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Finale en queue de poisson pour les enseignants ontariens

Des enseignants en grève tiennent un drapeau géant qui dit : « pas de coupes en éducation ».

Des milliers d'enseignants en grève manifestent à Mississauga, en banlieue de Toronto, le 21 février.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

L’interminable conflit de travail dans le milieu de l’éducation est arrivé à son dénouement. Les quatre principaux syndicats ont tour à tour conclu une entente, plus de huit mois après avoir amorcé les négociations. Les enseignants semblaient sur une lancée cet hiver, lorsque leur stratégie a été ébranlée par la pandémie actuelle. Retour sur un conflit de travail tout sauf banal.

Le processus a été long, concède Harvey Bishoff, qui représente les 60 000 membres de la Fédération des enseignants du secondaire (FEESO). Son syndicat a été le dernier à parvenir à une entente avec le ministre de l’Éducation, ce qui a mis un point final aux négociations dans le secteur. Il considère avoir obtenu la meilleure offre possible pour ses membres dans les circonstances actuelles.

Piquet de grève d'employés.

Les syndicats d'enseignants en Ontario ont débrayé plusieurs fois au cours de l'hiver.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Les manifestations monstres organisées en février ne laissaient pas présager une fin aussi discrète pour ce conflit de travail. La pandémie a changé beaucoup, beaucoup de choses, selon le professeur de relations industrielles à l’Université Laurentienne Louis Durand. L’arrivée de la COVID-19 a notamment sonné la fin des moyens de pression pour les syndiqués. On ne peut pas s’imaginer revenir en classe au mois de mai et que les enseignants tombent en grève deux jours après, souligne-t-il.

Des enseignants tenant des affiches.

Des enseignants en grève de l'AEFO manifestent devant le Collège français à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Bien que la pandémie ait précipité les syndicats vers la conclusion d’une entente, c’est surtout la main tendue du gouvernement début mars qui a fait progresser les discussions, rappelle Louis Durand : Le gouvernement a fait le mouvement qu’il devait faire le 3 mars.

La pandémie a pu jouer un rôle, mais c’est surtout le mouvement qui a été fait le 3 mars qui explique qu’on est arrivés à des ententes.

Une citation de :Louis Durand, professeur en relations industrielles, Université Laurentienne
Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce en conférence de presse dans une classe.

Le ministre de l'Éducation Stephen Lecce

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

En proposant le statu quo sur la taille des classes et la possibilité d’une exemption pour les cours en ligne, le gouvernement ouvrait alors la porte à une sortie de crise. La FEESO, qui menait la charge chez les syndiqués, espérait probablement obtenir davantage de la province, mais a dû se contenter d’une entente qui se rapproche des besoins des membres et des élèves, comme l’a qualifié Harvey Bishoff.

Je pense que la FEESO, ils étaient prêts à aller plus loin [avant la pandémie].

Une citation de :Louis Durand, professeur en relations industrielles, Université Laurentienne

Coup d’oeil sur l’entente

Les ententes signées par les enseignants francophones, celle des enseignants de l’élémentaire ou celle des enseignants du secondaire n’ont pas encore été rendues publiques. Elles seront toutes soumises au vote des membres dans les prochaines semaines. Seule l’entente des enseignants catholiques a été ratifiée et donc dévoilée publiquement, ce qui permet d’avoir une meilleure idée de ce qu’ont décroché les trois autres syndicats.

En vertu de l'entente, les enseignantes et enseignants membres de l'OECTA recevront une augmentation de salaire de 1 % par année, pendant trois ans. Le syndicat conserve tout de même le droit de contester devant les tribunaux la constitutionnalité de la Loi de 2019 visant à préserver la viabilité du secteur public pour les générations futures. Cette loi a été adoptée par le gouvernement Ford pour plafonner les augmentations salariales au sein de la fonction publique. 

Deux femmes en conférence de presse.

La présidente du syndicat des enseignants catholiques anglo-ontariens, Liz Stuart (centre) et la vice-présidente du syndicat, Barbara Dobrowolski (gauche) lors d'une conférence de presse le 13 janvier 2020.

Photo : Radio-Canada

Comme il l’avait annoncé, le gouvernement Ford a reculé partiellement sur la taille des classes, qui constituait le nœud du conflit. Le ratio d'élèves par enseignant demeure le même que pour l’année scolaire en cours, avec une moyenne de 23 élèves par classe de la 9e à la 12e année. Ce ratio n'augmentera pas pour toute la durée de l'entente.

Quant aux cours en ligne obligatoires, ils deviennent facultatifs puisque les parents pourront obtenir une exemption pour leur enfant. L'OECTA a aussi obtenu des fonds spéciaux destinés aux élèves en difficulté d’apprentissage, aux initiatives en santé mentale et à la formation technique. 

Un enseignant supervise le travail d'élèves du secondaire dans une classe.

Les enseignants étaient sans contrat de travail depuis le 31 août.

Photo : getty images/istockphoto/monkeybusinessimages

Le gouvernement Ford s’est engagé à conserver le modèle existant pour la maternelle pendant quatre ans, un autre point qui était en litige pendant le processus de négociations.

Finalement, l’ancienneté demeure à la base du processus d’embauche des enseignants, mais les conseils scolaires gagnent une certaine flexibilité : 35 % des postes permanents vacants seront réservés pour promouvoir la diversité et le mérite dans les pratiques d’embauche.  

Pas de loi spéciale

Le gouvernement Ford s’en sort sans avoir eu recours à une loi spéciale pour forcer le retour au travail, une première en plus de 30 ans pour un gouvernement conservateur. Doug Ford a aussi gagné son pari en matière de rémunération et souligne l’importance de maintenir la ligne dure au niveau des salaires. Or, les syndicats n’ont pas dit leur dernier mot et contestent toujours le plafond de la rémunération imposé avant le début des négociations. 

Négociations en mode pandémie

Le renouvellement d’une convention collective est un exercice complexe et délicat en temps normal, alors imaginez en période de crise mondiale. Le contexte peut transformer le rapport de force, l’opinion publique peut avantager le côté syndical, indique Louis Durand.

Louis Durand assis à Radio-Canada Sudbury.

Le professeur Louis Durand du Département de marketing et de gestion de l'Université Laurentienne.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Dans le cas des enseignants, il pense que la profession a été valorisée depuis la fermeture des écoles partout dans la province. La pandémie permet à bien des parents de réaliser l’importance de l’éducation de leurs enfants, croit le professeur.

Même chose pour les professionnels de la santé et les préposés aux bénéficiaires, dont le rôle au sein de la société est devenu plus crucial que jamais. Le fait de dire que la pandémie favorise les syndicats à la table des négociations ça paraît un peu cynique, mais c’est une réalité, explique Louis Durand. Il serait par exemple difficile de faire la sourde oreille devant les revendications de syndiqués du milieu de la santé après les avoir qualifiés de héros.

D’ailleurs, les infirmières et infirmiers ontariens sont sans contrat de travail depuis le 31 mars.

Les négociations seront peut-être bien différentes dans certains secteurs après la COVID-19.

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