•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

À quoi pourrait ressembler le déconfinement en Ontario?

Chargement de l’image

Selon plusieurs épidémiologistes, le confinement ne pourra pas durer indéfiniment et plusieurs scénarios de retour à la normale sont à l'étude.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 17 mars dernier, l’Ontario décrétait l’état d’urgence sanitaire, forçant la fermeture de nombreux commerces et interdisant les rassemblements de plus de 50 personnes. Les mesures de distanciation sociale se sont ensuite accentuées. Plus d’un mois après le début du confinement, la question que tout le monde se pose demeure : quand pourra-t-on retourner à une vie normale?


Pourquoi le déconfinement ne peut pas arriver d’un coup?

Rouvrir les commerces et retrouver la vie d’avant ne pourra pas se faire du jour au lendemain, s’accordent à penser les experts de la santé publique, tout simplement pour éviter une deuxième vague de l’épidémie.

Le virus possède un nombre de reproductions, ce qu’on appelle un R0, situé entre 2 et 3, selon Prévention et contrôle des infections Canada. Cela signifie que chaque personne infectée en contamine généralement deux à trois autres.

Avec la distanciation physique et les mesures d’isolement, on limite la propagation du virus, pour constater, après quelques semaines, que le nombre de nouveaux cas atteint un maximum puis commence à stagner, c’est ce qu’on appelle le pic et le plateau de l’épidémie.

Mais si on autorise un déconfinement total et soudain, selon les modèles des autorités de santé publique à travers le monde, le risque est de voir la transmission du virus reprendre de plus belle, et d’assister à une deuxième vague de l’épidémie.

Chargement de l’image

Selon l'Organisation mondiale de la santé, une deuxième vague de l'épidémie est à craindre après un déconfinement trop hâtif.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Le 10 avril dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a même mis en garde contre un déconfinement trop hâtif. Pour pouvoir effectuer un déconfinement total sans craindre un pareil scénario, il faudrait bâtir une immunité de groupe, ou immunité collective, selon la Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine, à Montréal.

Immunité collective

L’immunité de groupe, c’est la proportion de personnes dans une population donnée qui est protégée contre une maladie quelconque, explique-t-elle.

Quand on atteint un certain seuil de personnes immunisées dans la communauté, la transmission de la maladie s’arrête. Pour la COVID-19, les chercheurs estiment que ce seuil-là se situe autour de 60 % à 70 % de la population.

« Au Canada, on n'en est pas là du tout, on atteint peut-être 2 % à 5 % de la population qui est infectée. »

— Une citation de  Dre Caroline Quach, épidémiologiste, CHU Sainte-Justine

Pour obtenir cette immunité, il existe deux façons : un vaccin efficace, qui, selon le premier ministre Justin Trudeau, n’arriverait pas avant 18 mois, ou pouvoir guérir de la maladie. En d’autres termes, l’Ontario ou le Canada n’y sera pas tout de suite, mais cela ne signifie pas pour autant que le confinement va durer jusque-là.

On est obligé d’aller vers un déconfinement parce qu’on peut pas rester comme ça indéfiniment. Les conséquences économiques et sociales du confinement sont énormes, explique l’épidémiologiste et professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Nimâ Machouf.

Différents types de « déconfinements » possibles

À travers le monde, d’autres options sont présentement étudiées. Un des scénarios proposés par des chercheurs de l’Université de Toronto est un déconfinement en yoyo : en fonction de l’état du système de santé, on alternerait entre des phases de confinement et des phases d’assouplissement des règles de distanciation sociale.

Je pense que le déconfinement en yoyo c’est possible parce que c’est relativement plus facile à gérer, on peut rouvrir de façon plus large sans être obligé d’y aller par petits secteurs à la fois, souligne la Dre Quach. Elle ajoute que ce modèle nécessite toutefois un bon réseau de santé publique qui est capable de faire le suivi, où on est capable de faire le test et d’avoir des résultats assez rapides pour pouvoir réagir.

Chargement de l’image

Caroline Quach, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

Photo : Radio-Canada

Un autre scénario serait d’assouplir les règles, mais pas pour les personnes à risque. Selon l’épidémiologiste du CHU Sainte-Justine, ce modèle ne serait pas en contradiction avec le premier : de façon générale, on va essayer de garder les personnes vulnérables confinées, peu importe le type de déconfinement proposé.

Enfin, un autre scénario que l’on pourrait voir serait un cas par cas en fonction de la situation dans une région donnée.

« La décision du déconfinement à travers le pays va se prendre de manière différente et à des moments différents. »

— Une citation de  Dre Nimâ Machouf, épidémiologiste et professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

La Dre Nimâ Machouf estime, par exemple, que chaque province fonctionnera à son rythme, mais que chaque région aussi. À mon avis, dt-elle, les régions vont pouvoir déconfiner beaucoup plus rapidement que les centres urbains.

Selon les deux épidémiologistes, il est même fort probable que le scénario qui sera adopté sera un mélange de ces modèles. Il n’y a pas de recette miracle, prévient Caroline Quach. En Ontario, le premier ministre Doug Ford, lui, parle d’un processus qui se fera étape par étape.

« Nous ferons cela de façon méthodique, par étapes, quand le temps sera venu. »

— Une citation de  Doug Ford, premier ministre de l’Ontario

Éthique de la décision

Le 14 avril, l’OMS a dévoilé les six critères qu’elle juge essentiels pour permettre la levée des mesures restrictives visant à enrayer l’épidémie. Des critères que le Canada semble loin d’avoir remplis à l’heure actuelle, selon plusieurs analystes.

Pour Mireille D'Astous, docteure en bioéthique, la prise de décision devra être faite de façon transparente par les acteurs politiques. Elle affirme que le principe de proportionnalité est primordial.

« Les restrictions aux libertés individuelles doivent être proportionnelles aux risques pour les individus, aux besoins critiques pour l’ensemble de la communauté.  »

— Une citation de  Mireille D'Astous, docteure en bioéthique

Ce que je garde en tête aussi évidemment, ce sont les enjeux d’équité, de confiance, de solidarité, nos responsabilités les uns envers les autres, ce qu’on pourrait appeler un certain service à autrui, ajoute-t-elle.

Une nouvelle norme à prévoir

Ce qui semble faire consensus parmi les autorités de santé publique, c’est que le déconfinement ne sera pas synonyme de retour à la normale.

Chargement de l’image

L'épidémiologiste Nima Machouf

Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

« On ne va pas fonctionner comme avant. »

— Une citation de  Dre Nimâ Machouf, épidémiologiste et professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Il va toujours falloir qu’on garde en tête que le virus est présent dans la communauté et il faut qu’on fasse tout pour ne pas qu’il reprenne le dessus et qu’il se transmette, avance la Dre Machouf. Le but sera d’essayer de diminuer malgré tout la transmission du virus avec entre autres le port du masque pour tout par exemple, complète Caroline Quach.

Selon les deux épidémiologistes, même en déconfinement, nous serons appelés à maintenir nos efforts, voire à adopter de nouvelles mesures, et à accepter notre nouvelle norme.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !