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Le Québec pourrait-il s’inspirer des expériences de déconfinement en Europe?

Des enfants sont assis en classe à bonne distance les uns des autres.

Des écoliers prennent leur dîner dans une école publique de Randers, au Danemark, où les écoles ont ouvert leurs portes à nouveau le 15 avril 2020.

Photo : Getty Images / BO AMSTRUP

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que l’on parle de plus en plus de déconfinement au Québec, comme ailleurs au pays, et qu’on envisage la réouverture des écoles, il pourrait être pertinent de voir comment l'on procède ailleurs.

Plusieurs pays européens ont récemment commencé à mettre en place des mesures de déconfinement.

Jugeant que l’épidémie est désormais sous contrôle et gérable, les autorités allemandes ont présenté leur plan pour rouvrir graduellement le pays.

Pour la première fois, le taux d’infection, qui mesure le nombre moyen de personnes contaminées par chaque personne atteinte de la COVID-19, est descendu à moins de 1 pour se limiter à 0,7, selon l’Institut Robert Koch, l’autorité fédérale chargée de la veille épidémiologique.

Lundi 20 avril, les commerces d’une surface inférieure à 800 mètres carrés ont pu rouvrir, ainsi que les librairies, les concessionnaires automobiles, les magasins de vélos, les garages, les fleuristes et les boutiques de vêtements. Tous devront cependant continuer de respecter les mesures d’hygiène et de distanciation sociale.

Le 4 mai, ce sera le retour à l’école pour les élèves des dernières années du primaire et du secondaire, qui doivent présenter des examens de fin d'année pour assurer leur passage au cycle supérieur. Les autres devraient suivre à la fin du mois de mai, tout comme les garderies.

Certains établissements de services, tels que les salons de beauté, pourront rouvrir aussi.

Des femmes masquées dans un abribus.

Des Berlinoises attendent l'autobus, le 9 avril 2020.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Ce déconfinement progressif s’accompagne d’une série de mesures de santé publique, telles qu’une multiplication des tests et un programme de traçage de la COVID-19 à l'échelle nationale. De plus, le gouvernement recommande fermement le port de masques dans les magasins et transports en commun.

L’ouverture ne sera cependant pas uniforme sur tout le territoire, puisque chaque État peut décider d’adopter ou non les mesures proposées par le gouvernement fédéral ou y aller à son rythme.

La plupart des Länder suivent la ligne directrice fédérale, mais certains peuvent dire : "nous, on fait davantage ou on le fait plus vite", explique Barbara Thériault, professeure au Département de sociologie de l'Université de Montréal, qui est actuellement dans l’État de Thuringe, où le gouvernement a rendu obligatoire le port de masques ou de foulards dans les espaces publics.

La ville de Berlin et dix Länder ont déjà annoncé des mesures semblables.

Les « grands rassemblements » tels que des concerts et des compétitions sportives demeureront interdits au moins jusqu’au 31 août. Aucune date n’a encore été fixée pour les restaurants, les hôtels et les bars.

Des sièges et des tables vides devant un restaurant.

Restaurants et bars sont fermés en Allemagne depuis le 16 mars.

Photo : Reuters / Christian Mang

La plupart des Allemands approuvent ces décisions et la gestion d’Angela Merkel, pense Mme Thériault. Même s’il y a des gens qui critiquent le confinement et veulent une réouverture rapide des restaurants et des cafés, une majorité appuie le maintien des mesures sévères, affirme-t-elle.

Le gouvernement révise le plan toutes les deux semaines, raconte Barbara Thériault, et se réajuste selon la réalité sur le terrain. Ils vont regarder ce que disent les chiffres pour déterminer si l'on peut se permettre des mesures supplémentaires de déconfinement, soutient la chercheuse.

La chancelière Angela Merkel a d’ailleurs été très prudente et déclaré à de nombreuses reprises qu’il fallait procéder lentement. Nous sommes encore loin d'être sortis de l'auberge, a-t-elle déclaré, jugeant qu'il serait extrêmement dommage de connaître une rechute.

Angela Merkel

La chancelière allemande a exhorté ses concitoyens à continuer de pratiquer les mesures de distanciation sociale.

Photo : Reuters

« Aller trop vite serait une erreur. »

— Une citation de  Angela Merkel, chancelière de l'Allemagne

Allègements dans la prudence

D’autres États européens prennent eux aussi des mesures pour alléger le confinement.

En Norvège, les garderies et les écoles primaires ont rouvert lundi et l'interdiction de séjour dans les résidences secondaires a été levée. Une deuxième étape, à partir du 27 avril, verra la réouverture partielle des collèges, lycées et universités.

Au Danemark, c’est le 15 avril qu’ont ouvert les écoles et garderies, suivies, quelques jours plus tard, des petites entreprises telles que les salons de coiffure, les masseurs, les dentistes et les auto-écoles.

Un tatoueur, le visage couvert d'un masque, travaille sur le dos d'un client, masqué lui aussi.

Les activités ont repris au studio « Mort ou gloire », à Copenhague, qui fait partie de la centaine de studios de tatouage qui ont rouvert leurs portes le 20 avril 2020.

Photo : Getty Images / THIBAULT SAVARY

Les écoles secondaires, restaurants et bars devraient rouvrir le 11 mai, et seront également permis les rassemblements de plus de 10 personnes (mais moins de 500).

Aux Pays-Bas, le premier ministre a annoncé la réouverture des écoles primaires et des garderies à compter du 11 mai. Cela se fera toutefois à temps partiel, en alternance un jour sur deux pour diviser la taille des classes. Si tout se passe bien, les élèves du secondaire devraient pouvoir suivre au début du mois de juin.

Un enfant se lave les mains soigneusement devant un miroir.

Les écoles publiques danoises ont recommencé à accueillir les plus jeunes élèves le 15 avril 2020.

Photo : Getty Images / BO AMSTRUP

En France, les écoles rouvriront graduellement à partir du 11 mai en respectant un ratio de moins de 15 élèves par classe.

En Espagne, où le nombre de morts quotidiens est en baisse après des semaines très difficiles, le gouvernement lâche un peu de lest et permettra aux enfants, confinés à domicile depuis le 14 mars, de sortir prendre l’air une heure par jour à une distance maximale d’un kilomètre de leur domicile.

Et ici, serons-nous bientôt prêts pour un déconfinement?

Les experts n'en sont pas certains.

On n’a pas encore atteint clairement le sommet, pense Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. On n’a pas un bon contrôle de l’épidémie ni la certitude d’être dans la phase descendante de la courbe.

Le Québec, où les premiers cas de coronavirus ont été signalés quelques semaines après l'Europe, a encore enregistré ces derniers jours quelque 800 nouveaux cas par jour et une centaine de décès reliés à la COVID-19.

Et surtout, il faudrait s’assurer de mettre en place des mesures pour compenser, soutient le chercheur. Procéder au déconfinement, c’est comme ouvrir le robinet, illustre-t-il. Si on a plus de contacts, forcément il va y avoir plus de transmission. Alors, pour chaque action qu’on fait qui augmente les infections, que fait-on pour compenser?

« Si on ouvre le robinet, c’est une question de temps avant que l’épidémie reprenne. »

— Une citation de  Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Une mesure de compensation possible serait l'obligation de porter un masque dans les lieux publics, accompagnée d’une augmentation des tests de dépistage et des capacités de suivi des contacts.

C’est ce que fait notamment l’Allemagne, où l’on procède depuis le début de l’épidémie à des tests virologiques à grande échelle afin de détecter les personnes infectées par le coronavirus, ce qui permet l’isolement rapidement de leurs proches.

Une jeune femme se prépare à passer le test.

L'Allemagne a ouvert de nombreuses cliniques de dépistage de la COVID-19 pour tester le plus grand nombre de personnes possible.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Après le déconfinement, le gouvernement compte utiliser une application mobile pour faciliter le suivi individuel des cas et l’identification des chaînes de contamination.

Les autorités de santé publique effectueront également des tests sérologiques à grande échelle, qui devraient permettre aux chercheurs d’évaluer le taux d’infection de l’ensemble de la population allemande. C’est une des mesures préconisées par l’OMS pour procéder au déconfinement.

Le Québec pourra s’inspirer de cet exemple et de celui des autres pays européens, avant d'effectuer son propre déconfinement, pense M. Mâsse.

« C’est notre gros avantage, de ne pas être les premiers à essayer quelque chose. On va pouvoir regarder, lorsqu’on sera prêts, ce qui semble avoir le mieux fonctionné. »

— Une citation de  Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Une bonne veille sera cependant nécessaire pour pouvoir se servir de ces précédents, croit-il. Il faudrait une vigie assez exhaustive, suivre ce que fait chacun des pays, où ils sont rendus, pour apprendre de leur expérience.

Une coiffeuse portant un masque et des gants coiffe une cliente.

Une coiffeuse s'active après la réouverture de son salon à Copenhague, le 22 avril 2020.

Photo : Getty Images / THIBAULT SAVARY

Pour sa part, Hélène Carabin, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, n’est pas convaincue que l’on puisse reprendre telle quelle l’expérience des Européens.

Comparer d’un pays à l'autre, c’est extrêmement difficile parce que le contexte n’est pas le même, avance-t-elle. Si on fait exactement la même intervention de santé publique, l'efficacité ne sera pas nécessairement la même, parce que les gens ne vont peut-être pas percevoir ce qu'on leur suggère de faire de la même façon.

Puisqu’on ne peut pas effectuer les études épidémiologiques qui devraient être faites normalement avant de prendre des décisions, on procède un peu à l’aveuglette,constate-t-elle. Mais on n’aura pas le choix, d’une manière ou d’une autre, de lever les restrictions.

Déconfiner, c’est à peu près certain que ça va mener à l’apparition de plus de cas; par contre, est-ce que ça va permettre de prévenir ou de diminuer les autres impacts socioéconomiques ou sur les populations vulnérables? se demande Mme Carabin. Il y a plein d'autres conséquences et on n’a pas les outils pour être capables de tout regarder en même temps.

Et puisque la flambée de coronavirus au Québec frappe surtout les résidences pour personnes âgées, et que les hôpitaux ne sont pas débordés, il serait donc pensable d’ouvrir certains pans de la société.

Tant que le système de santé peut absorber [de nouveaux patients potentiels], c’est peut-être un risque à prendre, parce qu’on va diminuer les autres conséquences de la crise, les impacts socioéconomiques notamment, avance Mme Carabin.

« Rester en confinement c’est un risque, déconfiner c’est aussi un risque. »

— Une citation de  Hélène Carabin, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal
Une employée masquée passe le balai devant la porte d'entrée du CHSLD.

Au moins 69 résidents du CHSLD de Sainte-Dorothée, à Laval, ont succombé à la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Les deux experts s’entendent sur le fait qu’il est primordial de procéder à des tests sérologiques, qui permettront de connaître la séroprévalence du virus dans la population. Est-ce que c’est 2 % ou 10 %? se demande Benoît Mâsse. On n’en sait rien.

« Les tests sérologiques pourraient nous aider à avoir une idée d’où on en est en ce moment en ce qui concerne l’immunité de groupe. »

— Une citation de  Hélène Carabin, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Connaître le pourcentage de la population qui a été exposée au coronavirus et qui a développé des anticorps est pourtant une donnée importante et une condition indispensable à la levée des restrictions, d’après l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Une personne présente un outil blanc

Un test sérologique de la COVID-19 présenté par un travailleur de la santé à Jena, en Allemagne.

Photo : Associated Press

Selon les quelques données dont dispose l’OMS, à peine 2 % à 3 % de la population mondiale a été infectée par le virus, ce qui est bien insuffisant pour atteindre la fameuse immunité de groupe qui nous permettrait de sortir du confinement. L’organisation craint une fin trop rapide du confinement qui pourrait entraîner une résurgence mortelle de la pandémie.

C’est très difficile pour le gouvernement de prendre des décisions en ayant très peu de données probantes, souligne Hélène Carabin.

Le gouvernement aura donc à trouver un difficile équilibre entre la protection de la santé publique et l’économie, mais aussi le poids psychologique du confinement, qui pèse de plus en plus lourd sur la population.

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