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Pas simple, être enceinte en temps de pandémie

Une femme enceinte caresse son ventre.

Vivre une grossesse, c'est synonyme de bonheur, mais c'est également une source de questionnements et d'incertitudes, surtout en période de pandémie.

Photo : iStock

Vivre une grossesse, c'est synonyme de bonheur, mais c'est également une source de questionnements et d'incertitudes. Imaginez maintenant devoir préparer la venue d'un enfant en pleine pandémie! De futurs parents témoignent de leurs préoccupations.

Laurence Bonneville et Joachim Coste attendent leur premier enfant. Laurence est enceinte de 13 semaines et est allée à sa première échographie mardi. Les nouvelles étaient bonnes, heureusement. Toutefois, les contraintes provoquées par la pandémie sont venues bouleverser cet événement unique.

C'était un moment émouvant, mais je vivais des émotions contradictoires, confie Laurence. Je m'imaginais les larmes aux yeux en train de tenir la main de ton conjoint en regardant ton bébé pour la première fois. Mais finalement, j’étais toute seule avec la technicienne.

Le couple comprend toutefois que, pour la sécurité de tout le monde, mieux vaut limiter l'accès aux hôpitaux, ce qui signifie interdire l'accès aux accompagnateurs.

C'est triste de ne pas avoir pu être là. Mais je sais que tout va bien et c'était ça, de loin, qui était le plus important, explique le conjoint de Laurence, Joachim.

Il reste que préparer l'arrivée d'un enfant dans ce contexte des plus particuliers, c'est une expérience différente de ce à quoi Laurence s'attendait.

Être enceinte en temps de pandémie, c’est multiplier l’incertitude que tu as déjà dans une grossesse régulière.

Laurence Bonneville

Quand elle entend les nouvelles qui ne laissent pas présager une sortie de crise dans un futur proche, elle tente de ne pas se laisser décourager : J’essaie de vivre le moment présent et, surtout, de pas trop réfléchir à dans quel genre de monde mon enfant va naître. Sinon, c'est là que ça devient un peu anxiogène.

Un couple souriant, l'un d'eux tenant à la main une photo d'échographie d'un foetus.

Joachim Coste et Laurence Bonneville sont soulagés d'avoir appris que leur bébé à naître était en pleine santé.

Photo : Joachim Coste

Des risques pour la santé limités

La possibilité de contracter le coronavirus n'inquiète toutefois pas outre mesure la jeune femme, puisque la communauté scientifique ne semble pas considérer cette maladie comme particulièrement menaçante pour les femmes enceintes et leurs bébés.

Sur son site Internet, le gouvernement du Québec indique que les femmes enceintes ne semblent pas être plus à risque de contracter la COVID-19 que le reste de la population. De plus, pour le moment, aucun bébé n’aurait été infecté durant la grossesse et aucun cas de malformation congénitale causée par le nouveau coronavirus n’a été observé.

Les médecins comme l'obstétricienne Isabelle Boucoiran se font donc somme toute rassurants. Il y a beaucoup de choses qu'on ne connaît pas sur cette infection actuellement. Mais ce que je dis [à mes patientes], c'est que, quand on regarde les données qu'on a à l'heure actuelle, on n'a pas l'impression qu'il y a plus de mortalité chez des femmes enceintes que la population générale du même âge, dit-elle.

Toutefois, la Dre Boucoiran précise que, comme bien des infections respiratoires, les risques de complications sont plus élevés si la femme enceinte contracte le virus pendant son troisième trimestre de grossesse.

« Ça complique tout! »

Une femme enceinte tenant un pyjama de bébé.

Fanny Labelle trouve difficile de ne pas pouvoir profiter pleinement de sa grossesse en raison du stress supplémentaire causé par la crise actuelle.

Photo : Courtoisie de Fanny Labelle

Fanny Labelle doit accoucher à la fin mai de son premier enfant, le petit Léon. Elle trouve sa première expérience de grossesse plutôt frustrante. C'est déjà un moment charnière dans une vie, c'est une grosse période de transition, de stress, d'adaptation. Et là, avec la pandémie, ça complique tout, note-t-elle.

Des choses qui semblent simples comme l'achat de ce qu'il faut pour la chambre du bébé, ou d'une poussette, par exemple, deviennent un véritable casse-tête. Elle a peur de ne pas être prête à temps pour l'arrivée de son enfant. Elle a aussi peur de se sentir seule après la naissance de son poupon, privée de l'aide de ses proches en raison des normes de distanciation sociale en place.

J'anticipe l'isolement et le manque de soutien. Quand tu es une jeune maman, quand c'est ton premier enfant, tu veux avoir accès à ton réseau, aux grands-parents, à tes amis. Tout ça arrive au moment où j'ai le plus besoin des autres. Et je n'ai pas accès aux autres!

Fanny Labelle

Son suivi de grossesse subit aussi des chamboulements. Certaines rencontres de suivi avec sa médecin sont plus espacées ou ne se feront pas en personne, ce qui l'inquiète.

Ça crée un sentiment d'injustice parce que tu n'as pas droit à la grossesse que tu voulais avoir, dit la femme qui est enceinte de 34 semaines.

Les ressources en périnatalité s'adaptent

Fanny Labelle s'est sentie rassurée lorsqu'elle a appris qu'elle pourrait terminer ses cours prénataux par visioconférence avec une intervenante périnatale de l'organisme Les Relevailles. Elle aurait préféré vivre le contact humain des rencontres avec d'autres futures mamans et faire les exercices en groupe, mais elle est reconnaissante que la technologie lui permette tout de même d'avoir accès à certains services.

Josée Lapratte, directrice générale de ce centre de ressources périnatales à Montréal, confirme que Fanny n'est pas la seule à se sentir désemparée. Certaines personnes nous contactent et on le sent, qu'elles vivent des moments d'angoisse, de stress, qu'elles font de l'insomnie. Il y en a qui pleurent, qui vivent de la détresse psychologique, mentionne-t-elle.

Voilà pourquoi son organisme a adapté ses activités pour offrir des cours prénataux et d'autres formations ou rencontres en ligne pour les futurs ou nouveaux parents. Ces cours sont très populaires, surtout que les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) ont annulé toutes ces rencontres en raison de la pandémie.

C'est d'autant plus important et essentiel de soutenir les familles qui vivent en période périnatale parce qu’elles ont mille et une questions en temps normal et en ont encore plus en cette période de pandémie.

Josée Lapratte, directrice générale du centre Les Relevailles

Des stratégies pour gérer le stress

Pour éviter le stress, qui peut avoir des conséquences sur le développement du fœtus, la psychologue Tina Montreuil recommande plusieurs stratégies. Elle conseille de s'efforcer de ne pas se concentrer sur les aspects négatifs de la situation et de limiter la consommation de nouvelles inquiétantes dans les médias afin d'avoir une perspective plus globale et nuancée et d'éviter de se faire submerger par l'angoisse.

C'est important de s'activer, de faire de l'exercice, si ce n'est que de faire de la respiration, de la relaxation. L'important, c'est de faire quelque chose qui nous fait du bien mentalement.

Tina Montreuil, professeure au Département de psychopédagogie de l'Université McGill

Pour maximiser une bonne régulation émotionnelle, elle suggère également de faire l'exercice conscient d'accepter qu'il y a des éléments, comme la COVID-19, que l'on ne contrôle pas. Ça, ça veut dire accepter un certain niveau d'incertitude, indique-t-elle.

« Je tente de vivre ça au jour le jour »

Une femme enceinte avec, dans ses bras, sa petite fille emmaillotée dans une serviette de bain

Leslie, enceinte de 30 semaines, et la petite Fiona, 2 ans

Photo : Courtoisie de Leslie

Leslie, 32 ans, a une petite fille, Fiona, et elle attend son deuxième bébé. Le fait qu'elle vive une deuxième grossesse fait en sorte qu'elle vit moins d'incertitudes et moins d'inconnu. Mais il s'agit tout de même d'une grossesse bien différente de sa première.

C'est une inquiétude qui est toujours en arrière-plan et avec laquelle on doit vivre, dans les suivis de grossesse et dans notre plan de naissance. C'est très présent, mais on essaie de vivre avec et de s'adapter, explique Leslie.

Elle applique sans le savoir les conseils de la psychologue Tina Montreuil pour demeurer le plus sereine possible. Je tente de vivre ça au jour le jour, de pas trop paniquer, d'aller chercher l'information lorsque j'en ai besoin ou de me faire rassurer par des amis, par des proches quand j'ai besoin de me faire rassurer et de discuter de tout ça, ajoute-t-elle.

La jeune femme tente malgré tout de voir le verre à moitié plein. Encombrée par son bedon rond, elle est heureuse d'avoir pu éviter les déplacements en transport en commun, puisqu'elle travaille de la maison depuis la mi-mars.

Le gym et les classes de yoga en groupe lui manquent, mais elle se garde en forme et occupée, histoire de ne pas trop penser au fait qu'elle est enceinte à une bien étrange époque.

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