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Un homme raconte comment il a échappé au tueur de Portapique

Après avoir découvert le corps de son frère, il se cache en forêt pendant quatre heures.

Un homme en bordure de la route, près d'un boisé, avec deux voitures de police au loin derrière lui.

Après avoir découvert le corps de son frère, Clinton Ellison a dû se cacher en forêt pendant 4 heures.

Photo : CBC

Radio-Canada

« Je vais être traumatisé pour le reste de mes jours », dit Clinton Ellison. Après avoir découvert le corps de son frère, le Néo-Écossais s’est caché dans les bois pendant quatre heures pour échapper au tueur qui a fait au moins 22 morts samedi et dimanche derniers.

C’était tiré tout droit d’un film d’horreur, pire qu’un film d’horreur, a raconté mercredi Clinton Ellison.

Le 18 avril, les frères Clinton et Corrie Ellison ont rendu visite à leur père, à Portapique en Nouvelle-Écosse. Clinton arrivait d’Halifax et Corrie, de Truro. Les deux prévoyaient rentrer chez eux le lendemain.

Vers 22 h samedi, un coup de feu a troublé la tranquillité de la paisible communauté rurale de Portapique. La famille Ellison a remarqué une lueur dans le ciel, celle des flammes d’un incendie qui venait de prendre naissance.

Malgré les protestations de son père, Corrie Ellison est sorti pour investiguer. Quelques minutes plus tard, l’homme de 42 ans téléphonait pour lui dire que l’incendie était important et qu’on devait appeler les pompiers.

Corrie Ellison n’est jamais rentré. Inquiet, son frère Clinton est parti à sa recherche.

J’ai vu un corps étendu en bordure de la route. En m’approchant, j’ai vu que c’était mon frère, raconte-t-il. Je pouvais voir le sang, et il ne bougeait pas. J’ai éteint ma lampe de poche, j’ai fait demi-tour et j’ai couru dans le noir.

Photo d'un homme coiffé d'une casquette souriant à la caméra.

Corrie Ellison avait 42 ans.

Photo : Courtoisie de Clinton Ellison

C’est en tournant la tête pour jeter un œil vers la route que Clinton Ellison a vu le faisceau d’une lampe de poche, oscillant de gauche à droite.

J’ai couru tellement vite, vers les bois, poursuit-il. Terrorisé, il s’est jeté au sol pour ne pas que le tueur remarque sa présence. Il dit y être resté quatre heures.

Dans l’obscurité, il a entendu d’autres coups de feu et des explosions. Il a observé de multiples incendies qui faisaient rage tout autour de lui.

Panneau routier de la route Portapique Beach et deux véhicules de police qui bloquent l'entrée de la route.

Des véhicules de la GRC bloquent une route le 19 avril 2020 à Portapique en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Clinton Ellison raconte qu’il n’osait pas sortir son téléphone de sa poche, mais qu’il s’est finalement risqué à téléphoner à son père pour lui dire d'éteindre toutes les lumières de la maison et de rester caché.

Il a supplié son père de ne pas le rappeler, craignant que la lumière et la sonnerie du téléphone au milieu du boisé ne révèlent sa présence.

Clinton Ellison dit avoir regardé le ciel, pendant des heures, en grelottant dans la nuit d’avril, jusqu’à l’arrivée de policiers. Ceux-ci lui ont dit qu’un tireur était en liberté.

Il n’y a que de la destruction ici. Plusieurs maisons brûlées, plusieurs autos brûlées. C’est horrible, dit le résident d’Halifax.

Des hommes habillés en jaune arrosent avec des boyaux des voitures incendiées.

L'auteur du massacre a laissé plus d'une douzaine de scènes de crime, dont celle-ci à Wentworth, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Getty Images / Tim Krochak

Quatre jours plus tard, Clinton Ellison est visiblement secoué.

Il n’est pas impressionné par les policiers. On ne lui a toujours pas dit où se trouve le corps de son frère, et personne de la police n’a appelé son père pour lui annoncer la mort d’un de ses fils.

Il est aussi dégoûté que la police n’ait pas utilisé le système d’alerte provinciale pour signaler la présence d’un tireur actif dans la région.

Un homme en bordure de la route pointe derrière lui avec son pouce en direction de deux voitures de police et un boisé.

Clinton Ellison.

Photo : CBC

Ça aurait pu sauver des vies, croit M. Ellison.

Le Bureau de gestion des urgences en Nouvelle-Écosse a offert à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d’utiliser ce service, mais la force policière ne s’en est pas prévalue. Des témoignages qui ont fait surface au lendemain du drame laissent croire qu’une telle alerte aurait en effet donné une chance à certaines des victimes d’éviter de se trouver dehors, dimanche, alors que le massacre se poursuivait.

Clinton Ellison a une pensée pour les familles de toutes les autres victimes.

Aidez les gens. C’est mon message aujourd’hui : aidez les autres, dit-il. Regroupez-vous comme communauté et aidez-vous les uns les autres. Ces personnes ont besoin d’aide, elles vont souffrir longtemps.

D'après le reportage d'Emma Davie, CBC

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