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Une préposée aux bénéficiaires dénonce le va-et-vient entre zones froides et chaudes

Une préposée aux bénéficiaires tient la main d'une patiente.

Les proposés aux bénéficiaires craignent d’être un vecteur de contamination dans les foyers pour personnes âgées.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Une préposée aux bénéficiaires qui travaille dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) en Montérégie dénonce le va-et-vient qui lui est imposé par son employeur entre les résidences pour personnes âgées. Elle déplore que le personnel se déplace sans cesse de zones froides à zones chaudes et inversement.

Il y a deux semaines, la ministre de la Santé Danielle McCann déclarait qu’il ne fallait pas que « les gens se promènent d’un établissement à l’autre », alors que la plupart des victimes de la pandémie de la COVID-19 sont dans les établissements pour personnes âgées.

La jeune dame, qui préfère garder l’anonymat par peur de représailles de son employeur, explique que le CHSLD où elle travaille régulièrement ne compte pas de cas de COVID-19, mais on l’envoie, ainsi que certains de ses collègues, dans des résidences privées où plusieurs personnes sont contaminées. Elle doit par la suite revenir à son CHSLD.

Elle qualifie cette situation d’inacceptable et craint d’être un vecteur de contamination.

Les centres privés où on est transférés sont pleins [de cas] de COVID-19. On va s’exposer à eux pour revenir à notre centre d’hébergement avec des personnes qui sont très vulnérables et on risque fortement de les contaminer.

Une préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD en Montérégie

Crainte de représailles

Ces préposés aux bénéficiaires ne peuvent pas dire non. Présentement, on est toutes dans la peur. C’est un peu une dictature parce qu’on nous menace, dit la jeune femme. En cas de refus, elle risque de ne pas être payée, en plus de recevoir des amendes allant de 1000 $ à 6000 $, ajoute-t-elle.

Le Syndicat des travailleuses et travailleurs du CISSSME-CSN dénonce cette pratique de l’employeur et le transfert du personnel d’une zone froide où on ne compte pas de cas de contamination vers une zone chaude, où l’on compte des cas de COVID-19.

Le syndicat reconnaît que l’on vit une situation particulière, mais on ne doit pas recourir à ce genre de menaces contre des salariés qui ont peur.

C’est une crainte tout à fait légitime, indique son président, Daniel Laroche. On n’a pas eu d’information directe à cet effet, mais c’est une menace qui est utilisée parfois par certains gestionnaires pour obliger les personnes à accepter d’être déplacées dans des endroits dont ils connaissent peu les lieux et l’état des résidents.

La Fédération professionnelle des préposés aux bénéficiaires du Québec n’en pense pas moins et ne comprend pas l’attitude de l’employeur.

L’employeur prend un très grand risque de dire à cette personne-là : "Va travailler dans une unité chaude puis reviens chez nous". C’est jouer avec le feu.

Michel Lemelin, président-directeur général, Fédération professionnelle des préposés aux bénéficiaires du Québec

Créer une équipe volante

Sylvain Dubé debout devant une bibliothèque.

Sylvain Dubé est directeur adjoint des communications du CISSS de la Montérégie-Est.

Photo : Radio-Canada

Le CISSS de la Montérégie-Est affirme qu'il est rare qu'un employé se voie imposer un lieu de travail, mais il estime que cela est nécessaire en raison des circonstances exceptionnelles actuelles, afin d'assurer suffisamment d'effectifs.

Le directeur adjoint des communications du CISSS de la Montérégie-Est, Sylvain Dubé, affirme que son établissement travaille en ce moment à trouver une solution pour éviter un va-et-vient du personnel entre zones chaudes et zones froides.

Pour limiter, par exemple, le transfert des zones froides vers les chaudes, on est en train de mettre sur pied une petite équipe volante ou ce qu’on pourrait appeler une task force de travailleurs, de préposés aux bénéficiaires qui irait dans les RPA [résidences pour personnes âgées] qui ont besoin d’avoir de la main-d’œuvre. Ces gens iraient seulement dans les zones chaudes, explique-t-il.

Bien entendu, ces gens, une fois qu’ils auront terminé dans les zones chaudes, par la suite, on regardera quelles sont les procédures. Normalement, il y a un dépistage, un test et peut-être également ce qu’on appelle un retrait volontaire pour un certain nombre de jours, ajoute-t-il.

Éviter un bris de service

Interrogé sur le sujet en conférence de presse, le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, a reconnu qu’il est effectivement possible pour un employé travaillant dans une zone froide d’aller œuvrer en zone chaude temporairement avant de revenir en zone froide.

Il a expliqué que le recours à cette pratique vise à éviter un bris de service sur le plan des soins prodigués. Ce bris de service pourrait provoquer des mortalités, a-t-il indiqué.

C’est donc une possibilité qui doit être évaluée par l’établissement au cas par cas, a-t-il déclaré.

Cette pratique vise les employés asymptomatiques qui portent un équipement de protection adéquat et qui sont tenus d’appliquer les mesures en vigueur, a précisé le Dr Arruda. C’est sûr que dès que les gens ont des symptômes, au moindre symptôme, on ne les laisse pas revenir, a-t-il assuré.

Deux tests négatifs sont actuellement nécessaires à ceux qui ont contracté la maladie avant de revenir au travail.

Des 2600 résidences de personnes âgées du Québec, 300 comptent plus d’un cas de COVID-19. La situation demeure difficile dans 85 établissements pour personnes âgées, où 15 % des occupants sont malades.

Avec les informations de Karine Bastien

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