utah quand ça va commencer, raconte Christine.

Drôle de hasard. Je joins une autre camionneuse, Guylaine Brûlé, le lendemain matin, qui file aussi vers la Californie avec son partenaire pour la compagnie Trans-West. Elle est prise dans cette tempête, stationnée le long d’une route secondaire, près de Cheyenne, au Wyoming. On est arrêtés, ça fait déjà quatre heures. Et puis, ils disent encore un autre 12-13 heures, soupire Guylaine.

Qu’allez-vous faire pendant tout ce temps? On attend. On n'a pas le choix. On attend. Y'a pas grand-chose à faire là. On ne peut pas aller prendre une marche, rien. On est dans le camion. On attend, lance-t-elle d’un ton résigné.

Elle semble avoir cette patience infinie, vertu présente chez bien des camionneurs. Ils auront finalement attendu 8 heures avant de reprendre la route vers Sacramento, me texte-t-elle le lendemain.

Les mesures sanitaires chez les clients

Guylaine me raconte dans le menu détail les mesures prises par un client à Salinas, en Californie, le 17 avril, où elle ramasse son chargement pour le Québec : 24 palettes de laitue romaine, verte et iceberg.

Désinfection obligatoire et distanciation sociale y sont à l’honneur.

Avant d’aller s’inscrire pour récupérer leur cargaison, chaque chauffeur doit se désinfecter les mains. On met à leur disposition de l’eau, du savon, du Purell et du papier essuie-tout. Ensuite, il y a des cônes pour distancer les personnes en attente de s’inscrire. Et l’accès au quai de chargement est interdit aux chauffeurs.

La porte est condamnée.

Les quais ne sont pas accessibles.

Photo : Courtoisie de Guylaine Brûlé

Christine et Stéphanie ont aussi noté des changements dans les entrepôts réfrigérés de la Californie, où sont gardés les fruits et légumes. Quand on va dans les coolers, les mesures sont beaucoup beaucoup plus sévères qu’avant, note Stéphanie.

« C'est sûr que ça, ça a changé », constate aussi Christine.

À cause du coronavirus, ils ne veulent pas qu'on touche à la marchandise. Je n'ai plus le droit d’entrer à l'intérieur pour vérifier la marchandise, prendre la température, tout ça. Je n'ai plus le droit. Je dois attendre dans mon camion.

Christine Le Seigle, camionneuse
Des cartons de salade dans le camion.

Un chargement de coeurs de laitue romaine, transporté par Christine et Stéphanie au début d’avril.

Photo : Courtoisie de Stéphanie Maude Savard

Accéder aux toilettes chez vos clients vous pose-t-il problème? Ça dépend des endroits. Y’en a qui ont fermé les bureaux; ils ne veulent pas du tout, du tout, répond Christine. Des fois, il y a des toilettes à l'extérieur, des toilettes chimiques. Ça, ça va en général, ajoute la camionneuse.

Passer plus de temps dans son camion

Philippe Laberge, qui transporte des matériaux de construction un peu partout aux États-Unis, a aussi vu des changements depuis le début de la pandémie.

Il y a énormément de mesures d'hygiène qui ont été mises en place, de confinement et de distanciation. Ça rend le travail un petit peu moins agréable, dans la mesure où tous les restaurants où on va manger habituellement sont fermés.

On est obligés de carrément vivre dans nos camions, porter des masques dans les endroits publics, particulièrement aux États-Unis. Ils s'attendent à ça. Ici, un peu moins, mais aux États-Unis, beaucoup.

Philippe Laberge, camionneur
Philippe devant son camion.

Philippe Laberge, camionneur chez Challenger Motor Freight, à Cambridge, en Ontario

Photo : Courtoisie de Philippe Laberge

Le travail a un peu diminué aussi pour Philippe Laberge en raison de la pandémie. Au moment de l’entrevue, il avait pris une journée de congé dans un hôtel de Cambridge en attendant le prochain voyage.

Comment vous organisez-vous pour manger, avec les restaurants fermés? C’est bien, répond-il. Il y a toujours les commandes à emporter ou la livraison.

J'ai même un excellent Chinois juste ici à côté que je suis à peu près le seul à aller voir, parce que le monde a peur des Chinois, ironise-t-il. C'est ça. Pauvre monsieur! En plus, il est bien bon; il fait de super beaux lunchs, ça coûte 15 $. Je mange ça à l'hôtel.

L'homme est derrière son comptoir en train d'écrire.

Le restaurateur chinois chez qui Philippe Laberge va chercher à manger. Photo prise le 16 avril.

Photo : Courtoisie de Philippe Laberge

Philippe Laberge n’a pas eu de problèmes à trouver des services sur sa route, mis à part les restaurants fermés. Il trouve que les fournisseurs de carburant aux États-Unis se sont bien organisés. « Y'a des systèmes de truck stops, d'arrêts routiers. Immédiatement, ils ont pris des mesures d'hygiène supplémentaires », remarque-t-il.

Je n'ai eu aucun problème, que ce soit pour prendre des douches ou trouver à manger. Évidemment, on ne mange pas exactement ce qu'on a envie de manger; faut aimer les sandwiches pas mal dans les dernières semaines!

Philippe Laberge, camionneur

Entrer à Toronto à 100 km/h

Qu’y a-t-il de différent sur les routes en temps de pandémie? On voit pas grand-chose justement. L'activité est plus réduite. Y'a rien de réellement spectaculaire. Y'a moins de monde sur les trottoirs, y'a moins de voitures sur les routes, répond Philippe.

Y'a quand même du monde, mais rentrer à Toronto à l'heure de pointe à 100 km/h, on ne voit pas ça souvent!

Philippe Laberge, camionneur

Et c’est comme ça partout en Amérique, ajoute Philippe.

Il est passé par Brooklyn il y deux semaines. Il traversait New York pour se rendre dans le sud du New Jersey. Toutes les fois que j’y suis passé dans ma vie, c'était un mess effrayant. Là, j'ai passé à la vitesse permise tout le long, en plein milieu de la journée!

La route est presque déserte.

L’heure de pointe à Reno, au Nevada, le 17 avril dernier. Photo prise de la cabine du camion de Guylaine Brûlé et son partenaire.

Photo : Courtoisie de Guylaine Brûlé

Parlez-en à Marc Methot, un camionneur de Durham qui transporte des matériaux de construction pour la compagnie South Bec Express en Nouvelle-Angleterre, à New York, en Pennsylvanie et en Ohio.

Au New Jersey, y'a pas personne qui voyage. J'ai jamais vu ça. En 15 ans comme chauffeur, j'ai jamais vu ça. J’ai commencé à trois heures de l'après-midi jusqu'à sept heures le soir. D'habitude, c'est le gros trafic. Là, c'est ouvert comme si c'est minuit le soir tout le temps!, s’exclame Marc Methot.

Gros plan de son visage souriant.

Marc Methot dans un dans une halte routière de High Peaks, dans l’État de New York, à Pâques.

Photo : Courtoisie de Marc Methot

Pour la camionneuse Guylaine Brûlé, la baisse de trafic est un des aspects positifs de la crise actuelle.

Les rues de Montréal ou de Toronto sont dégagées, même aux heures de pointe, remarque-t-elle. D'habitude, Toronto, c'est du trafic du matin au soir. Faut passer dans la nuit pour ne pas pogner de trafic. Écoute, on traverse, c'est fantastique! c'est fantastique!

Malheureusement, c'est le côté, je pense, le plus plaisant de la pandémie; c'est de voir que les routes sont libres.

Guylaine Brûlé
La 520 Ouest est déserte.

« Montréal, ce matin à 10 h! Excusez l’expression, mais “jouissif”! » texte Guylaine Brûlé, lors de retour de la Californie le lundi 20 avril.

Photo : Courtoisie de Guylaine Brûlé

Pas de trafic. Un bienfait de la pandémie, pour tous les camionneurs à qui j’ai parlé.

Certains le disent du bout des lèvres, comme s’ils étaient un peu gênés de trouver du bon pour eux dans cette crise.

Sébastien Vézina, de Lévis, transporte des rouleaux de papier aux États-Unis, dans le Midwest. Il revient souvent avec des produits alimentaires secs.

Sébastien Vézina dans son camion.

Sébastien Vézina, camionneur pour le Groupe Transrapide, à Lévis.

Photo : Courtoisie de Sébastien Vézina

C'est plate à dire, mais sur certains aspects, ça a facilité notre travail, lance-t-il. Il n’y a plus de trafic; il y a beaucoup moins d'accidents.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais des accidents qui impliquent des camions et des autos, il n’y en a plus. C'est un point important.

Sébastien Vézina, camionneur

Et ça va plus vite pour passer aux douanes, note Sébastien.

Le processus aux douanes s'est comme simplifié, parce qu'ils ne veulent presque plus nous parler, ils ne veulent plus checker nos papiers. Fait que des inspections, il n’y en a plus!

Gros plan du camion stationné.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le camion de Sébastien Vézina. Photo prise le 19 août 2019, à la dernière halte routière sur l’autoroute 81 nord, juste avant d’entrer à Alexandria Bay, à la frontière américaine, au pont des Mille-Îles.

Photo : Courtoisie de Sébastien Vézina

Philippe Laberge fait aussi remarquer que le prix du carburant a beaucoup baissé.

Dans tout ce marasme-là, y'a au moins ça qui est un petit peu le fun pour nous autres. Mais c'est très court terme; on aime mieux payer le fuel plus cher pis avoir plus de travail!

« Tout va bien; numéro un! »

Mario Asselin, un camionneur de Chicoutimi, transporte de l’aluminium et du papier. Ces temps-ci, il fait surtout des livraisons en Virginie-Occidentale, en Ohio, au Michigan, en Pennsylvanie. Mais depuis la pandémie et l’économie au ralenti, il travaille moins.

Je le joins alors qu’il vient de faire une livraison d'aluminium à Huntington, en Virginie-Occidentale. Il se dirige vers Mason, en Ohio.

Que voyez-vous sur la route? Je passe en avant d'une église; c'est fermé. Là, je suis dans une petite rue, il y a des maisons, mais rien, personne. Il y a absolument rien qui bouge.

Gros plan de Mario devant son camion.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mario Asselin, de la compagnie Transport Grayson, avec son camion, lors d’un arrêt dans une halte routière à Woodstock, en Ontario, le 17 avril.

Photo : Courtoisie de Mario Asselin

Les mesures d’hygiène sont sévères en Virginie-Occidentale, souligne le camionneur. Comme là, je viens de livrer de l'aluminium. L'agent restait à une certaine distance. J'ai rempli mes papiers, il a pris ma température, et tout était beau.

Y'a pas de contact. Aucun contact. Depuis deux semaines, je trouve que quand je vais livrer, on n'a plus de contact avec les personnes. Vraiment plus.

Mario Asselin

Ça a quand même été une autre histoire lorsqu’il a pris sa cargaison à Mason, quelques heures plus tard.

Le coronavirus, ils s’en foutent, m’a-t-il texté. J’ai pris mes distances, mais ils m’ont fait entrer dans le bureau. Ça passait de tout bord tout côté sans précaution.

Mario Asselin s’efforce d’être prudent, ayant presque 64 ans et étant diabétique.

J'essaye de sortir le moins possible, à part chez mon client pis pour ma ramasse.

Notre patron est vraiment très correct. Vraiment. Il nous a avertis : “Si vous ne voulez pas, y'a aucun problème. On a la cessation d'emploi, et on va mettre "à cause du coronavirus", explique Mario Asselin.

Y’a certaines personnes âgées qui l'ont pris. Moi j'ai dit : “Pour l'instant, je ne vois pas le bien d'arrêter là”.

Avez-vous peur d'attraper le coronavirus?

À cette question, Guylaine Brûlé répond qu'elle prend ses précautions.

Y'a pas personne qui veut attraper ça. Y'a pas personne qui veut être malade, spécialement sur la route. Être malade dans un camion, c'est pas drôle. On est vraiment laissés à nous-mêmes, on est pris tout seul, fait-elle remarquer.

Je n'ai pas peur pantoute; je pense même l'avoir déjà eu au début de janvier, lance Sébastien Vézina.

Si j’ai peur? Marc Methot y réfléchit quelques secondes. Je n'ai pas tellement peur de ça, mais j'y pense quand même. On fait tous attention, on se lave les mains, on porte les masques.

Peur? Non. Si je compare aux gens qui doivent travailler dans les CHSLD, pis tout le personnel médical et de santé, affirme Philippe Laberge.

Christine se trouve elle aussi privilégiée. Surtout de travailler en ce moment, alors que tant d’autres personnes sont en congé forcé.

Et en temps de pandémie, dans les services essentiels, on est chanceux, parce qu'on est les moins à risque de contamination [...] Moi, je suis dans mon camion 22 heures par jour à peu près. La seule fois que je sors, c'est quand j'arrête dans un truck stop pour mettre du diesel.

Les deux femmes regardent l'objectif.

Christine Le Seigle et Stéphanie Maude Savard, près d’Echo, en Utah. Photo prise le 7 juillet 2018.

Photo : Courtoisie de Stéphanie Maude Savard

Les camionneurs, plus populaires que jamais

Avez-vous noté un changement d'attitude de la part des gens envers les camionneurs?

Philippe Laberge en a beaucoup à dire. Il explique qu’avec la question des changements climatiques des dernières années, les camionneurs traînent une mauvaise image, parce qu’ils sont de gros consommateurs de carburant. Et le style qui est souvent associé à l'industrie du camionnage ne plaît pas beaucoup à la nouvelle génération. C'est justement pour ça qu'on a de la misère à avoir des effectifs.

Ça ne change rien au fait qu'on est un service essentiel, il y a deux mois comme dans deux mois! C'est juste une question de perception des gens.

Philippe Laberge, camionneur

Arrive la pandémie, et les gens se rendent compte que le camionnage, c’est ben, ben important, s’esclaffe Philippe. Il reprend son sérieux. S'il fallait que l'industrie du camionnage arrête du jour au lendemain comme ça, ce serait une catastrophe épouvantable.

Les jeunes pensent que c'est nous autres les pas fins, pis que là, il faudrait tout transférer vers les camions électriques. Ce n’est pas encore possible. On est à 20 ans de ce genre de mouvement. L'industrie n’est pas rendue là du tout.

Philippe Laberge, camionneur

L'attitude des gens envers les camionneurs a-t-elle changé?

Benoît Therrien, qui a fondé le média web Truck Stop Québec, croit que oui. On a sûrement augmenté d'un fort pourcentage dans l'esprit de la population en général!

Avant, il y avait deux camions qui pouvaient se dépasser pendant 5 km sur la 20. On est tous barrés à 105 km/h, donc c'est long à se dépasser. Pis les gens étaient ben frustrés après nous, rappelle Benoît Therrien. Mais aujourd’hui, ils se rendent compte que si les tablettes des épiceries et des pharmacies sont bien garnies, c’est grâce aux camionneurs, poursuit-il.

Et j'espère qu'après cette crise-là, ils vont garder la même attitude positive envers les camionneurs.

Il fait sombre et le camion est illuminé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le camion de Marc Methot, dans une halte routière de High Peaks, dans l’État de New York, à Pâques.

Photo : Courtoisie de Marc Methot

Marc Methot a aussi remarqué ce changement d’attitude. Il y a des gens super sympas, lance-t-il.

Il me raconte ce qui lui est arrivé lors d’un récent voyage.

Je suis descendu dans le Maine y'a deux semaines. J'étais arrêté à 1 km de mon client pour dormir, finir ma soirée. Une madame, c'est une infirmière, elle travaille pas loin, elle m'a vu parquer. Elle s'est rendue chez elle, elle m'a fait un souper, pis elle est revenue pour me donner du manger! Je n’y crois pas encore. À 9 h le soir! J'étais super content.

Chargement de l’image

Guylaine Brûlé à côté de son camion. Photo prise l’été passé.

Photo : Courtoisie de Guylaine Brûlé

Guylaine Brûlé a aussi remarqué un changement d’attitude depuis le début de la pandémie. Elle se dit vraiment touchée par toutes les attentions des gens envers les camionneurs, des affiches sur la route au café gratuit dans certains commerces.

Un moment donné, je m'en venais sur la 401, pis je voyais au loin des personnes sur le viaduc. Pis moi, ma phobie, c'est que quelqu'un se jette d’un viaduc devant mon camion. Fait que là, quand j'ai vu les personnes, j'ai dit : “Ah non! Ah non, non, non”. Pis finalement, il y avait un gros signe, ça disait : “Merci les camionneurs”. J'dis : ”Ah mon Dieu! J'vas pleurer!”, raconte-t-elle avec animation.

Ce qui a le plus changé pour moi, c'est de nous faire plus reconnaître en tant que camionneurs. Ça, ça me fait tellement chaud au coeur. C'est incroyable, conclut Guylaine, la gorge nouée par l’émotion.

À écouter :

  • Les conversations de Franco Nuovo avec des camionneurs le dimanche vers 6 h 50 à l’émissionDessine-moi un dimanche

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !