•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Face à la crise, Québec ouvre la porte aux infirmiers formés à l'étranger

Près de 1200 infirmiers et infirmières diplômés hors du Québec ont été contactés pour prêter main-forte dans les CHSLD, a appris Radio-Canada.

Un homme masqué portant des gants et une blouse jaune lave une civière.

Le gouvernement Legault a lancé ces dernières semaines plusieurs appels pour avoir davantage de personnel de santé dans les CHSLD.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a indiqué à Radio-Canada qu'une entente vient d'être conclue, mercredi soir, avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Celle-ci va permettre à ceux qui ont obtenu leur diplôme à l'étranger ou hors du Québec de venir aider le personnel de santé, débordé actuellement, durant cette crise sanitaire.

Un appel à candidatures vient ainsi d'être lancé au sein du réseau de l'OIIQ. Selon l'Ordre, qui spécifie qu'aucune communication en ce sens n'avait encore été faite depuis le début de la pandémie, environ 1200 personnes pourraient être concernées.

Toutes ces personnes, précise-t-on, ont obtenu un diplôme d'infirmière hors du Canada et ont demandé une reconnaissance de leurs compétences et formation à l'OIIQ. Elles étaient en attente de cette validation et suivaient soit des cours, soit un stage, qui ont été suspendus en raison de la pandémie.

Embauchés comme préposés aux bénéficiaires

Ces infirmiers et infirmières de formation ne pourront cependant pas exercer ce métier s'ils acceptent de répondre favorablement à l'appel du gouvernement.

Comme le précise la communication réalisée par Recrutement Santé Québec, qu'a pu consulter Radio-Canada, ces diplômés de l'étranger seront embauchés à titre de préposés aux bénéficiaires. Posséder un statut d’immigration légal et valide est l'une des conditions à respecter.

Après la crise, est-il précisé, ce professionnel aura la possibilité d’être embauché, pour le même établissement à titre de candidat à l'exercice de la profession infirmière (CEPI). Cet incitatif permettra ainsi à ces personnes formées à l’étranger de faire valider leur reconnaissance de diplôme.

Cette initiative est dans la continuité des derniers propos de François Legault. Mercredi, questionné sur la possibilité de faire appel à des médecins venus de l'étranger, le premier ministre avait fait part des besoins dans les CHSLD.

On ne refuse aucun médecin étranger qui veut venir travailler comme infirmière ou comme préposé. Comme médecin, ce n'est pas là qu'il nous manque de personnel, là. Ce qui nous manque, ce sont des infirmières puis des préposés aux bénéficiaires, avait-il déclaré.

Médecins et professionnels étrangers ne comprennent pas

Depuis plusieurs semaines, de nombreux médecins et infirmières qui ont obtenu un diplôme dans un autre pays ou une autre province ont déploré l'absence de réponse de la part du gouvernement du Québec, malgré leur volonté d'aider.

En Ontario, au début du mois, l'Ordre des médecins et chirurgiens a accordé des permis temporaires de pratique, pouvant aller jusqu'à 60 jours, pour les médecins formés à l'étranger, qui ont réussi un examen de médecine au Canada. Une telle mesure est réclamée au Québec par des professionnels de la santé.

J'aimerais tellement aider. Je ne comprends pas pourquoi l'Ontario donne des permis d'urgence et pas Québec, souligne Natalie Tremblay, une infirmière formée en Ontario qui s'est installée au Québec l'été passé, avec son mari.

La femme de 28 ans a levé la main pour apporter ses compétences. Mais son inscription, il y a deux semaines, sur le site gouvernemental destiné à cet effet est restée sans réponse.

C'est vraiment dommage et j'ai un sentiment de culpabilité. La situation est grave et je suis disponible, prête à faire n'importe quoi.

Natalie Tremblay, une infirmière originaire de l'Ontario

Beatriz Gonzalez-Fajardo est elle aussi désabusée. Infirmière pendant une dizaine d'années en Espagne, elle vit à Montréal depuis juin 2019 avec son époux canadien. Puisque son processus d'immigration est en cours, elle a vu sa demande être refusée.

Des personnes qualifiées sont mises de côté, on ne comprend pas, confie-t-elle. J'aimerais être utile, je vois la situation ici.

Directrice de l'organisme Les Anges de l'espoir-ACI, Marie-Ange Jeudy oeuvre avec près de 400 médecins formés au Congo, en Algérie, au Maroc, au Cameroun ou encore à Haïti.

Depuis le début de la crise, elle tente, assure-t-elle, de convaincre les ordres et le gouvernement de faire appel à ces expérimentés médecins. Ils ont connu des crises sanitaires, des catastrophes naturelles, ils peuvent aider, mais ils restent plantés là, regrette Marie-Ange Jeudy.

Ils sont équipés pour faire face à la crise. Ils pleurent de voir qu'ils ne peuvent rien faire.

Marie-Ange Jeudy, directrice des Anges de l'espoir-ACI

Certains, spécifie-t-elle, ont néanmoins été contactés après leur inscription sur Je Contribue!. D'autres attendent toujours. Parfois, ces médecins sont venus une fois, puis aucune nouvelle. Il y a un vrai problème administratif, avance-t-elle.

Voir qu'on va permettre à des infirmières étrangères d'aider, c'est une bonne nouvelle, reconnaît-elle. Maintenant, il faut aussi regarder du côté des médecins. Il faut utiliser ces compétences et évaluer les risques et bénéfices de laisser tous ces professionnels sur la touche.

Le MSSS assure vouloir reconnaître plus rapidement les acquis des immigrants

De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) indique être conscient qu’il faut en faire plus pour reconnaître plus rapidement les acquis et les formations des personnes immigrantes, afin de leur assurer une meilleure intégration à la société québécoise, notamment sur le marché du travail.

Cela dit, c’est un enjeu complexe, qui ne peut pas se régler du jour au lendemain, concède Robert Maranda, porte-parole du MSSS, par courriel.

Nous allons continuer de travailler en collaboration avec le Collège [des médecins] pour faciliter le processus, écrit-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique provinciale

Politique