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Un uniforme et une fausse voiture de police au cœur de l'enquête de la GRC

Une voiture de police avec une flèche qui montre le numéro d'identification du véhicule.

La Gendarmerie royale du Canada de la Nouvelle-Écosse a publié sur Twitter cette photo d'une réplique de voiture de police le 19 avril dernier.

Photo : Gendarmerie royale du Canada, Nouvelle-Écosse

Radio-Canada

Vêtu d’un uniforme de gendarme, l’auteur du massacre qui a fait au moins 22 victimes en Nouvelle-Écosse était à bord d'une voiture identique à celles de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). C'est d'ailleurs ce qui lui a permis de se faufiler de manière incognito pendant quelques heures avant d’être neutralisé par la police. Mais pourquoi et comment a-t-il bien pu se procurer ce matériel de la GRC?

La seule différence entre la voiture du tireur et celles que conduisent les policiers, indiquait la GRC sur Twitter dimanche, est le numéro inscrit derrière la vitre arrière du côté passager.

À ce moment des événements, la police n’était pas encore en mesure de déterminer s’il s’agissait d’une véritable voiture de patrouille volée ou d’une copie, mais les cinq caractères visibles lui avaient permis de découvrir la supercherie.

Il a plus tard été confirmé que la Ford Taurus du tueur n'était pas une voiture de la GRC, mais bien une réplique. Toutes les parties de cette réplique de voiture qu'il aurait lui-même construite seront analysées, tout comme l’uniforme qu’il portait, a assuré la commissaire de la GRC, Brenda Lucki.

À l’heure actuelle, la police ne sait toujours pas si le tireur a obtenu de l’aide pour mettre la main sur les différentes pièces d'auto. C'est l'une des questions auxquelles les enquêteurs tenteront de répondre.

Une Ford Taurus garée dans une entrée.

Le meurtrier achetait des voitures dans des encans et les modifiait, en plus de collectionner les objets liés à la GRC. Cette photo prise plus tôt cette semaine dans l'entrée de l'une de ses propriétés montre un véhicule similaire à la Ford Taurus identifiée lors de la cavale funeste, plus tard incendiée.

Photo : Radio-Canada / Craig Paisley

Les répliques ne sont pas rares

La fabrication de répliques est toutefois connue des policiers. Il y a des collectionneurs qui vont ramasser, par exemple, des emblèmes d’organisations policières. Cet individu-là semble avoir fait exactement ça, mais à l'extrême, suppose Pierre-Yves Bourduas, ancien sous-commissaire de la GRC à la retraite.

Pierre-Yves Bourduas

Pierre-Yves Bourduas, ancien sous-commissaire de la GRC à la retraite,

Photo : Radio-Canada

En Nouvelle-Écosse, il suffit d'aller dans un encan pour trouver le nécessaire, explique David Giles, spécialiste de l'automobile et vice-président du revendeur de voitures All EV Canada. Tout le monde peut acheter des pièces d’auto dans les ventes aux enchères, a-t-il laissé entendre.

Le spécialiste croit toutefois que le véhicule en question n'était pas une voiture usagée, mais une voiture neuve qui a été modifiée avec beaucoup de minutie.

[Si on revend] un véhicule de police ou de service comme un taxi ou une voiture de livraison, ce n'est pas si grave. En fait, l'économie de seconde main, c'est même bon pour l'environnement et pour les organismes de contrôle qui remettent ces véhicules en service, a fait valoir David Giles. Mais ce que le tueur avait, ce n'était pas ça. Il semble qu'il ait acheté un nouveau véhicule pour essayer de le faire ressembler à une nouvelle voiture de police.

Capture d'écran Kijiji de deux voitures blanches à vendre avec la description 'Ford Crown Victoria Police Interceptir'

Il est facile de trouver des voitures de type Ford Crown Victoria à vendre sur Internet.

Photo : Capture d'écran - KIJIJI

Même chez un concessionnaire, je crois que vous pouvez acheter ce véhicule, a ajouté M. Giles en précisant que cela ne signifie pas toujours que ces voitures ont appartenu à des policiers par le passé. Il peut en effet s'agir voitures de sociétés de sécurité, par exemple.

« Cela devrait être interdit »

Alors que les véhicules de police qui sont revendus sont généralement dépouillés de leurs options telles que les gyrophares, M. Giles dit avoir vu une palette de lumières stroboscopiques à vendre lors d'une vente aux enchères en Nouvelle-Écosse il y a de cela quelques semaines seulement.

David Giles, le vice-président de All EV Canada

David Giles, le vice-président de All EV Canada, ne pense pas que le public devrait être autorisé à acheter des pièces de voitures de police mises hors service, comme les barres lumineuses.

Photo :  CBC / David Laughlin

N'importe qui, a-t-il dit, peut faire une offre sur ce genre d’articles. Mais ces pièces devraient faire l'objet de restrictions.

Je pense qu'il n'y a aucune raison pour que quelqu'un possède des gyrophares. Quel en est le but?

David Giles, vice président de All EV Canada
Des lumières LED stroboscopiques tout comme celles des voitures de police banalisées sont à vendre Amazon. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des lumières LED stroboscopiques tout comme celles des voitures de police banalisées sont même à vendre sur Amazon.

Photo : Amazon

Bien que la GRC ait promis de tout faire pour découvrir comment le tireur a pu construire ou obtenir un véhicule de police d'apparence authentique, il n'est pas certain qu'elle pourra tirer des renseignements du véhicule lui-même, car il s'agit de l'un des deux véhicules qui ont été incendiés sur la scène de crime dimanche dernier.

« Trop tôt pour des conclusions »

Marie-Andrée Pelland, professeure de criminologie à l’Université de Moncton, estime pour sa part que les éléments de l’enquête dévoilés au public ne permettent pas encore d’arriver à des conclusions. On ne sait pas s'il avait une haine contre la police. Il a utilisé les outils à sa disposition pour commettre un crime. Est-ce que c'était planifié, organisé? Qui était la cible? a-t-elle demandé.

Marie-Andrée Pelland

Marie-Andrée Pelland est professeure au Département de sociologie et de criminologie de l’Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada

Il a cependant été rendu public que le tireur rêvait de devenir agent de la GRC lorsqu'il était jeune, comme indiqué dans son album de finissants du secondaire.

Selon Pierre-Yves Bourduas, le degré de préparation de l'individu laisse supposer qu'une partie des gestes a été préméditée.

L'individu était quand même bien préparé. Et, à mon avis, ça montre que cette personne-là avait de sérieux problèmes. Puis que, malheureusement, il a été capable de faire l'impensable, a-t-il conclu.

D’après un reportage de Marielle Guimond et avec les informations de CBC

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