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L’ambulancier paramédical Stéphane Bazin, de toutes les urgences

Au Manitoba, des personnes sont sur la ligne de front depuis le début de la pandémie de coronavirus. Rencontre avec celles qui continuent d’assurer leur mission en cette période trouble, coûte que coûte.

Stéphane Bazin devant son ambulance.

Stéphane Bazin travaille depuis 13 ans comme ambulancier paramédical.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Au coeur d’une urgence ou face aux questions de ses enfants, Stéphane Bazin doit assister, secourir et rassurer. C’est la mission quotidienne de cet ambulancier paramédical, et ce, même si lui aussi reste en proie aux doutes.

Depuis les premiers cas de COVID-19 au Manitoba, dans l’ambulance qui le mène vers une urgence, Stéphane Bazin a toujours une question qui lui trotte dans la tête : Et si, moi aussi, j’étais infecté par le nouveau coronavirus?

Comme un mauvais refrain, cette question revient sans cesse. Mais, au plus près de l’action, l’ambulancier paramédical de Winnipeg s’efforce de la faire déguerpir. Sa mission lui impose de garder son calme dans n’importe quelle situation.

Quand une personne est un peu stressée, il faut lui expliquer la situation et essayer de diminuer son anxiété, explique le professionnel avec un calme absolu. Dans une situation chaotique, on doit faire en sorte de calmer tout le monde et de montrer aux gens que de l’aide est arrivée. Des fois, pour faire cela, je prends un peu une voix plus forte, ma voix de papa.

Voilà plusieurs semaines que Stéphane Bazin est au front. Sur plusieurs fronts. Celui de la COVID-19 et des autres urgences qui n'ont pas tari avec le début du la crise.

Stéphane Bazin et sa coéquipière mettent en ordre leur ambulance.

Au tout début de leur quart de travail de 12 heures, les ambulanciers doivent vérifier que tout est en ordre dans leur ambulance.

Photo : Radio-Canada

Au fil du temps, Stéphane Bazin a appris à relayer la question insidieuse dans un coin de sa tête. D’un ton assuré, il lâche : Ça fait partie du métier.

Ce métier, qu’on ne choisit pas par hasard, le Franco-Manitobain l’exerce depuis 13 ans. Alors, avec son expérience, le stress, il connaît.

Le père de deux enfants a appris à le maîtriser pour ne pas se laisser ronger par les incertitudes.

Il y a toujours un peu ce stress en temps de pandémie parce que l’on ne veut pas s’exposer nous-mêmes ou exposer notre famille à ce virus potentiellement dangereux.

Stéphane Bazin, ambulancier paramédical

Outillé par la formation, armé par sa volonté, Stéphane Bazin laisse rarement place au doute. Il préfère foncer. Sauver ne doit pas prendre de temps. Que ce soit un virus qui cause une pandémie mondiale, un accident de la route ou une bagarre qui dégénère, il assume les risques, comme il revêt l’uniforme.

Il y a toujours un potentiel de rencontrer une personne violente ou, même en dehors d’une pandémie, d’être exposé à une maladie contagieuse. Il faut faire avec, dit-il en toute simplicité.

Les bandelettes jaunes fluorescentes de son uniforme sombre réfléchissent les rayons du soleil. Cette réflexion a l’effet d’un rappel à l’ordre : le walkie-talkie accroché près de l’épaule de l’ambulancier pourrait s'animer à tout moment.

L’air tranquille de Stéphane Bazin agit en trompe-l’œil. En fait, la matinée est plutôt agitée pour les ambulanciers. Le temps presse, et ce, même si le nouveau coronavirus a modifié le rythme de travail des équipes paramédicales.

Moins d’appels, plus de temps

En dehors de la pandémie, Stéphane Bazin et sa coéquipière, Jocelyn Hummelt, répondent à 5 à 8 appels par jour. Aujourd’hui, la moyenne oscille entre 3 et 6. Les journées sont moins rythmées, mais tout aussi occupées.

Les ambulanciers préparent leur matériel.

Les ambulanciers doivent s'assurer que toutes les trousses disposent du matériel nécessaire pour secourir les personnes qui en ont besoin.

Photo : Radio-Canada

L’urgence de la situation globale impose de nouveaux protocoles et implique plus de matériel à utiliser. La COVID-19 a amené les ambulanciers à repenser leur manière d’agir sur le terrain.

On a dû prendre un peu de recul et s’autoévaluer en se disant : "Il faut vraiment changer la vitesse avec laquelle on répond à certains appels, faire attention à la distanciation sociale, poser des questions pour calculer les risques et surtout, mettre notre équipement.", raconte l’ambulancier, qui a effectué une partie de ses études à l’Université de Saint-Boniface.

Moins de hâte pour plus de sécurité. Pour celui qui a souhaité faire ce métier pour être toujours dynamique et qui a l’habitude d’aller d’appel en appel, un étrange sentiment se dégage de ces situations.

Des fois, c’est difficile d’arriver sur une intervention et de rester assis dans le camion, en voyant ce qu’il se passe à côté de nous, pour prendre le temps de mettre nos équipements. Ça change un peu la démarche, observe l’ambulancier.

Un peu troublé, mais pas désarçonné. Stéphane Bazin connaît l’importance de ces dispositions pour ses patients, mais aussi pour sa coéquipière, sa famille et lui.

Un rempart contre la peur

Nichée à l’avant de l’ambulance, la trousse d’équipement de protection individuelle fait partie des nombreux accessoires des professionnels.

Stéphane Bazin en sort des gants violets, une blouse jaune clair à lanières et un masque qui renvoie, toute proportion gardée, à cette image des liquidateurs de Tchernobyl.

Ultime barrage à une possible contraction de la maladie pour les ambulanciers, cet attirail est aussi un rempart de plus contre la peur.

Un masque qui dispose de filtres à air.

Voici les masques ergonomiques qui disposent de filtres à air que les équipes paramédicales doivent mettre avant d'intervenir.

Photo : Radio-Canada

Nous avons beaucoup de chance. En partie à cause du H1N1 et du SRAS, on avait déjà l’équipement nécessaire. On est peut-être un peu mieux équipé que d’autres services. Donc cela permet de diminuer un peu le stress qui existe toujours en temps de pandémie, explique le Franco-Manitobain, debout devant l’ambulance dont le moteur ronfle.

Le véhicule est prêt à partir. Tout comme Stéphane Bazin. L’ambulancier affiche un large sourire. Une boutade part à destination de sa coéquipière, qui la rattrape au vol. Sous cet air détendu se cache pourtant une certaine fatigue.

Une fatigue intellectuelle

Après plusieurs semaines de travail pendant cette épidémie pour laquelle personne n’était préparé, Stéphane Bazin n’a pas les traits tirés ni l’air abattu. C’est une fatigue invisible à laquelle il est sujet.

Physiquement, le travail n’a pas beaucoup changé, mais, mentalement, il y a beaucoup de sources d’information auxquelles on est exposé par choix. Donc, à la fin de la journée, c’est surtout une fatigue intellectuelle, avoue-t-il.

Stéphane Bazin reconnaît que le flot d’informations sur cette maladie peu connue reste parfois difficile à gérer. C'est encore plus vrai quand il faut effectuer un certain tri entre les informations vérifiées et les autres.

On est souvent en train de lire des blogues, d’écouter des podcasts et de lire des articles de source médicale, précise-t-il, pour essayer de s’équiper de façon intellectuelle, pour pouvoir donner le meilleur service possible à nos patients.

Et à ses propres enfants.

La minute COVID

Depuis le début de la pandémie, l’ambulancier et sa femme, qui travaille dans le domaine de l’éducation, ont instauré une minute COVID dans leur foyer.

Cette minute se transforme souvent en 10 minutes COVID, lâche en riant Stéphane Bazin.

Ce rendez-vous quotidien a pour but de permettre aux deux enfants du couple de poser leurs questions sur la crise sanitaire et d’en discuter sereinement. Ce moment permet d’assouvir la curiosité des plus jeunes et de dédramatiser la situation, selon leur père.

Que ce soit dans une situation d'urgence ou auprès de ses enfants, Stéphane Bazin rassure, assiste et porte secours, pour ne pas laisser place au chaos. Même si la petite question lui trotte toujours dans la tête.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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