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Les défis du télétravail sans accès adéquat à Internet

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Le télétravail pose de nombreux défis à des Nord-Ontariens qui vivent dans des régions ayant un mauvais accès à Internet.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La crise de la COVID-19 a poussé de nombreux établissements et entreprises à adopter le télétravail. Mais travailler de son domicile, surtout avec des enfants qui ont tout autant besoin d’Internet pour poursuivre leur éducation, peut s’avérer quasiment impossible dans certaines régions rurales.

Sophie Caron de Dubreuilville, dans le Nord de l’Ontario, travaille de chez elle depuis la fermeture des écoles à la mi-mars.

Le service Internet auquel elle a accès ne lui permet toutefois pas de participer en visioconférence aux nombreuses rencontres d’équipe de ses collègues.

Je dois utiliser un autre numéro qui peut me brancher par téléphone à la rencontre, parce que quand je suis en vidéo, ça finit par couper ou quand c’est à mon tour de parler, il y a un immense délai ou je parle comme un robot, explique-t-elle.

Elle a d’ailleurs l’impression que ces circonstances ont un impact sur ce qu’elle retient des réunions.

« Souvent, s’ils présentent un document PowerPoint, moi, je ne peux pas le voir, parce que je suis au téléphone. J’ai seulement la partie audio et pas la partie visuelle. »

— Une citation de  Sophie Caron, travailleuse sociale de Dubreuilville

Elle déplore aussi le fait de ne pas pouvoir garder ses jeunes enfants occupés en leur montrant des vidéos éducatives en ligne pendant qu’elle travaille.

Quand moi, je me branche, pour eux, ça coupe. Le partage est difficile, note Mme Caron.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

L’enseignante de maternelle Nicole Ouimette de Timmins vit dans un secteur où il n’existe qu’un seul fournisseur de service Internet et où elle ne peut obtenir qu’une connexion DSL.

Elle dépend d’ailleurs de ses collègues pour assurer le suivi virtuel de ses jeunes élèves, qui [lui] manquent pourtant.

S’ils m’envoient des vidéos, je ne peux pas les ouvrir, il faut que j’attende de me rendre à l’école. Ils me demandent des vidéos de moi, ils me disent “Madame, on veut te voir, tu nous manques”, mais je ne peux pas envoyer de vidéos, affirme Mme Ouimette.  

[Mes partenaires] m’aident beaucoup. Si je ne suis pas capable de faire certaines choses, je leur envoie le matériel et ils le mettent dans notre compte pour le travail des élèves.

« C’est très lent. Si on est plusieurs qui utilisent le service, des fois, on se fait rejeter du service et il faut attendre. C’est frustrant. »

— Une citation de  Nicole Ouimette, enseignante à Timmins

Les petits et moyens fournisseurs pénalisés

De tels récits sont devenus familiers pour le directeur de l'exploitation de l’organisme sans but lucratif NEOnet, qui plaide pour un meilleur accès à Internet dans le Nord-Est ontarien.

Paul Ouimette estime que depuis le début de la pandémie de coronavirus, les petits et moyens fournisseurs d’Internet, qui desservent certaines régions du Nord ontarien comme les corridors de la route 11, 101 et 144, se trouvent désavantagés parce qu’ils ne peuvent pas décider, de manière indépendante, d’augmenter la bande passante afin de s’ajuster à l’augmentation de la demande des abonnés résidentiels.

Ils ne reçoivent pas automatiquement plus de bande passante pour leurs clients. Il leur faut faire une renégociation avec les gros fournisseurs qui gèrent les lignes de communication qui rejoignent toutes les communautés, explique M. Ouimette.

« Ça devient un défi, parce que ce ne sont pas tous les fournisseurs qui ont la flexibilité d’augmenter leur bande passante pour répondre aux besoins qu’on a en ce moment et qui sont dus à la crise de la COVID-19. »

— Une citation de  Paul Ouimette, directeur des opérations chez NEOnet
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La mauvaise qualité de la connexion Internet dans certaines régions complique les réunions virtuelles entre collègues.

Photo : iStock

Il décrit le service DSL, qui emploie les lignes de raccordement de téléphonie, comme étant le plus restreignant, car il n’offre qu’une bande passante maximale de 11 mégabits par seconde. 

Mais il y a plusieurs secteurs de Timmins, par exemple, qui n’obtiennent que 1,5 à 5 mégabits par seconde, et si, sous le même toit, il y a deux ou trois enfants en plus des parents, ça veut dire qu’on divise la largeur maximale de la bande passante entre toute la famille, donc chacun a une expérience moindre, souligne M. Ouimette.

Des leçons à tirer de la crise

M. Ouimette croit que la crise actuelle aura servi, à tout le moins, à mettre en lumière le fait que la majeure partie du réseau Internet qui existe dans le Nord-Est ontarien et même au pays complet vise le profit.

Lorsqu’on construit un pont qui enjambe une rivière ou une section d’un lac, il y a toujours l’idée du pire désastre dans 100 ans. Mais lorsqu’on considère la construction du réseau Internet, le concept de la pire crise de consommation d’Internet dans 100 ans, je ne crois pas que ça fasse partie de nos décisions, observe-t-il. 

« Je crois que le CRTC et le gouvernement fédéral auront maintenant une occasion de bien déterminer les droits et les licences qu’ils octroient aux fournisseurs d’Internet, qui cherchent majoritairement le profit, afin d’assurer un équilibre où la majeure partie des communautés, les gros, moyens et petits fournisseurs d’Internet ont un bénéfice partagé de cette infrastructure. »

— Une citation de  Paul Ouimette, directeur de l'exploitation de NEOnet

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) s’est donné comme objectif de faire en sorte que 90 % des domiciles canadiens aient accès à des vitesses de téléchargement de 50 mégabits par seconde et de téléversement de 10 mégabits par seconde.

L’Institut des politiques du Nord (IPN) abonde dans le même sens.

Dans un récent rapport, il évalue à 15,5 % le taux de Nord-Ontariens ayant accès à la connexion visée par le CRTC. Le document souligne également la faible qualité des services Internet dans des régions qui ne sont pourtant pas très éloignées des grands centres, comme le district de Parry Sound.

« La distanciation physique, ça pourrait être le test qui va mettre en évidence la nécessité d’améliorer l’infrastructure numérique dans le Nord de l’Ontario. »

— Une citation de  Christine St-Pierre, coordonnatrice des communications de l’Institut des politiques du Nord

Selon le CRTC, 40,8 % des régions rurales canadiennes ont accès à une vitesse de téléchargement supérieure à 50 mégabits par seconde.

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