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Analyse

L’élégante critique d’un premier ministre inquiet

Gros plan de Justin Trudeau, le regard vers le sol, devant sa résidence d'Ottawa.

Le premier ministre Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

« Fâché », « frustré », « inquiet » : les mots choisis par Justin Trudeau pour décrire la situation dans les résidences pour personnes âgées n’avaient rien d’anodin.

En ce moment, on voit des tragédies épouvantables dans les CHSLD à travers le pays, a-t-il lancé à la fin de son allocution quotidienne. Visiblement, le premier ministre est secoué par les images et les récits provenant de ces établissements, particulièrement au Québec et en Ontario.

Après une certaine confusion entre la demande informelle de François Legault mercredi, la réaction du fédéral et la demande officielle, Ottawa enverra ses militaires comme le demandent Québec et Queen's Park, pour tenter de reprendre le contrôle de la situation. Une solution à court terme pour une situation inacceptable, a lancé Justin Trudeau. Au Canada, nos militaires ne devraient pas prendre soin de nos aînés.

La crise de la COVID-19 frappe durement les résidences pour personnes âgées. On y dénombre la vaste majorité des décès, tant au Québec qu’en Ontario. La situation est chaotique.

ll faut comprendre qu’avec 9500 personnes absentes dans le réseau, c'est une situation qui est tendue. [...] Ce n'est pas une situation normale, on est en crise, on a besoin de bras, a lancé François Legault.

Alors, l‘armée devient l’ultime rempart. Que peuvent-ils faire dans ces établissements? Les planificateurs des Forces canadiennes se posent la même question, me dit une source au fait du dossier. Servir à manger, nettoyer, répondre au téléphone et peut-être surtout convaincre les employés qui sont toujours dans les établissements de ne pas abandonner le navire. Les Forces canadiennes élaborent une myriade de scénarios afin d’être prêtes à tout, m’explique-t-on. Mais une intervention en CHSLD n’a jamais fait partie du lot.

Des militaires en jaquette?

L’opération a beau être inhabituelle et représenter un défi logistique pour les Forces, il n’y a jamais eu de doute dans la tête des élus fédéraux que la requête des provinces serait acceptée. Jour après jour, les histoires d’horreur sur les conditions qui règnent dans ces établissements ont ébranlé les élus fédéraux.

Mais l’image que cela envoie en inquiète certains. Je ne sais pas [si] les gens réalisent à quel point l’image est forte, me soulignait une personne engagée dans la réflexion, en décrivant l’arrivée de personnel militaire en CHSLD.

On craint aussi l’impact sur les résidents. Comment réagiront les résidents devant ces intrus aux uniformes intimidants? On réfléchit à une façon d’adoucir cette présence pour ne pas exacerber une tension qui est déjà à son comble.

Ottawa n’a pas dit son dernier mot

Mais l’intervention d’Ottawa semble venir avec une condition. Il faudra que la situation fasse l’objet de sérieuses discussions entre Ottawa et les provinces. Sans désigner de coupables, Justin Trudeau estime que les gouvernements laissent tomber nos parents, nos grands-parents, nos aînés. Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, on va devoir examiner comment on en est arrivés là, dit-il.

En clair, Ottawa, qui normalement n’a pas voix au chapitre en ce qui concerne la prestation des soins dans les provinces, souhaite imposer une discussion et s’inviter à la table. La téléconférence hebdomadaire entre Justin Trudeau et ses homologues des provinces et territoires aura lieu aujourd'hui en fin de journée. Cela pourrait bien marquer le début de ce processus de discussion.

Le gouvernement fédéral pourrait-il être tenté d’imposer des normes plus élevées dans les résidences pour personnes âgées d’un bout à l’autre du pays? La question a été posée à Justin Trudeau, qui n’a pas fermé la porte. Mais si Ottawa décidait d’adopter cette approche, il faudrait aussi qu'il soit prêt à offrir aux provinces et territoires le financement supplémentaire qu'ils ne manqueront pas de réclamer.

Mais aujourd'hui, c'est le moment de sauver des vies, a souligné la vice-première ministre Chrystia Freeland. Mais [...] est-ce que nous devons faire mieux pour nos aînés? Absolument, oui. Sans aborder l’idée d’une conférence fédérale-provinciale sur la question, François Legault veut lui aussi comprendre pourquoi le système a failli de la sorte. Moi, je n’exclus rien; par la suite, il faudra effectivement faire un bilan, puis voir ce qui est arrivé, dit-il.

Un autre qui risque fort d’accepter l’idée qu’il faut revoir la façon dont nos aînés sont traités dans ces milieux qui représentent bien souvent leur dernier domicile, c’est l’Ontarien Doug Ford.

J’ai le coeur brisé pour ces gens, pour leurs familles, a-t-il dit, visiblement très ému. Peut-on améliorer ce système? Absolument.

La belle-mère de Doug Ford qui a 95 ans demeure dans une résidence pour personnes âgées de la région de Toronto. Jeudi, le bureau du premier ministre ontarien a confirmé qu’elle avait contracté la COVID-19.

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