•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les travailleuses du sexe encore plus marginalisées

« On ne peut pas nous laisser derrière parce que l’on considère qu’on n’est pas de bons citoyens », soutient Sandra Wesley, de l'organisme Stella.

Le reportage de Simon Coutu

Photo : Radio-Canada

Les travailleuses et travailleurs du sexe sont parmi les personnes les plus marginalisées depuis le début de la pandémie. Alors qu’elles vivent des fruits de la criminalité, la plupart d’entre elles n’ont pas accès aux programmes d’aide d’urgence des gouvernements.

Normalement, Manon* travaille comme masseuse érotique à Montréal. Mais depuis la fermeture temporaire de tous les commerces non essentiels, elle tente de joindre les deux bouts.

« En ce moment, je me rabats sur le sexe virtuel, dit celle qui ne sort plus de son appartement du quartier Hochelaga-Maisonneuve depuis des semaines. Je l’avoue, je m’ennuie de mon ancien train de vie. »

Pour pallier sa perte de revenus, Manon a ouvert un compte sur le site OnlyFans, un réseau social payant sur lequel elle partage des photos et des vidéos d’elle, nue. « Jusqu’à maintenant, j’ai fait 800 $ en un mois. C’est pas pire, mais ce n’est pas comparable à ce que je peux faire dans un salon de massage. »

Elle tient son téléphone à deux mains.

Une travailleuse du sexe navigue sur l'application mobile OnlyFans.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

La famille et la plupart des amis de la travailleuse du sexe ne sont pas au courant de son gagne-pain. Aujourd'hui, elle craint que ces images se baladent un peu partout sur le web. « Sur Internet, tout reste. C’est l’aspect qui me stresse le plus. »

Travailleuses au rabais

Danseuse nue et activiste, Andrea Werhun se retrouve elle aussi sans boulot. L’auteure du livre Modern Whore vient de publier un guide de survie (Nouvelle fenêtre) pour ses collègues en quarantaine.

On voit deux femmes qui font des tâches ménagères.

Un extrait d'un guide pour les travailleuses du sexe pendant la pandémie.

Photo : Andrea Werhun

« Plusieurs femmes qui travaillent dans la rue n’ont même pas accès à un ordinateur ou un téléphone avec une caméra, observe l’ancienne escorte de Toronto. Et la réalité, c’est qu’il y a encore des clients qui sont prêts à payer pour avoir des relations en personne. Certains cherchent à faire baisser les prix en raison du climat actuel. »

Manon a aussi travaillé comme escorte ces dernières années. Mais dans les conditions actuelles, pas question de reprendre du service.

« Je regarde sur les annonces et c’est incroyable le nombre de filles qu’on y trouve, lance-t-elle. Plusieurs baissent leurs prix parce qu’il y a plus d’offres que de demande. Et moi, faire des rabais, c’est un gros non. »

Elle est dans une voiture.

Une travailleuse du sexe en entrevue à visage caché.

Photo : Radio-Canada

Rencontrée dans l'arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal, Chloé* continue quant à elle à proposer ses services d’escorte, malgré les risques de contracter ou de transmettre le virus. Elle ne visite que ses clients permanents. En ne respectant pas les règles de distanciation sociale, elle s’expose à des amendes de plus de 1000 $.

« J’ai encore de la demande, donc j’estime que c’est un besoin essentiel, dit-elle en riant. Je sors de chez moi strictement pour les voir. »

Risques de violence

L’organisme Stella, qui vient en aide aux travailleuses du sexe, remarque que la pandémie fait très mal à cette industrie sans filet social. « La vaste majorité a dû arrêter de travailler dès que les risques sont devenus évidents, dit la directrice générale, Sandra Wesley. Dans la rue, il n’y a presque plus de clients. Il y a des femmes en ce moment qui sont en situation de pauvreté extrême. Certaines ont de la difficulté à nourrir leurs enfants. »

Elle avance que dans les circonstances actuelles, elles sont plus vulnérables que jamais. « Dès que la travailleuse du sexe est dans une position où le client sait qu’elle a besoin d’argent, son pouvoir de négociation diminue. Elle est donc plus à risque de violence, d’exploitation ou d’extorsion. »

L’organisme demande au gouvernement d’élargir les mesures d’aide financière d’urgence pour couvrir les travailleuses du sexe, ainsi que tous les acteurs des économies parallèles de la rue. « On ne peut pas nous laisser derrière parce que l’on considère qu’on n’est pas de bons citoyens », dit Mme Wesley.

Pour l’instant, seuls les travailleurs qui peuvent prouver avoir déclaré au moins 5000 $ de revenus au cours de la dernière année ont accès à de l’aide du gouvernement fédéral. Une majorité de travailleuses du sexe qui vivent des fruits de la criminalité se retrouvent donc sans-le-sou.

* Leurs prénoms ont été changés pour préserver leur anonymat.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Sexualité

Société