•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Comment la COVID-19 se propage-t-elle en prison?

Une chaise est placée devant un téléphone public accroché à un mur de béton. En arrière-plan, une porte en grillage bloque l'accès à un couloir.

De nombreux détenus partagent ce téléphone public de la prison de Warkworth, dans l'établissement de Trent Hil, en Ontario.

Photo : Radio-Canada

Plus de 180 détenus ont contracté la COVID-19 dans les prisons fédérales canadiennes. Comment expliquer de telles éclosions dans un milieu si contrôlé?

On partage tous le même téléphone, a confié un détenu de l’Institut de Mission, en Colombie-Britannique, au Dr John Farley, un infectiologue de la région de Vancouver. Ce commentaire, à première vue anodin, pourrait bien révéler un vecteur de transmission important du virus dans les prisons du pays.

Dans les prisons, il y a 20 ou 30 détenus qui utilisent le même téléphone, dit le Dr Farley, qui est aussi épidémiologiste. Un détenu déclaré positif peut transmettre le virus au combiné. Sans une désinfection adéquate, celui-ci se transmet ensuite aux mains de la personne suivante qui l’utilise, explique le spécialiste.

En dépit des mesures adoptées par les autorités depuis le début de la pandémie, le virus a réussi à faire son chemin à l’intérieur de plusieurs établissements carcéraux fédéraux. Trois établissements sont touchés au Québec, et un, en Ontario.

Un décès qui a ébranlé les détenus

La pire éclosion est à Mission, un établissement à sécurité moyenne de la vallée du Fraser. Les détenus sont isolés dans leurs cellules depuis deux semaines, et les visites ne sont plus permises. Pourtant, 65 d’entre eux ont été infectés, soit 30 % de la population de l'établissement.

Un des détenus est mort la semaine dernière. Il s’agit du premier décès d’un prisonnier dû à la COVID-19 au Canada. Cette nouvelle a semé la peur dans les prisons de la région de Vancouver.

Ils sont très inquiets, dit Sandra Mandanici, une avocate en droit criminel de Vancouver au sujet de ses clients incarcérés. Les autorités disent de respecter la distanciation sociale, mais en établissement carcéral, c'est très difficile de faire ça.

Des bâtisses derrière une double clôture de barbelés avec en arrière-plan une montagne couverte de forêt.

L'établissement à sécurité moyenne de Mission, en Colombie-Britannique, où 65 détenus et 11 agents correctionnels ont contracté la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Les agents correctionnels aussi sont préoccupés par la progression rapide de la COVID-19 dans l’établissement de Mission. Plus d’une dizaine d'entre eux ont contracté le SRAS-Cov-2, et beaucoup de leurs collègues ont dû être mis en quarantaine.

En raison des effectifs réduits, la direction de l’établissement pousse des agents à retourner au travail avant la fin de leur quarantaine, affirme le syndicat des agents correctionnels. Cela irait à l'encontre des recommandations des autorités de la santé publique, selon Derek Chin, le président régional du syndicat. Cela pourrait rendre plus de nos membres ou des détenus malades, ajoute-t-il.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Nettoyage « inadéquat »

Le Service correctionnel du Canada affirme avoir plusieurs mesures d'hygiène en place pour prévenir la propagation du virus et « des protocoles renforcés pour le nettoyage et la désinfection ».

Pourtant, le nettoyage de la prison de Mission par des nettoyeurs professionnels n'a lieu qu'un jour sur deux, aux dires des représentants syndicaux des agents correctionnels.

Plan ceinture du Dr John Farley portant un masque debout dans une salle d'examen.

Le Dr John Farley est infectiologue à Abbotsford et reçoit des détenus de l'établissement de Mission depuis une douzaine d'années. Il croit qu'un nettoyage professionnel d'une prison tous les deux jours est insuffisant pendant une pandémie.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

C’est loin d’être suffisant, selon le Dr Farley. Partout où l'on peut s'attendre à des concentrations élevées de virus, nous aurions besoin d'une attention scrupuleuse à la désinfection. Et nous devons aller au-delà des efforts de routine de faire du nettoyage professionnel une fois toutes les 24 ou 48 heures, dit-il.

Le virus a été détecté sur un combiné de téléphone, même à la suite d’un nettoyage en profondeur, selon une étude récente effectuée dans un hôpital de Wuhan en Chine et publiée dans The Journal of Hospital Infection (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Pour obtenir un résultat efficace, nous devons être attentifs au milieu social et nous devons agir très rapidement, ajoute le Dr Farley.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure

Tester les asymptomatiques

Il estime qu'il est essentiel de séparer les individus infectés des autres détenus. Contrairement à la stratégie de dépistage mise en oeuvre au sein de la population générale, il croit qu’on devrait plutôt tester les prisonniers qui ne présentent pas encore de symptômes.

On sait déjà que 80 % des détenus qui ont des symptômes seront confirmés comme étant positifs. Il faut plutôt détecter les cas asymptomatiques qui risquent d’infecter les autres, affirme-t-il.

Il espère que les autorités sauront tirer des leçons de l’éclosion à l'établissement de Mission afin de prévenir des propagations similaires ailleurs au pays.

Réduire la pression

D'autre part, le système de justice s’ajuste pour réduire la pression sur les prisons. Il y a beaucoup plus de cas de remise en liberté et moins d'arrestations en raison de la COVID-19, a constaté l'avocate Sandra Mandanici.

Ceux qui sont accusés de crimes graves seront encore arrêtés et seront probablement aussi détenus, mais c'est sûr que les policiers arrêtent beaucoup moins de personnes, dit-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Colombie-Britannique et Yukon

Système juridique