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Cannes, à l’avant-garde de la lutte contre le coronavirus

Prise de température des clients, fabrication locale de masques, désinfection des rues, aide économique. Cannes fait beaucoup pour chasser le coronavirus dans l’espoir que reviennent rapidement les vedettes et les gens d’affaires habitués des soirées sur la Croisette. Un modèle à suivre?

Tao Deliere, derrière son kiosque où il offre différentes variétés d’olives.

Tao Deliere, l'un des marchands au marché Fortville.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

« Protocole de rigolos! » lance la dame, offensée. Puis elle quitte l’agent de sécurité en lançant : « J’ai les mains propres, moi! ».

L’employé municipal est un peu surpris, mais n’en fait pas plus de cas. C’est la première Cannoise qu’il voit refuser de se plier aux consignes d’hygiène strictes à l’entrée du célèbre marché public Fortville.

Par précaution, la plupart des marchés de produits frais de France ont fermé à la fin mars. Ceux de Cannes ont pu rouvrir 25 jours plus tard, dans un encadrement sanitaire très serré.

La température de chaque client est prise à l’entrée. Il faut aussi se laver les mains avec une solution antibactérienne. Les emplettes se font à sens unique, en suivant les flèches jaunes sur le sol. Interdit de revenir en arrière! Et interdiction de toucher aux fruits et légumes. Seul le vendeur les manipule.

La grande majorité des clients acceptent plutôt bien l’exercice. C’est bon, docteur? blague un retraité avant de saluer une connaissance dans la foule. D’autres vont rapidement vers leur commerçant préféré, prennent des nouvelles entre les radis et les épinards.

Une préposé propose du désinfectant à des clients.

Chaque client des marchés publics doit accepter de se laver les mains et qu'un préposé prenne sa température.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

On est très heureux de rouvrir, de revoir les gens. Ça fait plaisir! s’exclame Tao Deliere, derrière son kiosque où il offre différentes variétés d’olives. Le producteur admet que les ventes ne sont pas très bonnes en ce moment… à peine un cinquième des revenus habituels.

Mais aujourd’hui, ce n’est pas ce qui compte, assure-t-il. Le marché a rouvert, les affaires vont bien finir par reprendre.

L’espoir fait vivre, alors on est là. Il faut toujours être optimiste.

Un maire extraordinaire

Il faut que ça se mette en place. Après, ça va aller; ça va aller, raisonne Isabelle Fanetti, l’une des doyennes parmi les commerçants au marché Forville. Déjà, on travaille. Donc, nous on est content. Faut pas se plaindre.

Avant de servir un autre client, la productrice répète ce que plusieurs Cannois expriment spontanément : c’est à leur maire, David Lisnard, qu’ils doivent la réouverture de ce marché.

On a un maire extraordinaire, il nous a soutenus et tout… On a beaucoup de chance!

Isabelle Fanetti, commerçante
 Il occupe pratiquement chaque minute de ses journées à gérer la crise. Si ça va bien? "on n'a pas le temps de se poser la question!"

Le maire de Cannes, David Lisnard.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Un maire de droite, réélu avec plus de 85 % des voix au début de la crise du coronavirus. Un maire qui semble être sur tous les fronts et déployer tous les outils à sa disposition dans la lutte contre le coronavirus.

La réouverture des marchés publics n’est qu’un exemple. Il y a ce service de courses offert aux personnes vulnérables, cette plateforme pour aider les producteurs à trouver des clients pour leurs fruits et légumes, ces thermomètres distribués aux supermarchés…

Une offre que le gérant de l’épicerie Carrefour Market, au centre-ville de Cannes, a accueillie volontiers. David Romeyer y voit un gage pour ses clients qu’il fait tout pour garantir leur sécurité.

L’image est très positive. Les commerçants devraient (aussi) le faire, soutient-il.

Pour l’instant, les thermomètres n’ont été distribués que dans certains supermarchés. Mais cela pourrait changer, alors que les autorités françaises préparent le déconfinement, la période au cours de laquelle davantage de citoyens se retrouveront dans l’espace public.

David Romeyer, lui, se dit déjà prêt, notamment grâce aux thermomètres de la mairie.

Cette mesure supplémentaire fait partie de notre protocole général. Et ce n’est en aucun cas une contrainte, souligne-t-il. Nous, on est tout à fait prêts au déconfinement, à accueillir plus de monde…

Chaque résident en recevra au moins un.

Des employés de la Ville de Cannes préparent des sacs avec les masques de tissu et une notice explicative.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’utilisation du masque fortement recommandée

Cette semaine, la ville distribue des masques grand public à ses résidents. Des masques lavables, fabriqués par des couturières d’ordinaire sollicitées… pour les vedettes de cinéma!

La nuit dernière, j’ai cauchemardé des masques, avoue Aline Buffet, une costumière surnommée la couturière du Festival. Depuis deux semaines, elle et son équipe découpent, cousent et repassent une douzaine d’heures par jour. Plus de 3500 masques sortent quotidiennement de son petit atelier.

La municipalité lui en a commandé 200 000 qu’elle paiera un peu moins de 1,50 $ pièce. Une opération loin d’être rentable, mais qui motive énormément la couturière.

C’est à la fois agréable de travailler pour les Cannois, et quelque part un petit peu morbide, parce que nous vivons une drôle d’époque.

Aline Buffet, costumière
Elle pose dans son atelier où elle prépare maintenant des masques de tissu pour les Cannois.

La costumière Aline Buffet.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Pour la mairie de Cannes, cette fabrique répond à deux objectifs. C’est d’abord une aide économique pour certaines entreprises : plutôt que d’acheter ces masques à l’étranger, la Ville a fait travailler des artisans locaux.

Et puis, ces masques devraient aider les citoyens à reprendre une vie un peu plus normale. Dans son vaste bureau, le maire de Cannes assure que le port du masque sera bientôt nécessaire pour circuler et faire ses achats dans la ville.

Pas le rendre obligatoire partout, tout le temps, nuance David Lisnard, mais là où on expose les autres, c’est-à-dire dans les lieux de fortes interactions humaines. Dans les transports en commun notamment.

Le maire s’attend aussi à ce que l’État impose le port du masque dans certaines circonstances. Lui tente de prévoir les besoins et de bien préparer ses concitoyens. On essaie d’anticiper, explique-t-il.

Depuis deux mois, ses gestes le démontrent. Cannes a pris ses premières mesures contre le coronavirus en février, soit au moment où l’Italie mettait sous cloche des premières villes touchées.

Une solution d'eau de Javel diluée est utilisée, même si cette méthode n'est pas recommandée par les autorités de Santé publique.

Désinfection des rues et du mobilier urbain à Cannes.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Des mesures plus psychologiques que nécessaires

L’anticipation explique aussi pourquoi Cannes désinfecte ses espaces publics avec de l’eau de javel diluée, alors que la méthode n’est pas recommandée en France.

Scientifiquement, la pertinence de ce genre d’opération n’a pas encore été établie, a rappelé le Haut Conseil de la santé publique.

Mais à Cannes, les autorités municipales jugent plutôt que la méthode a produit du bon en Chine et en Corée du Sud notamment. Elles voient donc cette désinfection comme une arme de plus dans la lutte contre le coronavirus.

Ainsi, presque chaque jour, les employés municipaux désinfectent les rues et les marchés publics. Les trottoirs sont nettoyés, de même que les poteaux et les rampes et toutes les surfaces du mobilier urbain qui peuvent être touchées par des mains contaminées.

Je crois qu’il y a plein de mesures qui rassurent les gens, lance une jeune mère de famille au marché Forville, avant d’expliquer qu’on n'a pas pris la température de ses deux bambins.

Je pense qu’il y a plein de mesures qui rassurent les gens. Qui sont plus psychologiques que vraiment nécessaires.

Elle juge ainsi la prise de température un peu science-fiction, mais s’y plie de bonne grâce, dans l’espoir d’un retour prochain à la normalité.

On essaie aussi que la vie reprenne. On a l’habitude de venir au marché. On aime bien que la vie reprenne.

Une jeune mère de famille rencontrée au marché Forville
Un producteur maraîcher devant son étal de légumes

C'est normal de se laver souvent les mains et de changer fréquemment de paires de gants, assure le producteur Antoine Demichelis.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

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