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Un ours noir.

Un ours noir.

Photo : Associated Press / Robert F. Bukaty

Le gouvernement chinois fait la promotion depuis le mois dernier d’un médicament injectable à base de bile d’ours pour traiter les symptômes sévères de la COVID-19. Une situation qui préoccupe des groupes de défense des animaux à travers le monde.

« Avec cette pandémie, tout le monde risque de tomber malade, et si vous apprenez que les ours peuvent vous aider à vous soigner, la menace qui guette ces animaux est considérable », estime le Dr Jan Schmidt-Burbach de l’organisation Protection mondiale des animaux, joint à son domicile en Allemagne.

La bile d’ours contient de l’acide ursodésoxycholique, qui est utilisé en médecine traditionnelle chinoise pour traiter les problèmes de foie et augmenter la virilité, entre autres. 

Le Dr Schmidt-Burbach craint que la promotion d’un médicament à base de bile d’ours n’accroisse davantage la demande pour ce liquide.

Avec 240 autres organisations de défense des animaux, dont certaines canadiennes, il demande à l'Organisation mondiale de la santé de forcer les pays à interdire l’utilisation de produits d’animaux sauvages en médecine traditionnelle, tels que les os de tigre, la corne de rhinocéros, les écailles de pangolin, la bile et la vésicule biliaire d’ours. 

Le regroupement est surpris de la recommandation de la Chine, puisqu’en février dernier, le pays a banni le commerce et la consommation d’animaux sauvages sur son territoire.

Le Tan Re Qing, le médicament recommandé par Pékin, est le produit à base de bile d’ours le plus prisé des médecins chinois. Ses ventes se chiffrent annuellement à 280 millions de dollars.

Le laboratoire de Shanghai qui fabrique ce produit est le plus gros acheteur de bile d’ours du pays.

Pour s'assurer d’un approvisionnement constant, le laboratoire se procure la bile dans des fermes d’ours où les animaux sont confinés à vie dans des cages étroites. Un cathéter métallique est inséré à froid dans la vésicule biliaire pour en extraire la bile. Plus l’animal souffre, plus la vésicule grossit, plus elle se remplit de bile.

Il y aurait des milliers d’ours en Chine et ailleurs en Asie qui subissent ce traitement.

Une femme extrait la vésicule biliaire d’un ours en cage.

Une femme extrait la bile d’un ours dans une ferme en Chine.

Photo : AFP/Getty Images

Des virus transmis par les animaux

Le virus de la COVID-19 aurait fait son apparition dans un marché de la ville de Wuhan, en Chine, où des animaux sauvages sont vendus à des fins alimentaires. Ce lieu est fermé depuis janvier et placé sous haute surveillance.

Ces marchés de produits frais – appelés wet markets en anglais car les comptoirs sont souvent aspergés d'eau et les étalages de poissons reposent sur des blocs de glace – sont dénoncés par les activistes.

Les mauvaises conditions d’hygiène de certains de ces marchés, la grande proximité entre les animaux sauvages vivants et les humains qui les manipulent constituent un milieu propice pour la propagation d’un pathogène.

La grippe aviaire et le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) ont d’ailleurs fait leur apparition dans ces marchés où sont vendus des animaux vivants.

« C’est ironique d’utiliser un produit qui provient d’un animal sauvage pour traiter une maladie causée par un animal sauvage », dénonce le Dr Schmidt-Burbach, qui ajoute qu’il existe des plantes qui ont le même effet que la bile d’ours.

Au cours des 10 dernières années, la demande pour la bile d’ours en captivité a augmenté en Chine. La bile d’ours sauvage a aussi la cote.

Ces animaux sont tués illégalement en Malaisie, en Indonésie, au Vietnam et au Canada.  

Braconnage

En juillet 2018, l’opération Pochette a mis au jour un trafic de vésicules biliaires entre le Québec et le Nouveau-Brunswick. Le plus gros acheteur, un résident du Québec, était d’origine vietnamienne. Depuis plusieurs années, la demande pour la bile d’ours est constante au Canada et en Asie chez les adeptes de médecine traditionnelle.

Malgré le fait qu’il soit illégal de posséder, de vendre ou d’acheter une vésicule biliaire d’ours noir, l’émission Enquêteavait démontré qu’il était assez facile de s’en procurer.

Ours mutilé sur le sol.

Un ours mutilé retrouvé lors du projet América en 2002. Des braconniers ont pris la vésicule biliaire et les pattes de l'animal

Photo : Environnement Canada

À la suite de la décision de la Chine de mettre son traitement à base de bile d’ours sur une liste de médicaments pour atténuer la COVID-19, la Protection de la faune du Québec a indiqué à Radio-Canada qu’elle sera « très vigilante ». Certains braconniers pourraient profiter de la situation pour stocker des vésicules biliaires en attendant de trouver des acheteurs. La chasse à l’ours débute le 15 mai. 

Environnement et Changement climatique Canada est aussi au courant du nouvel usage de la bile contre la COVID-19.

« Nous allons continuer de surveiller la situation en collaboration avec les provinces. Nous gardons à l’esprit qu’il pourrait y avoir plus de demandes de la part des communautés asiatiques au pays qui cherchent ce type de médicament traditionnel », dit Sheldon Jordan, directeur général à la Direction de l’application de loi sur la faune.

L’ours noir d’Amérique du Nord est recherché, car sa bile produit un acide plus concentré. Contrairement au reste du monde, le Canada a des populations d’ours en santé et désire les préserver contre les marchés clandestins.

L’ours noir d’Asie et l’ours malais produisent aussi ce type de bile. Ils sont tous les deux menacés d’extinction.


Regardez le reportage de l’émission Enquête sur le braconnage de l’ours noir au Canada.

Retrouvez tous les reportages de l'émission Enquête

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