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Les Français se mobilisent pour soutenir leur agriculture

De jeunes Français, surtout des chômeurs, ont pris d'assaut les champs.

Une jeune femme place des asperges dans un bac de plastique.

Plusieurs jeunes ont répondu à l'appel de la ferme de Jocelyn Chabot afin de cueillir et de préparer des asperges.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

« Des bras pour ton assiette », c’est le nom de la plateforme numérique lancée en France pour mettre en relation les agriculteurs et la main-d’œuvre. Les travailleurs saisonniers, qui viennent habituellement de l’étranger, ne sont pas présents cette année en raison de la crise sanitaire.

Plus de 200 000 personnes ont répondu à l’appel lancé par le gouvernement le mois dernier. Ce sont des jeunes, surtout des chômeurs qui y voient l’occasion de bonifier leurs allocations de chômage et de soutenir l’effort national pour nourrir le pays en pleine pandémie.

Petits paniers à la main, ils sont une vingtaine de jeunes penchés dans les rangs de terre. Une à la fois, ils cueillent les asperges qui pointent la tête hors du sol. La journée de travail tire à sa fin, il n’est pas encore midi.

Jocelyn Chabot, un agriculteur de père en fils, arpente les rangs et inspecte le travail. Il se penche ponctuellement pour cueillir les asperges oubliées par ses employés.

Ce sont des lunettes que je vais devoir vous payer, dit-il à la blague.

Il marche entre les rangs d'asperges.

L'agriculteur Jocelyn Chabot inspecte le travail dans les champs.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

La ferme de M. Chabot, située à Jablines, en Seine-et-Marne, se spécialise dans la production traditionnelle d’asperges blanches. Il s’agit d’une agriculture raisonnée, au gré des saisons, qui boude la production en serre. Celle-ci lui offrirait un meilleur rendement, mais il y perdrait en saveur, explique l’agriculteur.

Pour que l’asperge reste blanche, il faut la recouvrir de terre complètement pour la protéger du soleil. C’est la chaleur qui la fait pousser. Dès qu’elle sort la tête, il faut la cueillir. Sinon, avec le soleil, elle devient verte et fleurit très rapidement.

Jocelyn Chabot, producteur agricole

À l’annonce du confinement général et de la fermeture des frontières de la France, il a craint le pire pour sa récolte. Ses asperges commençaient tout juste à émerger du sol sablonneux.

Les employés, mes cueilleurs, sont d’origine espagnole, ils viennent d’Andalousie tous les ans. Donc, premier problème, la cueillette. J’emploie toujours la même famille élargie, je les héberge. Mais comment cueillir les asperges cette année? D’habitude, j’ai pas du tout de main-d’œuvre française.

Pour l’ensemble de la France, ce sont environ 200 000 travailleurs saisonniers qui viennent normalement du Maroc, de la Tunisie ou encore de l’Espagne. Ceux-ci se retrouvent exclus de l’Hexagone en raison de la pandémie.

Et les récoltes, comme celle de Jocelyn Chabot, ne peuvent pas attendre.

La France a donc lancé un appel aux volontaires pour qu’ils offrent leurs muscles aux producteurs et s'engagent dans ce que le gouvernement appelle la grande armée de l’agriculture française.

Un plaidoyer qui a été accueilli avec cynisme par plusieurs, mais qui, rapidement, s’est avéré populaire. En quelques jours, les plateformes numériques créées pour répondre aux besoins exprimés par les agriculteurs étaient prises d’assaut. Plus de gens ont offert leurs services que les 200 000 travailleurs saisonniers recherchés.

Des employés nettoient des asperges.

Une fois qu'elles ont été cueillies, les asperges sont nettoyées à l'intérieur d'un hangar du producteur Jocelyn Chabot. Le père de M. Chabot, à droite, inspecte les asperges.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

La majorité des travailleurs sont jeunes et en santé, comme Guillaume Louail, que l’on retrouve penché sur son rang d’asperges. Le jeune homme est au chômage.

Ça permet un peu plus de se rendre compte des quantités, surtout, pour nourrir toute la population. Là, on fait un petit champ, alors ça nourrit un petit peu de monde, mais on imagine à grande échelle ce que ça doit impliquer pour tous les agriculteurs, témoigne-t-il.

C’est un travail physique qu'il n’a pas l’habitude d'accomplir. Ceinture de protection lombaire au dos, cet expert en sécurité et contrôle de la qualité se dit qu’il vit un peu ce que ses ancêtres ont dû vivre.

C’est fatigant. Mais j’ai l’impression de connaître la vie que mes grands-parents ont menée. Ils travaillaient dans les champs.

À la ferme de Jablines, on a préféré embaucher plus de candidats, deux fois plus qu’en temps normal, pour écourter la journée de travail.

Dans le hangar où les asperges sont nettoyées, le père de Jocelyn Chabot classe les asperges cueillies la veille dans de grands cartons pour qu’elles soient vendues.

On ne peut pas les faire travailler toute une journée. Ils n’y arriveraient pas. Normalement, on classe et on vend les asperges par catégorie. Tête fine, asperge, blanche, la verte. Mais cette année, on mélange tout.

Jocelyn Chabot, producteur agricole

Pour encourager les candidats, le gouvernement permet aux volontaires de cumuler le chômage partiel et la rémunération d’un saisonnier qui équivaut environ au SMIC, le salaire minimum.

À la recherche de points de vente

Vaste mobilisation nationale en soutien à l’agriculture en France

Pour une majorité d’agriculteurs, la fermeture des marchés publics, c’est la disparition des principaux points de vente, une catastrophe économique qui s’ajoute à des exportations plus difficiles.

Les Chabot vendent bon an mal an 98 % de leurs asperges ici, à la ferme.

Règles de distanciation sociale obligent, impossible de recevoir les clients de façon sécuritaire, soutient Jocelyn Chabot.

La solution, ç'a été de prendre mon téléphone, de me connecter à Internet et de démarcher toutes les grandes surfaces de la région. L’accueil est plutôt bon, c’est positif, explique le producteur agricole.

Tous les jours, Jocelyn Chabot répète la même opération afin de trouver des preneurs dans les grandes surfaces de distribution alimentaire. Un exercice laborieux, mais qui, pour l’instant, lui permet de sauver sa saison.

Le prix reste correct, très correct justement, vu le manque de marchandise qui vient de l’étranger. Donc, ça demeure un plus pour moi évidemment.

Il assure lui-même les livraisons des commandes. Mercredi, il a effectué une première livraison dans un supermarché de Chelles, à une quarantaine de kilomètres de Paris. Valentin Rosset, l’adjoint du directeur, dit qu’il n’a pas hésité une minute à accepter l’offre de l’agriculteur.

On va faire un présentoir pour les mettre en valeur et souligner que c’est un produit de chez nous, de France. Les gens sont quand même à la recherche aussi de produits dont ils connaissent l’origine, de produits qui ne sont pas ultra transformés et en lesquels ils ont un peu confiance, indique M. Rosset.

Le président Emmanuel Macron s’est rendu en Bretagne pour visiter un producteur de fraises et un supermarché mercredi. Il a salué le travail de ceux qui « ont tenu » pour nourrir la France depuis le début du confinement.

Si la France est préservée de la pénurie, c’est grâce à la richesse de sa production agricole. Reprenant l’analogie de la guerre pour parler de la lutte au coronavirus, le président français a remercié la filière agroalimentaire, cette « deuxième ligne » de front.

Elle porte une visière, il a les mains dans les poches.

Le président français Emmanuel Macron a discuté avec une caissière d’un supermarché de Bretagne.

Photo : Reuters / STEPHANE MAHE

L’alimentation et l’agriculture française ont été au rendez-vous et ça, je crois qu’il faut en être fier.

Emmanuel Macron, président de la France

Cette deuxième ligne à laquelle se réfère le président est affaiblie depuis des années par des politiques industrielles qui rallongent la chaîne de distribution.

Dans les champs de M. Chabot, à Jablines, personne ne confond les rangs d’asperges avec des tranchées. Si tous ont l’impression de faire œuvre utile, on ne sent pas la guerre.

On espère surtout que les consommateurs et les distributeurs, qui semblent aujourd’hui se réconcilier avec les produits du terroir, verront encore dans l’achat de ces produits un geste patriotique essentiel une fois que la France et le reste du monde seront sortis de la pandémie.

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