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Bien avant de rouvrir les salles de spectacles…

Rangées de sièges vides dans une salle de spectacle.

Les salles de spectacles demeurent vides en raison des restrictions imposées par le gouvernement.

Photo : iStock

La Maison de la culture de Gatineau devait annoncer sa toute nouvelle programmation le lundi 20 avril. Le MIFO avait pour sa part prévu un dévoilement de son calendrier 2020-2021 ce mercredi. Toutefois, personne ne sait quand les spectacles pourront reprendre… ni comment.

La directrice artistique du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), Anne Gutknecht, avait fait tous ses devoirs : les cases de son calendrier 2020-2021 étaient toutes pleines. Le 12 mars dernier, elle avait finalisé la sélection des têtes d’affiche de sa nouvelle programmation, mais attendait patiemment le lancement prévu le 22 avril et qui n’aura pas lieu.

Ironiquement, le lendemain du moment où elle apportait la touche finale à sa planification,le gouvernement annonçait les mesures de confinement qui ont entraîné la fermeture des salles de divertissement.

Depuis, un gros point d’interrogation persiste pour les diffuseurs, qui ne savent pas quand, comment, ni sous quelles conditions pourront reprendre les spectacles.

Deux femmes sourient en regardant la caméra.

Anne Gutknecht, directrice artistique (à gauche) et Sylvie-Anne Groulx, directrice générale adjointe (à droite) du Mouvement d’implication francophone d’Orléans.

Photo : Mouvement d’implication francophone d’Orléans

On essaie d’avancer au mieux de nos connaissances et compétences avec une situation que personne n’a vécue, soupire Mme Gutknecht.

Pour son équipe et elle - comme pour tous les diffuseurs au pays - des décisions devront être prises à tâtons, dans le noir total qui s’est infiltré jusqu’à l’intérieur des salles désormais vides et silencieuses.

Le casse-tête

Pour réorganiser l’horaire de la salle Odyssée, la Maison de la culture de Gatineau (MCG) tricote autour du 4 mai,date à laquelle le gouvernement du Québec compte réviser les mesures de confinement actuelles. La directrice de la programmation, Pascale Gougeon, avance que la majorité des 40 spectacles prévus entre le 13 mars et le 4 mai ont pu être reportés à l’automne 2020 ou à l’hiver 2021. Les autres ont dû être annulés.

La chanteuse est debout et rigole avec la bouche ouverte.

Si les spectacles reprenaient après le 4 mai, Véronic Dicaire serait la première à remonter sur le scène Odyssée les 9 et 10 mai.

Photo : Radio-Canada

C’est toute une logistique. D’abord, on doit jongler avec le calendrier de la salle Odyssée, mais aussi celui des artistes, explique Pascale Gougeon. Ensuite, il faut coordonner tout ça avec la billetterie, communiquer avec les détenteurs de billets, procéder aux échanges ou aux remboursements. C’est un travail colossal qu’on fait en ce moment!

Si les mesures devaient s’étendre au-delà de la première semaine de mai, la directrice de la programmation s’attend à ce qu’il y ait un impact sur la quantité et la diversité dans l’offre de la prochaine saison de la MCG. Mme Gougeon explique que lorsqu’un spectacle est déplacé ou annulé, il y a un effet domino sur les autres.

Le même son de cloche retentit du côté du MIFO, qui coordonne les spectacles présentés au Centre des arts Shenkman à Orléans. L’équipe d’Anne Gutknecht travaille sur un échéancier plus étendu en visant une reprise des représentations à l’automne, tout en gardant un oeil sur le calendrier des 18 prochains mois.

Ce serait magnifique de prendre tous les spectacles qui n’ont pas pu avoir lieu et hop, on les pousse de quelques mois et on repousse les autres de quelques mois aussi. Mais ce n’est pas comme ça que ça se passe parce que de retirer une carte, ça fait écrouler le château de cartes à plein d’autres endroits.

Une citation de :Anne Gutknecht, directrice artistique du MIFO

Création sur pause

Partout au pays, la réalité est la même : certains spectacles ne seront plus en tournée l’an prochain et il faut leur faire une place plus tôt dans l’horaire si on veut les présenter. Il y a déjà des gens qui ont hâte d’aller voir ce spectacle-là, rappelle Mme Gutknecht.

Entre-temps, des nouveautés arriveront et il faudra aussi leur prévoir une place.

Le but, c’est vraiment de garder un équilibre et de pouvoir offrir une programmation diversifiée en continuant de desservir nos différentes clientèles, renchérit Pascale Gougeon en précisant que le théâtre, l’humour, la chanson, la danse doivent se côtoyer dans le calendrier de la MCG.

Selon la directrice de la programmation, l’un des grands défis demeure l’incertitude quant à la reprise des productions. Les gens en création en ce moment n’ont pas accès aux salles de répétitions et aux ateliers pour construire des décors, souligne Mme Gougeon.

Véronique Cloutier et Louis Morissette

Faute de pouvoir roder le nouveau spectacle, la tournée « Les Morissette II » est repoussée à l'été 2021.

Photo : Radio-Canada

Une absence de nouveautés dans une programmation peut être problématique, tout comme un embouteillage de nouveaux spectacles qui seront tous prêts en même temps - une fois la reprise des activités lancée - mais qui ne trouveraient pas preneurs par manque de dates disponibles.

Des deux côtés de la rivière des Outaouais, les salles sont en communication avec les agences d’artistes et les producteurs pour trouver « les meilleures solutions possible pour tout le monde », indique Pascale Gougeon.

On est tous dans le même bateau, donc on ne peut pas s’appuyer sur personne. Il ne faut fragiliser aucun acteur de l’écosystème culturel. C’est ça qui est complexe.

Une citation de :Anne Gutknecht, directrice artistique du MIFO

« Flou » gouvernemental

Même lorsque les programmations seront reconstruites, Pascale Gougeon se demande si les équipes de tournée pourront se déplacer jusqu’à Gatineau. Pour l’instant, la salle Odyssée a préféré annuler sa série de spectacles extérieurs Côté jardin, ainsi que ceux prévus sur le terrasse de l’Espace T qui devaient avoir lieu cet été.

Anne Gutknecht craint quant à elle que le Centre des arts Shenkman, qui prête sa salle au MIFO pour présenter des spectacles, ne rouvre pas ses portes à temps.

Et si la salle est disponible, y aura-t-il des contraintes?

C’est bien beau d’ouvrir les salles, mais si la distanciation sociale implique de garder une distance d’un mètre, tu ne peux pas avoir une salle de spectacle avec des gens en damiers, dit-elle. La directrice artistique du MIFO avance que son organisation n’a pas les reins assez solides financièrement pour payer des cachets d’artistes en remplissant le quart ou le tiers de la salle.

Mme Gutknecht se questionne également sur l’impact de la distanciation physique à respecter sur scène, entre les membres d’un groupe de musique, par exemple, ainsi que sur les équipes techniques en coulisses et en régie.

Les diffuseurs attendent toujours des directives claires qui leur permettront de prendre des décisions.

Les Cowboys Fringants

S'il fallait que les mesures de distanciation soient appliquées sur la scène, comment pourrait-on, par exemple, gérer l'espacement entre les membres d'un groupe comme Les Cowboys Fringants?

Photo : FrancoFolies/Benoit Rousseau

Le public sera-t-il au rendez-vous?

Si les programmations sont repensées, que les spectacles sont disponibles, que les mesures de distanciation sont levées et que les artistes peuvent se déplacer, encore reste-t-il à savoir si les gens auront envie de se rassembler... et s’ils auront les moyens de le faire.

On essaie de repenser la saison post-coronavirus, mais personne ne sait comment les gens vont réagir, admet Anne Gutknecht.

Pour l’instant, la Maison de la culture de Gatineau demeure optimiste parce qu’elle sent un réel soutien du public qui continue d’acheter des billets pour des spectacles prévus à long terme. On voit de belles preuves de solidarité en ce moment. On reçoit de beaux messages d’encouragement, se réjouit Pascale Gougeon.

Une femem aux cheveux foncés et portant un veston foncé regarde la caméra en souriant légèrement.

Pascale Gougeon, directrice de la programmation de la Maison de la culture de Gatineau

Photo : Facebook / Pascale Gougeon

La directrice artistique du MIFO estime pour sa part que la multiplication des spectacles présentés en ligne en période de confinement permet aux artistes de se faire connaître à plus grande échelle.

Elle a également l’impression que le public aura envie de tisser d’autres liens avec les artistes qu’il aura découverts durant la crise. [Les spectacles en ligne], ça ne compensera jamais l’expérience qu’on peut vivre dans une salle de spectacle, le fait de partager ça avec d’autres personnes et d’être dans une ambiance, évoque-t-elle.

Si la pandémie peut avoir permis à des créateurs de se faire connaître, il y aura eu ça de positif, conclut Anne Gutknecht.

Avec la collaboration de Jean-François Chevrier

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