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Les éclosions de COVID-19 dans les résidences pour aînés, une « tragédie » mondiale

En Europe, au Canada et aux États-Unis, une grande proportion des personnes décédées après avoir contracté la COVID-19 vivaient dans des établissements de soins de longue durée.

Le véhicule paramédical devant un immeuble.

Une ambulance devant un immeuble du Chartwell Cité-Jardin à Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Radio-Canada

Il n’y a pas que dans les résidences pour aînés du Canada que le nombre de cas de COVID-19 et de décès causés par cette maladie est particulièrement élevé. Bien que les données soient encore préliminaires, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'un « portrait profondément préoccupant » de la situation mondiale commence à émerger.

Une grande proportion de la transmission du virus se concentre dans des établissements de soins de longue durée, a déclaré jeudi Michael Ryan, directeur exécutif du programme d'urgences sanitaires de l’OMS, lors d'un point de presse.

Le Dr Hans Kluge, chef du bureau Europe de l’OMS, a ajouté que, sur le Vieux Continent, près de la moitié des décès dus au coronavirus étaient survenus dans des maisons de retraite, une tragédie inimaginable.

Selon un rapport du London School of Economics, entre 42 % et 57 % des personnes décédées en Espagne, en Italie, en France, en Irlande et en Belgique après avoir contracté la COVID-19 sont des aînés vivant dans des résidences de soins de longue durée.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a pour sa part récemment affirmé que la moitié des personnes décédées au Canada étaient des aînés vivant en centres de soins de longue durée.

Un portrait incomplet de la situation

Une femme masquée se prépare à entrer du matériel dans la résidence.

Au Centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) de Sainte-Dorothée, à Laval, de nombreux résidents sont infectés par la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Il est encore difficile de comparer avec précision la situation canadienne avec celle d’autres pays, puisque chacun comptabilise ses données de façon très différente.

Faire des comparaisons entre les pays qui ne comptent pas de la même façon, c’est trompeur, a dit le directeur de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, en conférence de presse mercredi. C’est comparer des pommes et des oranges. La plupart des pays ne comptent pas les décès qui surviennent à l’extérieur de l’hôpital. Si on faisait ça, le Québec serait l’endroit où il y a le moins de décès.

En effet, plusieurs pays ne dévoilent pas le nombre de cas et de morts dans les résidences pour personnes âgées. Et lorsqu’ils le font, l'information est souvent fragmentaire. C'est notamment le cas au Canada, où certaines provinces ont tardé à dévoiler publiquement les données complètes sur la situation dans ces résidences.

De plus, peu de pays testent systématiquement les employés et les aînés vivant dans ces résidences; ainsi, le nombre réel de cas et de morts serait largement sous-signalé.

Des chercheurs du London School of Economics estiment que moins de 2 % des 400 000 aînés dans des résidences au Canada ont été testés.

Et puisqu’on ne teste pas suffisamment dans ces résidences, de nombreux décès de personnes âgées sont attribués à d’autres facteurs que la COVID-19, alors que le virus pourrait en être la cause.

Que signalent les pays?

Selon des données de la London School of Economics, près de 60 % des quelque 2000 morts au Canada seraient des personnes âgées vivant dans une résidence de soins de longue durée.

Le taux varie de province en province : 61 % en Colombie-Britannique, 63 % en Alberta, 37 % en Ontario et 70 % au Québec.

Dans le but maîtriser les éclosions dans certaines résidences, l’armée a notamment été appelée en renfort en Ontario et au Québec.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a comparé mercredi la multiplication des éclosions dans les résidences pour personnes âgées à un « feu de forêt qui fait rage ».

Au Portugal, le tiers des morts liés à la COVID-19 étaient des aînés en résidence de soins de longue durée, à Singapour, ceux-ci représentaient le cinquième des décès, et en Espagne, la moitié.

Aux États-Unis, selon un décompte de l’Associated Press, un tiers des morts seraient des personnes âgées vivant dans des résidences de soins de longue durée.

En date du 17 avril, 50 % des 5274 décès comptabilisés en Belgique étaient survenus dans de telles résidences. En France, le 15 avril, 49,4 % des 6524 décès s'étaient produits dans des établissements du même type. En Irlande, le taux s'établit à 55,2 % du total des morts.

Deux personnes soignantes portant des vêtements protecteurs et un masque avec une aînée dans une chambre d'hôpital.

Le personnel médical fait subir un test de la COVID-19 à une résidente d'un EHPAD à Kaysersberg, en France.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

En Écosse, 40 % des résidences pour personnes âgées ont déclaré des cas de COVID-19, et 25 % des personnes y ayant succombé y vivaient.

En Australie, en date du 22 avril, les aînés en résidence représentaient 1,2 % des cas totaux, mais 19 % des morts.

L'Italie n’a pas révélé le nombre de morts dans ses résidences, mais selon un sondage auprès de 577 établissements, environ 37 % des décès qui y sont survenus au cours des derniers mois seraient liés à la COVID-19.

Les chercheurs du London School of Economics croient que la meilleure façon d’estimer le nombre de morts liés à la COVID-19 dans les résidences de soins de longue durée serait de comparer le nombre moyen de morts au début des années 2019 et 2020. Ils sont d'avis que la moyenne serait plus élevée en 2020.

Bien sûr, tous les décès additionnels en 2020 n’auront pas été causés par la COVID-19, mais cette comparaison pourra donner une estimation de la létalité du virus dans ces résidences.

Quand tous les États vont finir par compter les décès qui sont en haut des moyennes observées dans les années antérieures, vous allez voir les vrais chiffres. On pourra alors faire de meilleures analyses.

Dr Horacio Arruda, directeur de santé publique du Québec

Au moins la moitié des cas asymptomatiques

Une employée prend un échantillon pour effectuer un test de dépistage.

La Belgique a augmenté le nombre de tests dans les résidences pour personnes âgées.

Photo : Reuters / YVES HERMAN

Le virus se propage comme une traînée de poudre dans les résidences pour personnes âgées, et les chercheurs croient qu'une des raisons qui explique la multiplication des éclosions est le nombre important de personnes asymptomatiques qui sont des vecteurs de la COVID-19.

Des données préliminaires aux États-Unis montrent que, dans certains établissements de soins de longue durée, environ la moitié des aînés et des employés qui sont infectés n'avaient pas de symptômes au moment du test de dépistage.

En Belgique, qui a multiplié le nombre de tests dans les résidences pour personnes âgées, les premières analyses montrent qu’environ 70 % des employés et des aînés des résidences, dont les tests se sont révélés positifs, ne présentaient pas de symptômes.

Au Canada comme ailleurs, les chercheurs montrent que plusieurs facteurs sont responsables de la propagation fulgurante du virus dans les résidences de soins de longue durée :

  • Employés qui travaillent avec des symptômes;

  • Employés qui travaillent dans plus d’un établissement;

  • Manque d’équipement de protection pour les employés;

  • Nombre de tests de dépistage peu élevés.

Afin de mieux comprendre la propagation du virus et de freiner la pandémie, l'OMS a demandé à tous les pays de tester en grand nombre leur population, particulièrement les personnes âgées vivant dans les résidences.

 Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés, a dit le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Et nous ne pouvons pas arrêter cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté.

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