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En pleine pandémie, compressions et mises à pied dans des hôpitaux américains

En délaissant les interventions non urgentes pour lutter contre la COVID-19, de nombreux hôpitaux américains ont perdu beaucoup de revenus. Certains ont donc choisi de réduire les effectifs.

Un homme masqué et vêtu d'une tenue de protection s'apprête à franchir la porte des urgences d'un hôpital.

Un hôpital dans la région de New York, aux États-Unis

Photo : Getty Images / ANGELA WEISS

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« Une semaine, nous sommes des héros. La semaine suivante, nous sommes sans emploi et aux prises avec l'incertitude », se désole Jason Bradford.

Jusqu’à récemment, ce travailleur de la santé participait quotidiennement à la lutte contre la COVID-19 dans un hôpital privé de la région de Détroit, l’une des zones les plus touchées du pays.

Son poste consistait à recueillir les informations sur les patients admis à l’hôpital, notamment les détails de leur assurance maladie. Jason était donc l’une des premières personnes que des malades, dont certains présentaient des symptômes liés à la COVID-19, rencontraient à leur arrivée au centre hospitalier.

Mardi, Beaumont Health, le groupe qui gère son hôpital, a confirmé plus de 2400 mises à pied et l’élimination de 450 emplois, dont le sien.

L'entrée des urgences de l'hôpital.

Un hôpital du groupe Beaumont, au Michigan, qui a procédé à des mises à pied.

Photo : Getty Images / JEFF KOWALSKY

Son hôpital, qui traitait exclusivement des patients atteints du coronavirus, a même cessé ses activités. Les patients qui y séjournaient ont été transférés vers d'autres centres de santé.

« J'étais encore plus en colère [...] de savoir que l'hôpital fermait ses portes à la communauté en pleine pandémie. »

— Une citation de  Jason Bradford, ancien spécialiste d’accès aux patients

Le maire du comté de Wayne, où la COVID-19 a fait plus de 500 morts, ne cache pas non plus sa frustration. Il a même demandé la tenue d’une enquête criminelle sur cette décision.

Beaumont Health, qui évoque une fermeture temporaire de cet établissement, explique que des pertes de 54 millions de dollars depuis le début de l’année ont rendu les restructurations inévitables. 

La consolation, c’est que nous avons des prestations d'assurance-emploi améliorées pour nous aider à traverser cette crise, a déclaré dans un message vidéo aux employés le président du groupe, John Fox, qui assure avoir lui-même réduit de 70 % son salaire de base.

Des revenus en chute libre

Le phénomène ne se limite pas au Michigan.

Cette semaine seulement, des médias ont signalé que des centres de santé publics et privés des États de New York, du Minnesota, de l'Arizona, du Wyoming, du Dakota du Sud et de la Floride ont procédé à des compressions et des réductions de salaire. Ces mesures visent des employés administratifs, mais parfois aussi des travailleurs de la santé.

En Pennsylvanie, la présidente de l’Alliance des infirmières et des professionnels de la santé, Maureen May, explique que certains membres qui travaillent dans des départements moins touchés par la pandémie ont été formés pour travailler dans des unités de COVID-19, mais que d’autres ont été mis à pied.

Dans l’hôpital privé de Philadelphie où cette dirigeante syndicale travaille, des compressions ont également été évoquées.

« C’est angoissant et frustrant pour un travailleur de la santé d’apprendre que son emploi est menacé alors qu’il vient de participer malgré lui à cette guerre. »

— Une citation de  Maureen May, présidente de l’Alliance des infirmières
Une personne masquée et vêtue d'une blouse porte une pancarte sur laquelle est écrit : « Patients over profits » (les patients avant les profits).

Des professionnels de la santé de New York manifestent contre une nouvelle politique de congés à leur hôpital.

Photo : afp via getty images / ANGELA WEISS

Dans son État, les hôpitaux s'attendent à ce que la crise cause des pertes de 10 milliards de dollars cette année.

Aux États-Unis, où moins de 20 % des hôpitaux communautaires sont publics, les revenus des centres de santé dépendent beaucoup des opérations facturées aux patients.

Or, depuis plus d’un mois, presque toutes les procédures non urgentes ont été interrompues pour se concentrer sur la lutte contre la COVID-19, et ce, même dans les régions les moins touchées.

Une crise qui laissera des marques

Andy Carter, de l’Association des hôpitaux et systèmes de santé de la Pennsylvanie, souligne que dans son État, le tiers des établissements de santé avaient déjà un bilan financier négatif avant la crise.

Selon lui, malgré une éventuelle reprise des opérations non urgentes et une aide de 100 milliards de dollars annoncée par le gouvernement américain, certains établissements devront prendre des décisions difficiles au cours des prochains mois.

« À la fin de tout ceci, il y aura une cicatrice permanente sur le paysage hospitalier en Pennsylvanie. »

— Une citation de  Andy Carter, président de l’Association des hôpitaux et des systèmes de santé de la Pennsylvanie
Une personne en tenue d'hôpital parmi des pancartes sur lesquelles est écrit : « We believe in you » (Nous croyons en vous), « Great job » (Beau travail), « Heroes work here. Thank you. » (Des héros travaillent ici, merci), « Essential workers » (Travailleurs essentiels).

Des signes d'appui aux travailleurs de la santé près d'un hôpital au Massachusetts.

Photo : Reuters / BRIAN SNYDER

Outre la pandémie, la crise économique qui y est associée ajoutera un degré de difficulté, souligne Émilie Lebée-Thomas directrice des programmes de la firme Dialog Health.

Cette ancienne directrice d’hôpital en France, aujourd’hui installée en Pennsylvanie, explique que, dans le système de santé américain, la facturation des hôpitaux varie. Ainsi, les assureurs privés doivent débourser davantage pour les soins de leurs clients que les assurances publiques comme Medicaid et Medicare.

Comme le taux de chômage augmente, le nombre de personnes qui paient avec des assurances publiques augmente et donc, automatiquement, les recettes des hôpitaux américains sont en train de fondre comme neige au soleil, explique-t-elle.

Au Michigan, Jason Bradford, qui a perdu son emploi à l’hôpital du comté de Wayne, se demande d’ailleurs combien de temps il pourra encore profiter de l’assurance maladie liée à son ancien travail. 

Si j'ai contracté la COVID-19 et que je perds mon assurance, qu'est-ce que je fais?, se demande-t-il. 

Demain, nous vous présentons un reportage d'Émilie Dubreuil sur l'épidémie de fermeture d'hôpitaux ruraux aux États-Unis.

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