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Le fabricant de Lysol demande aux gens de ne pas s'injecter de désinfectant

Le reportage de Jean-François Bélanger

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Radio-Canada

La société mère de Lysol a annoncé vendredi que ses produits ne devraient pas être injectés ni ingérés pour traiter le coronavirus, après que le président Donald Trump eut évoqué cette possibilité lors de son point de presse de jeudi à la Maison-Blanche.

Lors de sa conférence de presse quotidienne, M. Trump avait noté que les chercheurs examinaient les effets des désinfectants sur le virus. Il s'est alors demandé à voix haute si ces produits pouvaient être injectés dans le corps humain.

Je vois que le désinfectant assomme le coronavirus en une minute. Une minute. Et est-ce qu'il y a un moyen de faire quelque chose comme ça avec une injection à l'intérieur ou presque, comme un nettoyage?

Donald Trump, président des États-Unis

Comme vous le voyez, [le virus] pénètre dans les poumons et ça a un énorme effet; il serait donc intéressant de le vérifier. Il faudra faire appel à des médecins pour ça, mais ça me semble intéressant, a-t-il poursuivi.

Des propos jugés « dangereux »

Ces déclarations ont consterné la communauté scientifique, et de nombreux spécialistes ont accusé le président américain d'être irresponsable en faisant cette suggestion dangereuse.

De la même manière, l'immolation par le feu pourrait être une alternative utile, a ironisé le centre de recherche français Marseille Immunopôle sur Twitter, en soulignant que les méthodes suggérées par le président américain tuaient le virus et les patients!

Arrêtez de retransmettre ces conférences de presse sur le coronavirus. Elles mettent des vies en danger. Et s'il vous plaît, ne buvez pas et n'injectez pas de désinfectant, a aussi twitté Walter Shaub, ancien directeur du bureau fédéral chargé des questions d'éthique (OGE) sous l'administration démocrate de Barack Obama.

Les conférences de presse de Trump sont un danger pour la santé publique. Boycottez la propagande. Écoutez les experts. Et, s'il vous plaît, ne buvez pas de désinfectant, a également pesté, sur le même réseau social, Robert Reich, l'ancien secrétaire au Travail du président démocrate Bill Clinton.

Vendredi matin, c'était au tour du fabricant des désinfectants Lysol et Dettol de remettre les pendules à l'heure en diffusant un avertissement ferme en réaction à une supposition récente, selon les mots de l'entreprise elle-même.

En tant que leader mondial des produits de santé et d'hygiène, nous devons être clairs : en aucun cas nos produits désinfectants ne doivent être administrés dans le corps humain (par injection, ingestion ou toute autre voie).

Extrait du communiqué publié par l'entreprise Reckitt Benckiser

En après-midi, c'est l'ancien vice-président et adversaire présumé de Donald Trump à la prochaine élection présidentielle, Joe Biden, qui a pris le temps de prévenir les Américains sur Twitter de ne pas boire d'eau de Javel. Je ne peux pas croire que j'ai besoin de le dire, a ajouté M. Biden.

Toujours sur Twitter, l'Agence de gestion des urgences du Maryland a indiqué recevoir plusieurs appels concernant l'usage de désinfectant pour combattre la COVID-19.

Nous voulons vous rappeler que, sous aucun prétexte, un produit désinfectant ne doit être injecté dans un corps ou ingéré, précise l'organisme.

De l'autre côté de l'Atlantique, le Royaume-Uni a lui aussi tenu à préciser que personne ne doit s'injecter quoi que ce soit. Lors d'un point de presse, vendredi, la cheffe adjointe des services sanitaires britanniques, Jenny Harries, a ajouté qu'il est vraiment important que les gens utilisent les traitements appropriés, qui ont été testés et approuvés.

La Dre Deborah Birx assise en retrait pendant la conférence de presse du président.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont délectés de la gêne manifeste de la Dre Deborah Birx, membre de la cellule de crise de la Maison-Blanche sur le coronavirus, pendant les déclarations du président.

Photo : Associated Press / Alex Brandon

Trump « cité hors contexte », puis « sarcastique »

Devant le tollé provoqué par les déclarations du président, la Maison-Blanche a bondi en accusant les médias d'avoir sorti ses propos de leur contexte.

Le président Trump a déclaré maintes fois que les Américains devraient consulter leur médecin au sujet des traitements contre le coronavirus, un point sur lequel il a encore insisté pendant la conférence de presse d'hier, a soutenu la porte-parole de la Maison-Blanche, Kayleigh McEnany.

Vous pouvez compter sur les médias pour sortir de façon irresponsable le président Trump du contexte et publier des titres négatifs, a-t-elle ajouté.

De son côté, le président en a rajouté, affirmant vendredi après-midi, en direct du bureau ovale, qu'il avait été sarcastique, histoire de voir comment les médias allaient réagir.

Vendredi soir, il a refusé de répondre aux questions des journalistes à la fin de son bilan quotidien sur la COVID-19 et a immédiatement quitté la salle de presse.

Combattre le virus avec de la lumière

M. Trump a souvent évoqué des possibilités de nouveaux traitements et proposé des délais optimistes pour le développement d'un vaccin, alors qu'il encourage les États à rouvrir leurs économies.

Jeudi, la Maison-Blanche a également présenté des recherches émergentes sur les avantages de la lumière du soleil et de l'humidité pour réduire la menace du coronavirus.

William Bryan, du département de la Sécurité intérieure, a déclaré lors du même point de presse que des résultats émergents venant de nouvelles recherches suggèrent que la lumière du soleil a un effet puissant pour tuer le virus sur les surfaces et dans l'air. Il a ajouté que les scientifiques ont vu un effet similaire avec des températures et un taux d'humidité plus élevés. Un laboratoire du Maryland effectue des tests sur le virus depuis février, a dit M. Bryan.

Le virus meurt à un rythme beaucoup plus rapide simplement à cause de l'exposition à des températures plus élevées et de l'exposition à l'humidité, a déclaré M. Bryan, en soulignant que ces résultats émergents ne remplacent pas les recommandations de distanciation sociale.

Plus tôt ce mois-ci, des conseillers scientifiques ont déclaré à la Maison-Blanche qu'il n'y avait pas encore de preuves solides que la chaleur et l'humidité de l'été freineraient le virus sans mesures de santé publique continues.

Toujours jeudi, Donald Trump a été interrogé sur le danger de faire croire aux gens qu'ils seraient en sécurité en allant dehors dans la chaleur, étant donné que tant de gens sont morts en Floride. J'espère que les gens apprécieront le soleil. Et si cela a un impact, c'est formidable, a répondu M. Trump. Il a ajouté : Ce n'est qu'une suggestion d'un laboratoire brillant par un homme très, très intelligent, peut-être même brillant.

Je suis ici pour présenter des idées, parce que nous voulons des idées pour nous débarrasser de cette chose. Et si la chaleur est bonne, et si la lumière du soleil est bonne, c'est une chose importante à mon avis, a déclaré le président.

Les États-Unis ont franchi vendredi le cap des 50 000 décès dus au coronavirus. Il s'agit du pire bilan officiellement enregistré dans le monde.

Le pays compte plus de 870 000 personnes atteintes du virus. Entre mercredi soir et jeudi soir, les États-Unis faisaient état de 3176 morts, l'un des pires bilans journaliers.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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