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Plus d’employés, moins d’espace : travailler dans un entrepôt d’Amazon durant la pandémie

Un employé tient des colis dans un centre de distribution d’Amazon.

Amazon tente de répondre à la demande de plus en plus croissante pendant l'épidémie de coronavirus.

Photo : Getty Images / INA FASSBENDER

Allées étroites, espaces de travail bondés, quotas de productivité inchangés : difficile de respecter une distanciation physique dans les entrepôts canadiens d’Amazon en pleine pandémie de la COVID-19.

Des employés du Grand Toronto ont accepté de nous raconter ce qu’ils vivent au quotidien. À leur demande, Radio-Canada a accepté de leur accorder l'anonymat par crainte pour leur emploi s’ils sont identifiés.

Une préparatrice de commande affirme que l’explosion de la demande, en raison des mesures de confinement et de la fermeture des commerces jugés non essentiels, met une énorme pression sur le réseau de distribution.

Une femme au visage flouté, en entrevue Zoom.

Radio-Canada a accordé l'anonymat à cette préparatrice de commande, qui travaille dans un entrepôt d'Amazon du Grand Toronto, parce qu'elle craint pour son emploi.

Photo : Radio-Canada

Les allées dans son entrepôt restent étroites et, s’il faut régulièrement attendre qu’elles soient dégagées avant d’aller ramasser des marchandises, il est très difficile d’atteindre ses cibles de productivité, selon elle.

Surtout les préparateurs de commande, si vous voulez atteindre votre quota, vous allez vous rentrer dedans.

Employée d'Amazon

Le système automatisé d’Amazon note la productivité de ses employés dans les entrepôts. Les préparateurs de commande doivent parfois assembler une centaine de colis par heure, sinon ils risquent d’être congédiés, selon des documents de cour obtenus par le média américain The Verge.

Des mesures de distanciation physique

Amazon a décalé les horaires de ses employés afin de favoriser la distanciation sociale et a annulé temporairement les réunions d’équipe et les contrôles de sécurité à la sortie des entrepôts.

L’entreprise a aussi mis en place des contrôles de température dans plusieurs entrepôts et distribue des masques à ses employés.

En plus de désinfecter plus régulièrement les espaces communs, Amazon a aussi réaménagé les salles de repos pour ses travailleurs. Mais les casiers sont encore trop près les uns des autres, ce qui complique la distanciation physique, affirme l'employée.

Même si vous réussissez à rester loin des autres toute la journée, dès que vous vous rendez à votre casier, vous vous retrouvez face à face avec eux parce que c’est un espace très petit, dit-elle.

Un employé d'Amazon prépare un colis pour expédition dans un entrepôt de l'entreprise.

Amazon dit désinfecter ses installations plus régulièrement, en plus de distribuer des masques aux employés et prendre leur température (archives).

Photo : Getty Images / Pablo Blazquez Dominguez

1000 nouveaux postes chez Amazon au Canada

À cela s’ajoute l’embauche de personnel pour combler la forte hausse des commandes en ligne.

Amazon recrute de nouveaux employés dans ses centres de traitement des commandes et son réseau de livraison, soit 600 en Ontario, 300 en Colombie-Britannique et 100 en Alberta.

Ça c'est une crainte des employés, affirme Ryan Lum, l’un des coordonnateurs du Warehouse Workers Centre, à Brampton.

Depuis le début de la crise sanitaire, cet organisme tient des webinaires afin de fournir aux travailleurs des entrepôts du Grand Toronto, dont ceux d’Amazon, une aide juridique, des formations et des séances d’information sur leurs droits.

Plus on augmente la population d'un tel entrepôt, plus ça devient dur de maintenir un système de distanciation sociale.

Ryan Lum, coordonnateur, Warehouse Workers Centre

Un employé d’un autre entrepôt de la région torontoise, à qui Radio-Canada a aussi accordé l’anonymat, estime que les efforts de l’entreprise pour assurer cette distanciation physique dans son milieu de travail sont devenus largement inefficaces depuis l’ajout des nouvelles recrues.

Certaines mesures ont amélioré la situation, mais je ne me sens pas en sécurité, affirme l'employé.

Il raconte également que les allées très étroites, les zones d’emballage et les casiers sont devenus à nouveau très achalandés et que les travailleurs s’entrechoquent en préparant les commandes, en allant à la toilette ou alors en récupérant des affaires de leur casier.

L'entrepôt d'Amazon.

Deux cas de COVID-19 ont été signalés dans les entrepôts canadiens d'Amazon, dont celui à Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Deux cas de coronavirus chez Amazon Canada

Le géant américain a signalé deux cas de COVID-19 dans ses entrepôts canadiens, soit dans la région d’Ottawa et au nord de Calgary.

Après la publication de l'article, Amazon a confirmé un cas de COVID-19 à son entrepôt de Bolton, en banlieue de Toronto. Il s'agit du troisième cas signalé dans ses installations canadiennes. Selon la note, il s'agit d'un employé de nuit qui a travaillé sur place pour la dernière fois le 8 avril.

Alois Nashali, qui travaille à l’entrepôt du géant américain sur le chemin Boundary, au sud-est d’Ottawa, a reçu son diagnostic de COVID-19 le 3 avril dernier, mais il s’était isolé à la maison deux semaines plus tôt, dès qu’une toux sèche s’est manifestée.

Un jeune homme noir qui porte une tuque devant la porte d'une maison.

Alois Nashali, employé d'Amazon à Ottawa, a contracté la COVID-19, en mars.

Photo : Alois Nashali

L’employé de 22 ans estime qu’il s’agit de transmission communautaire parce qu’il n’a pas voyagé à l’étranger, mais il ne sait pas s’il a contracté le virus au travail ou à l’épicerie, les deux seuls endroits qu’il fréquentait à la mi-mars.

Je ne me suis jamais imaginé que j’attraperais le virus. Je suis jeune. Je suis en santé.

Alois Nashali, employé d’Amazon qui a contracté la COVID-19

Alois Nashali estime qu’Amazon a bien géré la situation, en avertissant rapidement les quelque 600 travailleurs de l’entrepôt et en y instaurant des mesures de distanciation sociale.

Le jeune homme, maintenant guéri, dit que son employeur l’a contacté à quelques reprises pour s'informer de son état de santé et lui a offert deux semaines de congé de maladie payé dès que son diagnostic de coronavirus a été confirmé.

Limiter les livraisons aux articles essentiels?

Le Warehouse Workers Centre, pour sa part, a lancé une pétition en ligne (Nouvelle fenêtre) pour réclamer de meilleures conditions de travail, notamment en instaurant des congés de maladie payés pour tous les employés d’Amazon.

Le coordonnateur Ryan Lum reconnaît lui aussi qu’Amazon a apporté des améliorations dans ses centres de distribution canadiens au cours des dernières semaines, mais estime que l’entreprise ne va pas assez loin pour protéger ses employés.

Afin de réduire le nombre de commandes à traiter et le nombre d’employés dans les entrepôts, il propose que le géant du commerce en ligne ne livre que des biens essentiels, comme des fournitures médicales, des produits pour la maison ou de la nourriture pour animaux, comme il le fait en France et en Italie.

Amazon dit prioriser temporairement le traitement des produits ménagers, des fournitures médicales et autres produits en grande demande dans ses centres de distribution, sans toutefois exclure la livraison d’autres produits non essentiels que commandent ses clients canadiens.

L’entreprise a par ailleurs annulé des événements promotionnels annuels comme Prime Day et a retiré ses recommandations d’articles sur sa plateforme en ligne.

Rémunération supplémentaire

Amazon ajoute un supplément de 2 $ l’heure au salaire de ses employés canadiens pour tout le mois d’avril, comme le font d’autres commerces essentiels pendant la pandémie.

Ces augmentations salariales temporaires, qui s’appliquent aussi aux États-Unis, en Angleterre et dans plusieurs pays européens, coûteront à l’entreprise près de 490 millions de dollars canadiens.

Au Canada et aux États-Unis, les heures supplémentaires travaillées seront aussi payées au taux double.

Nous voulons reconnaître nos employés pour le rôle essentiel qu’ils jouent alors que plusieurs services qui sont normalement là pour nous sont maintenant fermés, affirme le porte-parole d’Amazon, Andrew Gouveia, par courriel.

Un livreur de marchandise portant un masque de protection devant trois gros camions bleus d'Amazon.

Amazon accorde à ses employés une prime temporaire de 2 $ l'heure.

Photo : Reuters / Andrew Kelly

L’échelle salariale des travailleurs canadiens commence normalement à 15,50 $ l’heure, selon l’entreprise. Les employés à temps plein bénéficient aussi de primes de rendement et d’actions attribuées gratuitement par Amazon.

Deux employés à qui Radio-Canada a parlé affirment que cette augmentation salariale est insuffisante parce qu’ils risquent leur santé, leur vie et celles de leurs proches pour offrir ce service de livraison essentiel.

C’est un peu insultant. Les gens ne voient pas ça comme étant assez.

Employée chez Amazon

Le fait que notre santé est à risque, c’est mieux que rien, mais ce n’est vraiment pas beaucoup, lance un autre.

James Thomson, ancien chef du département des affaires chez Amazon Services, abonde dans le même sens. Selon lui, la prime de risque de 2 $ l’heure dans ce contexte où les conditions de travail sont vivement dénoncées, tant au Canada qu’aux États-Unis, paraît assez maigre.

Ces employés prennent d’énormes risques pour permettre aux consommateurs de rester à la maison, affirme l’ex-dirigeant, qui travaille maintenant comme consultant auprès de commerçants en ligne.

James Thomson.

James Thomson, consultant chez Buy Box Experts et ex-chef des affaires chez Amazon Services

Photo : James Thomson

Amazon répond que la santé et la sécurité de tous ses travailleurs sont une priorité. Nous continuons de consulter des experts de la santé et adoptons toutes les précautions recommandées dans nos édifices.

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