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Les pourparlers commencent pour hausser le salaire des préposés aux bénéficiaires

Les syndicats ne s'opposent pas à l'adoption d'un décret pour le secteur privé. Bien au contraire.

Une jeune femme ramène chez lui un homme âgé en fauteuil roulant.

Québec cherche à revaloriser le métier de préposé aux bénéficiaires.

Photo : Getty Images

Négocier des augmentations pour une seule catégorie d'emploi : voilà qui n'est certes pas dans les habitudes des grandes centrales syndicales.

C'est pourtant le mandat qu'a confié le premier ministre Legault au président du Conseil du Trésor, Christian Dubé : bonifier spécifiquement le salaire des préposés aux bénéficiaires – une profession indispensable dans les établissements pour personnes âgées, surtout en ces temps de pandémie.

Ainsi, des rencontres virtuelles ont eu lieu mardi entre le gouvernement du Québec et les syndicats : d'abord avec la FTQ, en matinée, puis avec la CSN, en après-midi. Ni les chefs syndicaux ni le président du Conseil du Trésor n'étaient présents : ce sont plutôt des comités de négociation qui ont pris part aux échanges.

Dans le cadre des discussions qui se tenaient aujourd’hui avec les syndicats, le gouvernement a déposé une nouvelle offre qui reflète encore une fois notre engagement à bonifier les conditions de travail, notamment les salaires, des préposés aux bénéficiaires, a fait savoir en fin de journée le cabinet du ministre Dubé.

Nous espérons que les discussions des prochains jours nous permettent d’en arriver à une entente dans les meilleurs délais, a-t-il ajouté, précisant qu'il n'y aurait aucun autre commentaire pour le moment.

Vendredi dernier, le premier ministre avait admis que le Québec était « mal équipé » pour faire face à l'arrivée de la crise. Il aurait fallu que j’augmente plus vite les salaires des préposés aux bénéficiaires, même sans l’accord des syndicats, avait-il déclaré.

Les centrales syndicales, de leur côté, avaient rapidement fait valoir que la hausse des salaires d'une seule catégorie d'emploi risquerait de créer de l'iniquité par rapport aux autres travailleurs de la santé, comme les infirmières auxiliaires.

Mais après sa rencontre avec le Conseil du Trésor, mardi, la FTQ tenait un langage légèrement différent. Ce que le gouvernement propose comporte un certain intérêt, a-t-elle fait savoir, en ajoutant que les discussions n'étaient pas terminées.

Son président, Daniel Boyer, a toutefois affirmé à maintes reprises que rehausser le salaire des préposés ne suffira pas et qu'il faudra tôt ou tard ajouter des bras.

Dans le secteur public, les préposés aux bénéficiaires touchent un salaire horaire qui varie de 20,55 $ à 22,35 $. Ils ont également droit à une prime de 180 $ par bloc de 750 heures, qui était prévue dans les conventions collectives 2015-2020. Cette prime, qui devait prendre fin le 30 mars, vient d'être renouvelée pour six mois.

Le contraire au privé

Du côté du secteur privé, les syndicats demandent au gouvernement de fixer par décret les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires.

Deux grands syndicats affiliés à la FTQ – le Syndicat québécois des employés de service (SQEES) et l'Union des employés de service – ont adressé une demande officielle en ce sens au ministre du Travail, Jean Boulet.

Dans le privé, ces préposés gagnent souvent 13 $ à 14 $ l'heure. Québec leur a consenti une prime de 4 $ l'heure, mais celle-ci est temporaire. Et le premier ministre François Legault a déjà affirmé que, même à 17 $ l'heure, les préposés aux bénéficiaires n'étaient pas suffisamment payés, compte tenu de la lourdeur de leurs tâches.

Il s'agirait pour Québec d'adopter un décret de convention collective pour ces travailleurs qui œuvrent dans les CHSLD privés, les résidences privées pour aînés (RPA), les ressources intermédiaires et de type familial (RI-RTF), etc.

La demande avait déjà été adressée de manière informelle au ministre Boulet, mais ce dernier avait répondu qu'il devait, pour procéder ainsi, obtenir l'accord des employeurs privés.

Le premier ministre en conférence de presse.

Les ressources humaines dans les habitations pour aînés du Québec sont devenues l'une des priorités du gouvernement de François Legault.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Interrogé à ce sujet mardi, le premier ministre Legault a soutenu que le fait, pour Québec, de rehausser la rémunération des préposés dans le public allait mettre de la pression sur les entreprises privées qui exploitent des habitations pour personnes âgées.

Est-ce qu'il faut fixer [la rémunération] dans chaque établissement privé? Peut-être.

François Legault, premier ministre du Québec

Le syndicat des Teamsters du Canada, qui est lui aussi affilié à la FTQ, propose pour sa part une solution légèrement différente.

Son président, François Laporte, a fait parvenir une lettre au gouvernement Legault pour l'informer qu'il souhaiterait la mise en place d'un décret plus large, qui permettrait non seulement de bonifier le salaire des préposés aux bénéficiaires, mais aussi celui de tous les travailleurs des établissements privés pour aînés, comme les préposés à l'entretien et les cuisiniers.

Cette idée a été lancée par les Teamsters il y a trois ans, selon M. Laporte, qui évoque des disparités salariales importantes entre les mêmes catégories d’emploi au privé par rapport à celles au public pour justifier sa requête.

Des groupes oubliés

Pendant ce temps, deux autres groupes de travailleurs montent au front pour obtenir à leur tour les primes COVID de 4 % offertes aux employés du réseau de la santé et de 8 % consenties aux professionnels de première ligne.

Dans une déclaration commune publiée mardi, la CSQ, la CSN et la FTQ demandent que ladite prime puisse aussi être versée aux employées des services de garde qui s'occupent des enfants des travailleurs jugés essentiels, puisqu'elles sont elles aussi exposées au risque d'infection par le coronavirus.

Les 500 membres du personnel d'Héma-Québec la réclament également. Ces employés se sentent oubliés, selon leur syndicat qui précise que, pour le moment, il n'y a pas eu de refus du gouvernement [et que] celui-ci est toujours en réflexion à ce sujet.

Un domaine réservé aux « femmes racisées »

En entrevue à Tout un matin mardi, le président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal (affilié à la CSN) a tenu à saluer l'engagement des femmes racisées dans la lutte contre la COVID-19.

Le domaine des soins pour personnes âgées, c'est un domaine qui est occupé, je vous dirais, à 80-90 % par des femmes afro-descendantes; par des femmes africaines; des femmes maghrébines; des femmes venues de partout, a expliqué Alain Croteau.

Le gouvernement du Québec, au cours des dernières années, a gardé ses emplois les plus dégradés pour les femmes racisées.

Alain Croteau, président du STT CIUSSS Centre-Sud Mtl – CSN

J'espère que cette crise-là va être une occasion pour toute la province de prendre conscience de ce qu'on a fait avec les soins des personnes âgées, a poursuivi le président du syndicat, visiblement ému. Ces femmes-là ont fait un travail merveilleux. C'est de l'exploitation pure et simple et j'espère que quelqu'un va le rappeler à M. Legault.

Avec les informations de Sébastien Bovet et de La Presse canadienne

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