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La pandémie, « un révélateur très aigu des inégalités »

Selon le professeur adjoint en sociologie au Campus Saint Jean de l’Université de l’Alberta Guillaume Durou, la pandémie actuelle met le doigt sur des inégalités sociales, qui étaient là avant elle, et qui risquent de perdurer après elle. Cependant, elle traite d’autres aspects de la société dont la réflexion s’étendra bien après la fin de la crise sanitaire.

Des dizaines de personnes sont rassemblées dans le parc.

Selon le professeur adjoint en sociologie, Guillaume Durou, les inégalités sociales, et notamment l'accès aux soins de santé, sont davantage exacerbées durant la pandémie.

Photo : Reuters / Christian Mang

Les inégalités que l’on voit, c’est un peu le scintillement sous la surface de l’eau, souligne Guillaume Durou, parlant de la pandémie. Les inégalités sociales, justement, c’est son rayon. Et la première inégalité qu’il est confirmée depuis le début de la pandémie, c’est celle qui concerne l’accès aux soins de santé.

Pour parler de ce phénomène, il invoque le concept de déterminants sociaux de la santé. Ceux-ci vont générer des inégalités sociales de santé, indépendamment des problèmes génétiques ou héréditaires. Cela relève du hasard, ce sont des choses que l’on ne peut pas contrôler, dit-il.

On pourra, par exemple, citer l'accessibilité au système de santé. On sait que les gens en zone rurale ont un accès différent au système de santé, loin de la richesse de l’expertise hospitalière qui est concentrée dans les villes, explique Guillaume Durou. Et le déterminant principal de la santé, c’est le revenu, lui-même généralement déterminé par le niveau d’études.

Des membres du personnel médical poussent un brancard dans les couloirs d'un hôpital.

Selon Guillaume Durou, comme l'accès aux soins est différent dans les milieux urbain et rural, il n'est pas étonnant de voir que les gens habitant en zone rurale ont une espérance de vie légèrement plus basse que ceux qui vivent en ville.

Photo : Radio-Canada

Parmi les autres déterminants, il faut également mentionner le niveau de vie. Est-ce que les individus vivent dans des quartiers dangereux? Dans des quartiers avec un accès à des services de transport qui vont leur donner plus de choix en termes d’accès à la nourriture? Est-ce qu’ils vivent dans des banlieues propres, protégées?, demande-t-il.

Autant d’éléments de la vie quotidienne qui semblent être isolés, mais qui forment un tout. Quand on les rattache ensemble, on se rend compte que c’est des facteurs extrêmement déterminants, poursuit Guillaume Durou.

Par ailleurs, il estime que le manque d’accès égal aux soins de santé devra servir de point de départ à une réflexion au sortir de la crise. Est-ce que les gens vont réellement s'asseoir, réfléchir et tenter d’améliorer les choses, demande Guillaume Durou.

Les milieux de vie ont un impact sur la trajectoire sanitaire des individus, au même titre que le lieu de travail ou les relations sociales.

Guillaume Durou, professeur adjoint en sociologie au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta
Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Si la société moyenâgeuse européenne touchée par la pandémie de la peste noire du 14e siècle est ressortie de la crise en étant plus égalitaire, Guillaume Durou craint que le monde post-COVID-19 ne voie pas les mêmes effets se produire. J’ai l'impression qu’il y aura des forces très fortes pour revenir à ce qu’on était avant, où les gens riches s'enrichissent et les gens pauvres, malheureusement, s'appauvrissent. Mais les sociétés pourraient bien nous surprendre.

Quant aux effets de la crise, nul doute qu’ils se feront ressentir pour tous, à long terme. Mais là encore, pas de façon égale. Les gens qui ont plus de moyens, plus de chances, plus de possibilités pour minimiser les effets sur leur style de vie, je ne pense pas qu’ils soient très affectés par l’épidémie, sinon peut-être leurs actifs sur les marchés boursiers, dit Guillaume Durou.

Et s’il est une autre question soulevée en temps de confinement, c’est bien sûr celle liée à la liberté. Cette situation donne une occasion unique à des États qui voudraient faire passer des lois qui seraient, en temps normal, contestées dans des manifestations, estime Guillaume Durou. Il s'interroge sur le fait que les gouvernements souhaitant vérifier les déplacements et les interactions sociales de leur population sur leur portables, dont les données transitent par l’intermédiaire de sociétés privées avant d’arriver dans les dossiers de l’État et de la police.

Un homme traverse une rue et des ondes émanent de son corps pour représenter des données mobiles.

Certains pays utilisent les données de géolocalisation de leurs concitoyens pour vérifier s'ils respectent bien les mesures de confinement et d'éloignement physique. Une pratique sur laquelle s'interroge le sociologue : Où est la ligne entre ce que l’État a le droit de faire au nom de la santé et les libertés collectives et individuelles d’une société?

Photo : iStock

Est-ce que cette pandémie, qui va faire l’histoire, va être un peu la boîte de pandore qui s’ouvre et que toute cette technologie sera réutilisée pour avoir accès aux données personnelles, à la surveillance des individus, au nom de la sécurité sanitaire?, se demande le sociologue. Ou va-t-on revenir, après la crise, à un état où on essaie de plus protéger les données publiques?

Malgré ce manque de liberté, si la plupart des individus de la planète sont confinés et que la présence dans les lieux publics se fait extrêmement rare, pas question pour autant de renoncer au concept de société. Aujourd’hui, l’espace privé du confinement est le nouvel espace public d’une certaine façon. C’est là que les gens se rencontrent à distance, ou en vrai quand on parle de familles qui vivent sous le même toit, affirme-t-il.

Le peu de rapports sociaux qu’il reste, c’est à travers nos emplettes à l’épicerie.

Guillaume Durou, professeur adjoint en sociologie au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta

À partir du moment où il y a du langage et de la communication, Guillaume Durou estime que c’est suffisant pour que les rapports sociaux existent, même si notre vie sociale est réduite au strict minimum. Il se plaît aussi à rappeler que, si la pandémie avait eu lieu il y a quelques décennies, des problèmes de communication se seraient sans doute fait sentir, puisque la technologie pour nous garder proches, tout en étant loin, était beaucoup moins développée.

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