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Lever le confinement sans surveillance : un pari risqué, croit un expert

« J'espère que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a un plan pour remettre les mesures de confinement en place rapidement si ça tourne mal. »

Un homme portant une blouse blanche et des gants de protection dans un laboratoire.

Un chercheur dans un laboratoire fait des tests sur le nouveau coronavirus.

Photo : Getty Images / Kena Betancur

Laurianne Croteau

Visiter une autre famille, fréquenter les parcs et partir à la chasse : le plan de déconfinement du Nouveau-Brunswick a été lancé vendredi. Un retour à la normale précipité, croit un expert, puisque la province ne fait pas suffisamment de tests auprès des gens asymptomatiques.

« Lorsqu’une province relance son économie, elle doit le faire en ayant beaucoup de tests à sa disposition, affirme l'épidémiologiste et professeur à l'Université d'Ottawa Raywat Deonandan. Ainsi, elle peut tester tous ceux qui entrent dans une école, un restaurant ou un bar, et ce, à chaque jour. »

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Le déconfinement doit être accompagné de mesures régulières pour suivre l’évolution de la propagation du virus dans la population, selon l’épidémiologiste.

Pour ce faire, les gouvernements doivent installer un système de surveillance : il faut tester la population asymptomatique de façon aléatoire, pour savoir si une augmentation de nouveaux cas apparaît.

Tester intelligemment

Puisqu’il est impossible de tester la population en entier, aucun pays ne connaît le nombre réel de personnes infectées par la COVID-19.

Les symptômes de la COVID-19 sont très variés, ce qui rend difficile l'identification des cas soupçonnés.

Les porteurs asymptomatiques peuvent donc passer sous le radar des autorités qui effectuent ces tests, et propager le virus sans le savoir pendant des semaines.

Le nombre de tests effectués pour 100 habitants est donc une mesure cruciale pour comparer la capacité de tester des provinces. Plus le nombre est élevé, plus on peut imaginer que le nombre de cas détectés s’approche de la réalité.

Les provinces de l’Atlantique ont effectué moins de tests que la moyenne canadienne en début de crise, mais la Nouvelle-Écosse s’est ensuite démarquée. Elle en fait aujourd’hui près de 2,5 par 100 habitants.

Les autorités effectuent des tests pour trois raisons, explique Raywat Deonandan : savoir qui traiter pour la COVID-19, savoir qui doit être mis en quarantaine et ajuster adéquatement les mesures de déconfinement.

Le nombre de tests par habitant nous en dit cependant très peu sur l’endroit où une province se situe sur la fameuse courbe épidémique. Est-ce que la fin approche, ou le plus dur est-il à venir?

Le nombre de tests positifs sur le total de tests effectués permet à l’épidémiologiste de répondre à cette question.

Si deux provinces testent au même rythme, c’est-à-dire qu’elles ont un nombre similaire de tests par 100 habitants, mais qu’une province a une plus grande proportion de tests positifs, cela indique que le virus se propage davantage dans cette province, explique le Dr Deonandan.

Les provinces de l’Atlantique sont en bonne posture lorsqu’on les compare au Canada, puisque la proportion de tests positifs — donc la vitesse de propagation — diminue.

Le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard sont tout en bas du graphique, avec environ 1 % de tests positifs. Pour Raywat Deonandan, c’est à ce niveau qu’on peut tenir pour acquis que la province fait suffisamment de tests pour avoir un portrait véridique de la pandémie.

L’idéal est donc de tester beaucoup, et d'obtenir peu de résultats de tests positifs.

Mais plusieurs facteurs peuvent influencer cette proportion, comme les critères établis pour que quelqu’un puisse passer un test.

Puisque le nombre de tests est limité, les autorités doivent déterminer qui a priorité. Les stratégies diffèrent — et évoluent constamment — d’une province à l’autre.

Par exemple, en mars, le Nouveau-Brunswick limitait ses tests aux personnes qui présentaient des symptômes de la COVID-19 et qui étaient liées à de récents voyages à l’étranger.

Les critères ont depuis été élargis à ceux qui présentent deux symptômes, ainsi qu’aux travailleurs de la santé, aux employés des établissements de soins de longue durée et aux employés des prisons.

Des ressources inutilisées

Le Nouveau-Brunswick effectue en ce moment entre 300 et 500 tests par jour… mais la province affirme avoir suffisamment de ressources pour doubler ce nombre.

Le Dr Deonandan ne s’explique pas pourquoi la province n’utilise pas le surplus de ces tests pour analyser de façon aléatoire la population qui ne répond pas aux critères.

Si une province est en mesure de tester toutes les personnes qui répondent aux critères et que vous avez toujours la capacité de tester plus de personnes, vous devez effectuer un dépistage aléatoire pour avoir une idée de la prévalence.

Le Dr Raywat Deonandan, épidémiologiste et professeur à l'Université d'Ottawa

La prévalence, c’est la proportion de la population qui est infectée à un moment précis. Seul un échantillon aléatoire de la population permet de savoir quel est le réel pourcentage de la population qui a le virus.

Maintenant que le Nouveau-Brunswick rouvre peu à peu son économie, il est d’autant plus crucial de créer un système de surveillance de l’évolution du virus, puisque c’est ce qui permet d'être à l’affût de nouvelles vagues.

J'espère que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a un plan pour remettre les mesures de confinement en place rapidement si ça tourne mal, avoue Raywat Deonandan.

Il approuve toutefois que le gouvernement encourage fortement ceux qui participeront à ces nouvelles activités de déconfinement à porter le masque. Cela aidera à ralentir et même à prévenir une grande partie de l'infection, dit l'épidémiologiste.

L’importance des tests sérologiques

Les tests qui sont présentement utilisés au Canada sont faits par PCR (polymerase chain reaction, en anglais). Ils permettent de détecter le virus dans un organisme au moment où on effectue le test.

Mais on s’intéresse de plus en plus aux tests sérologiques, qui permettent de détecter non pas le virus, mais les anticorps créés en réaction au virus, et qui restent dans l’organisme longtemps après l’infection.

Une main recouverte d'un gant médical bleu tient un tube qui se remplit de sang et l'autre main tient l'aiguille dans le bras d'un homme.

Les tests sérologiques reposent sur des échantillons de sang plutôt que de salive ou de mucus.

Photo : Reuters / Mike Segar

Il n’a pas encore été déterminé avec certitude si, oui ou non, quelqu’un qui a contracté le virus est immunisé pour d’éventuelles mutations de la COVID-19. Raywat Deonandan croit toutefois qu’un vaccin pourrait en tuer toutes les mutations, car elles sont assez similaires.

Les tests sérologiques sont indispensables, affirme le Dr Deonandan. Si on suppose que le rétablissement garantit l'immunité, c'est le seul moyen de comprendre où nous en sommes dans la pandémie.

Ces tests permettront aussi, dans un avenir prochain de déconfinement, d’octroyer des passeports d’immunité, explique l’épidémiologiste.

Ces passeports permettraient aux individus qui ont déjà contracté le virus — et qui ne sont plus porteurs — de se rendre dans certains lieux publics sans devoir passer de tests au préalable.

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