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Des préposés aux bénéficiaires ne touchent toujours pas la prime promise par Québec

En l'absence de la prime de 4 $ l'heure, des préposés aux bénéficiaires sont recrutés par des agences de placement, qui revendent parfois leurs services à prix fort.

Une personne tient les mains d'une aînée.

Les ressources intermédiaires offrent des services à une clientèle vulnérable, bien souvent âgée, confiée par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Photo : iStock

Trois semaines après en avoir fait l’annonce, le gouvernement n’a toujours pas trouvé le moyen de payer la prime d’exposition à la COVID-19 de 4 $ l’heure aux préposés aux bénéficiaires des ressources intermédiaires (RI) du Québec.

Chaque jour qui passe joue contre les résidents, se désole Johanne Pratte. On est en train de manquer le bateau. La directrice de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ) déplore que de nombreux travailleurs désertent son réseau, faute d’être rémunérés équitablement.

Parmi les 2600 milieux de vie pour aînés au Québec, 1000 sont des RI financées à 100 % par l’État. Environ 16 000 personnes vulnérables y résident; il s’agit par exemple d’aînés en perte d’autonomie et de personnes souffrant d’une déficience intellectuelle ou d’un handicap.

L’association a comptabilisé auprès de 144 ressources intermédiaires la perte de plus 1500 préposés aux bénéficiaires. La plupart de nos membres, précise Mme Pratte, disent qu’entre 30 % et 35 % de leur personnel manque à l’appel. Le gros problème est à Montréal et à Laval, en Montérégie, dans Lanaudière et en Mauricie Les RI embauchent 14 000 personnes.

96 $/h pour une préposée d’agence

À défaut d’obtenir la prime de 4 $ l'heure dans l’immédiat, des travailleurs – payés 13 $ à 14 $ l’heure – quittent notamment ces milieux pour être mieux rémunérés dans les centres d’hébergement et de soins longue durée ou dans l’espoir d’obtenir la Prestation canadienne d’urgence.

Pire encore, Johanne Pratte dénonce les agences de placement qui recrutent du personnel des RI en leur offrant un salaire plus élevé. Ces mêmes agences revendraient ensuite leurs services aux établissements à un coût bien plus élevé en raison de l’aide financière de 73 millions de dollars octroyée par le gouvernement, mais qui ne peut servir à payer le personnel régulier. Le jour de Pâques, une agence dont nous avons consulté la facture a exigé 96 $ l’heure avec taxes pour une préposée aux bénéficiaires.

Il y a une espèce de cercle vicieux. On perd des employés et les agences en profitent beaucoup. […] C’est très scandaleux. Ça n’a aucun bon sens.

Une citation de :Johanne Pratte, directrice de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec

Lors de son point de presse quotidien vendredi, le premier ministre François Legault a annoncé avoir mandaté sa ministre de la Santé et des Services sociaux pour régler rapidement ce problème. Ça n'a pas de bon sens, a-t-il déploré. Danielle McCann a précisé qu'il pourrait y avoir des mesures réglementaires ou juridiques. C'est inacceptable, a-t-elle dit, alors on va procéder rapidement.

Une opération complexe

Si certaines RI arrivent à avancer la prime de 4 $ l'heure, soit grâce à des liquidités ou une marge de crédit, beaucoup ne seraient pas en mesure de le faire, d’autant que les modalités ne sont pas connues.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux aurait récemment indiqué à l’ARIHQ que le transfert monétaire est complexe à mettre en place.

En réponse aux questions de Radio-Canada, un porte-parole du ministère maintient depuis plusieurs jours que le versement des sommes sera effectué à court terme cette semaine, sans plus.

Dans une lettre acheminée au premier ministre François Legault mercredi, Johanne Pratte écrit : Force est de constater que les directives que vous donnez, qui sont appréciées et contribuent à une meilleure gestion de la situation, ne sont pas appliquées sur le terrain. Elle ajoute en exemple que des RIse retrouvent parfois avec deux préposés pour 60 personnes après un cas déclaré de COVID-19.

Au Québec, les RI sont néanmoins épargnés comparativement aux CHSLD avec 104 milieux où l'on recense au moins un cas de la COVID-19 et 18 décès. Mais Mme Pratte prévient le gouvernement de ne pas attendre que la situation dégénère avant d’agir. Ah, il y a un feu, on va aller l’éteindre, ironise-t-elle. Donnez-nous de l’oxygène pour nous aider à garder les gens!

Mathieu Dion est correspondant parlementaire à Québec

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