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2e anniversaire de l'attaque au camion-bélier de Toronto

Les Torontois avaient été nombreux à déposer des fleurs et des messages de condoléances à la suite du drame.

Les Torontois avaient été nombreux à déposer des fleurs et des messages de condoléances à la suite du drame.

Photo : Getty Images / Cole Burston

Jean-Philippe Nadeau

Le 23 avril marque le triste anniversaire de l'attaque au camion-bélier qui a fait 10 morts et 16 blessés à Toronto en 2018, alors que le procès d'Alek Minassian est reporté à cause de la pandémie. Des commémorations auront lieu durant la journée, mais sur les réseaux sociaux à cause de la crise sanitaire qui proscrit tout rassemblement.

Alek Minassian fait face à 10 accusations de meurtre prémédité et 16 de tentative de meurtre, mais son procès sans jury, qui aurait dû s'ouvrir au début du mois, a été reporté sine die à cause de la situation sanitaire dans le pays.

L'avocate Saron Gebresellassi représente la famille d'Amaresh Tesfamariam, qui est paralysée depuis la tragédie après avoir été éperonnée par la fourgonnette de l'accusé.

Elle est toujours en réadaptation dans une annexe de l'Hôpital Sunnybrook, elle va mieux et elle réapprend depuis deux ans à se mouvoir avec des spécialistes.

Saron Gebresellassi, avocate d'une survivante

Me Gebresellassi refuse de parler toutefois de l'état de santé de sa cliente âgée d'une cinquantaine d'années. Elle n'est toujours pas rentrée chez elle depuis le drame, elle ne peut toujours manger ni marcher seule, poursuit-elle.

L'avocate Saron Gebresellassi.

L'avocate Saron Gebresellassi à la sortie du tribunal en septembre 2018

Photo : Radio-Canada / Christopher Langenzarde

L'avocate ajoute que la situation est difficile, puisque personne ne peut lui rendre visite. À cause de la pandémie, les visiteurs ne peuvent se rendre dans des maisons de convalescence. J'espère qu'elle reprendra un jour une vie quelque peu normale, précise-t-elle.

Dans un courriel, l'avocat d'Alek Minassian, Boris Bytensky, écrit que ses pensées sont avec les familles des victimes. Il est évident que c'est une journée difficile et j'espère que tout le monde pourra faire une prière pour chacune d'entre elles et pour la santé de leurs proches en ces temps de pandémie, poursuit-il.

Boris Bytensky entouré des caméras et des micros de journalistes.

L'avocat d'Alek Minassian, Boris Bytensky, en septembre 2018

Photo : Radio-Canada

La défense du prévenu refuse toujours de dire si elle compte plaider la non-responsabilité criminelle, ce que la Couronne n'est pas prête à lui concéder selon la démarche qu'elle a adoptée pour l'instant.

Seuls les rapports d'évaluation psychiatrique n'ont pas transpiré dans la presse depuis le début de l'enquête.

Le portrait d'un homme.

Alek Minassian est le seul suspect dans cette affaire.

Photo : LinkedIn

La juge Ann Molloy, de la Cour supérieure de l'Ontario, avait déjà dit l'an dernier que le procès porterait davantage sur l'état d'esprit de l'accusé que sur sa responsabilité criminelle, puisque l'individu a admis sa culpabilité.

Des confessions incriminantes

Des documents de cour que la presse a réussi à obtenir l'été dernier indiquent que l'individu de 27 ans a déjà avoué le crime dont il est accusé.

Il avait révélé au détective Robert Thomas qu'il appartenait à un groupe d'hommes frustrés qui n'arrivent pas à perdre leur virginité, les Incels, qui est l'abréviation d'abstinents involontaires.

Capture d’écran montrant deux hommes assis l’un en face de l’autre dans une salle.

Alek Minassian, en haut, a été interrogé par le détective Robert Thomas quelques heures après l'attaque.

Photo : capture d'écran

Alek Minassian a déclaré qu'il avait planifié l'attaque au camion-bélier en mars 2018 et qu'il avait loué une fourgonnette pour parvenir à ses fins.

L'individu avait dit qu'il avait écrit sur Facebook que la rébellion des Incels avait commencé juste avant de commettre son crime au volant du véhicule. Il avait affirmé qu'il avait accompli [sa] mission.

Ligne du temps de l'affaire MinassianAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dates-clé de l'affaire Minassian

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Alek Minassian a même confessé qu'il s'était inspiré d'Elliot Rodger, le fondateur présumé de son mouvement qui avait commis une attaque semblable sur un campus de Santa Barbara en Californie avant de s'enlever la vie en 2014.

Aucune des accusations auxquelles Alek Minassian fait face n'a en revanche été prouvée devant les tribunaux.

Dessin de cour de l'accusé devant le juge et le procureur.

L'accusé, Alek Minassian (à g.), lors de l'une de ses premières comparutions au tribunal à Toronto

Photo : CBC/Pam Davies

Mis à part quelques délais, le procès n'accusait d'aucun retard majeur lorsque les préparatifs ont été interrompus. L'arrêt Jordan sur les temps d'attente des accusés devant les tribunaux n'est donc pas en jeu dans cette cause.

Le calendrier avait même été devancé par la décision du Procureur général de l'Ontario, à l'automne 2018, de ne tenir aucune audience préliminaire avant le procès comme c'est en général le cas.

Requête de dernière minute

Minassian a comparu la dernière fois le 5 mars lorsque sa défense a tenté in extremis de faire retirer certains aveux de son client l'après-midi de son arrestation.

La requête portait sur deux confessions particulières, parce que Me Bytensky craint que le droit de son client à garder le silence ait été compromis à son arrivée au poste de police, même si un policier lui a bien lu ses droits dès son arrestation sur le trottoir.

Des policiers de Toronto menottent le suspect contre une voiture.

Alek Minassian avait été arrêté une vingtaine de minutes après les faits.

Photo : Radio-Canada / Clark Hua Zhang/Twitter

Premièrement, Alek Minassian a avoué qu'il voulait se faire tuer par un policier lorsqu'il est descendu de la fourgonnette sous les ordres de l'agent Ken Lam.

Deuxièmement, il s'est qualifié lui-même de « petite merde de meurtrier » à son arrivée au poste après s'être fait poser des questions d'usage sur sa santé physique et mentale.

Me Bytensky avait demandé à la juge de retirer des preuves ces deux aveux, parce que les deux policiers qui ont questionné Alek Minassian au poste ne lui ont toutefois pas indiqué qu'il était en droit de ne pas répondre à leurs questions.

Un homme menotté dans un poste de police

Alek Minassian à son arrivée au poste de police l'après-midi du 23 avril 2018

Photo : Courtoisie

Aucune décision n'a encore été rendue à ce sujet, mais la magistrate est en droit de ne pas rendre sur-le-champ sa décision sur la requête, puisque le procès aura lieu devant juge seul.

Les parties devront par ailleurs se réunir à nouveau au tribunal dès que la situation sanitaire sera revenue à la normale pour dégager une nouvelle date de procès.

Nombreuses poursuites civiles

Alek Minassian et sa famille font par ailleurs face à de nombreuses poursuites au civil de la part des familles des victimes, mais aussi des survivants. La première, de 6 millions de dollars, a été déposée dès novembre 2018.

Blessures au cerveau avec séquelles, fractures de la colonne vertébrale, perte d'autonomie et syndrome de stress post-traumatique... la liste des dommages que les plaignants leur reprochent est longue.

La rue Yonge avec un camion qui bloque la circulation après l'attaque au camion-bélier.

La rue Yonge à North York à la hauteur où la tragédie s'est produite

Photo : Getty Images / Cole Burston

Me Gebresellassi refuse de parler de la nature de la poursuite de sa cliente, mais elle avoue que la cause est difficile avec les assurances et les déplacements à l'étranger.

Elle rappelle qu'une partie des membres de la famille Tesfamariam sont des Américains. Il faut des visas, les voyages coûtent cher et les frontières sont fermées pour l'instant, rappelle-t-elle.

Une foule déposant des fleurs sur les lieux de la tragédie.

Scène de recueillement après l'attaque au camion-bélier sur la rue Yonge

Photo : Getty Images / Cole Burston

Contrairement à l'affaire criminelle, les causes au civil se déroulent pour l'instant derrière portes closes et elles risquent de prendre des années avant d'être entendues. Aucun des faits reprochés n'a par ailleurs été prouvé non plus devant les tribunaux.

Commémorations et recueillement

Le maire de Toronto, John Tory, s'est adressé aux Torontois en matinée, sur une plateforme numérique, pour rendre hommage aux victimes et aux survivants de la tragédie.

le maire debout devant un lutrin et à côté des dix chandelles.

Le maire de Toronto était accompagné de John Filion, le conseiller municipal du quartier Willowdale, où s'est produite la tragédie.

Photo : Ville de Toronto

Debout, à côté de dix chandelles allumées en l'honneur des victimes, il a énuméré, un par un, leurs noms, avant d'observer une minute de silence pour honorer leur mémoire.

En ce jour le plus sombre de l'histoire de notre ville, nous exprimons nos condoléances aux familles des victimes et aux survivants et nous vous promettons que nous continuerons à vous épauler durant votre convalescence et que nous surmonterons tous cette tragédie.

John Tory, maire de Toronto

Les drapeaux ont été mis en berne à 13 h 30 aux places Nathan Phillips au centre-ville et Mel Lastman, à North York.

Doug Ford devant quatre drapeaux de l'Ontario.

Le premier ministre Doug Ford a lui aussi transmis ses pensées aux victimes et aux survivants de la tragédie.

Photo : Radio-Canada

Le premier ministre Doug Ford a pris la première minute de son allocution quotidienne sur la lutte contre la pandémie pour saluer lui aussi la mémoire des victimes.

Devant ce drame, nous nous sommes tous soutenus face à un geste d'une violence abjecte; nous étions tous forts et unis à l'époque et je ne peux m'empêcher de penser, à la lumière de la tragédie en Nouvelle-Écosse, à ce même esprit de solidarité qui nous guidera à travers cette nouvelle période difficile.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Les Torontois sont invités à ne pas se déplacer pour déposer des gerbes de fleurs sur les lieux du drame pour respecter les consignes de la santé publique.

L'éclairage des enseignes lumineuses de Toronto sera réduit à la tombée du jour. Une veillée à la chandelle virtuelle se tiendra par la suite en soirée à l'initiative de groupes communautaires du quartier Willowdale.

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