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Un ramadan entre résignation et résilience au temps du coronavirus

Pour les musulmans du pays, le mois saint de l'Islam sera bien différent cette année. La rupture du jeûne devra se faire avec la famille immédiate et il ne sera pas possible d'aller à la mosquée pour prier.

On voit plusieurs plats colorés sur une table et une main qui se sert une part.

La rupture du jeûne qui survient au coucher du soleil devra se limiter aux membres d'une même famille cette année.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans le Petit Maghreb, à Montréal, de nombreux musulmans se préparaient jeudi à vivre un ramadan d’exception, avec des sentiments oscillant entre la tristesse, la résignation et la résilience.

En raison de l’épidémie de COVID-19, le mois saint de l’Islam, qui s’est ouvert jeudi soir et devrait se poursuivre jusqu’au coucher du soleil, le 23 mai, ne ressemblera en rien aux autres.

Ah mon Dieu, le temps normal! On a hâte de retourner là!, s’exclame Malik. C’était familial. C’était tout le temps avec les enfants, avec la famille, dans les mosquées, pour la prière et tout ça. Malheureusement cette année… Qu’est-ce que vous voulez?

En temps normal, la rupture du jeûne, au coucher du soleil, donne lieu à un grand repas partagé en groupe, suivi deux heures peu plus tard par une grande prière à la mosquée, au terme de laquelle les fidèles discutent ensemble.

Or, cette année, les mesures de distanciation sociale imposent une rupture du jeûne limitée aux membres d'une même famille, et les mosquées, fermées, ne pourront pas accueillir les fidèles.

L'affaire n'est pas banale, puisque le ramadan, cinquième pilier de l’Islam, est attendu et suivi même par des musulmans qui ne sont pas pratiquants outre mesure le reste de l’année, explique l’imam Omar Koné, de la mosquée Al-Iman, dans le quartier Mile-End.

C’est un événement social très important dans la communauté musulmane, parce que c’est un temps de rassemblement, de méditation […] qu’on passe avec la communauté, qu’on passe ensemble, résume-t-il.

C’est un temps où on donne beaucoup, où on reçoit également. Comme les gens doivent manger, c’est le mois du partage.

Donc, ne pas pouvoir se rencontrer pour ce partage, pour toutes les prières de congrégation, pour tous les événements sociaux, c’est un grand impact pour la communauté, surtout que ça arrive une fois l’année.

Une citation de :Omar Koné, imam de la mosquée Al-Iman
On voit des croyants musulmans en train de prier dans une mosquée au Canada.

Le Conseil canadien des imams a recommandé la suspension de certains rites traditionnels durant la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / GRAHAM HUGHES

Les musulmans se résignent donc à devoir briser le jeûne uniquement avec les membres de leur famille immédiate. Certains comptent tout de même pallier la situation en organisant des vidéoconférences avec d'autres membres de leur famille ou des amis.

Mais tous savent que rien ne sera pareil cette fois, particulièrement en raison de l’impossibilité de se rendre à la mosquée en fin de journée. Plusieurs d'entre elles rappellent d’ailleurs régulièrement aux fidèles qu'ils ne pourront pas s'y retrouver pour cette grande prière.

Après la prière, tout le monde dans les rues prend un café, discute, mais cette année, ça va être tout à fait différent, concède Youssef, propriétaire d'une boucherie halal rencontré dans le Petit Maghreb.

Ça va nous manquer les prières dans les mosquées. N’empêche, on va les faire ensemble, en famille, se résigne Neïma.

C’est sûr c’est mieux d’aller à la mosquée pour faire la prière. Mais quand même, tu peux le faire à la maison. Ce n’est pas grave, laisse tomber un homme, qui tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur.

D’après notre religion, s’il y a une cause qui t’empêche d’aller à la mosquée, comme la COVID-19, c’est une excuse, d’une façon, et tu peux faire ça de chez vous, explique-t-il.

Dans l'Islam, les croyants n'ont pas besoin d'un intermédiaire pour rejoindre Allah. À défaut de se rendre à la mosquée, ils pourront donc lire le Coran par eux-mêmes.

Selon l’imam Koné, il est d'ailleurs impossible d’organiser une prière par vidéoconférence, comme des catholiques l’ont fait récemment pour Pâques.

Au niveau de la jurisprudence, on ne peut pas le faire, parce que la prière, dans l’Islam, a deux formes. Il y a ce qu’on appelle l’invocation, où on récite des choses, mais il y a la prière canonique, où il y a une espèce de rituel dans lequel on se tient debout, se prosterne, prie. Et ça, pour pouvoir le faire ensemble, il faut être physiquement présent sur une même ligne, explique-t-il.

Donc le fait de le faire sur Zoom, ou sur d’autres applications de partage comme ça, invalide cette prière. On ne peut pas le faire de cette façon-là.

Trois hommes debout dans une salle sur le sol des paquets d'aliments.

Selon le vice-président de l’Association islamique du Manitoba, Cheikh Moulaye, de nombreux fidèles qui fréquentent habituellement les lieux de cultes craignaient de faillir à leur devoir de bonté et de générosité en ce temps de ramadan. Des solutions ont cependant été trouvées.

Photo : Fournie par / Cheikh Moulaye

À Montréal, la communauté Ahmadiyya a tout de même décidé d'organiser un mois du ramadan virtuel. La rupture du jeûne et certaines prières auront lieu tous les soirs en ligne, via diverses plateformes.

Comme le ramadan est une période qui valorise tout particulièrement la charité, beaucoup de mosquées ont aussi mis en place une série d’options pour permettre à leurs membres de s’entraider et de partager, comme le demande leur religion.

Service au volant devant les cuisines des mosquées, livraison de paniers préfinancés par les croyants et transfert d’argent aux personnes dans le besoin sont au nombre des initiatives qui ont été mises en place.

D'après un reportage de Delphine Jung

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