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COVID-19 : attention aux inexactitudes contenues dans ce documentaire

Un documentaire mis en ligne par Epoch Times alimente plusieurs théories non vérifiées.

Capture d'écran d'une des premières images du documentaire Tracking down the origin of the Wuhan coronavirus, mis en ligne le 7 avril sur deux chaînes YouTube associées au quotidien Epoch Times.

Capture d'écran d'une des premières images du documentaire Tracking down the origin of the Wuhan coronavirus, mis en ligne le 7 avril sur deux chaînes YouTube associées au quotidien Epoch Times.

Photo : Capture d'écran - YouTube

L’équipe des Décrypteurs a reçu de nombreux courriels au cours des deux dernières semaines à propos du documentaire Tracking down the origin of the Wuhan coronavirus, mis en ligne le 7 avril sur deux chaînes YouTube associées au quotidien Epoch Times.

Quelle crédibilité doit-on accorder à ce brûlot visionné à des millions de reprises et qui cumule une quantité déconcertante d’affirmations fracassantes sur l’origine du virus responsable de la COVID-19?

Dans un premier temps, il est essentiel de souligner qu’il reste encore beaucoup à apprendre sur le nouveau coronavirus, ses origines et son fonctionnement. Une grande partie de la communauté scientifique cherche encore à se familiariser avec ce virus qui a fauché plus de 170 000 vies à travers le monde.

Pour les Décrypteurs, l’approche la plus responsable est donc de s’en remettre aux recherches scientifiques révisées par des pairs et publiées dans des revues spécialisées.

Voici maintenant, en rafale, quelques-unes des principales thèses véhiculées par ce documentaire :

  • Le nouveau coronavirus (SRAS-CoV-2) est le fruit d’une manipulation humaine en laboratoire

  • Le virus a délibérément été relâché en dehors du laboratoire de virologie de Wuhan

  • Les premières traces du virus ne remontent pas au marché de Wuhan 

  • Le SRAS-CoV-2 a pu être créé à partir du virus du VIH

Un virus créé par l’humain : une thèse contredite par la science

Sur le premier point, l’origine animale du nouveau coronavirus demeure l’hypothèse la plus probable, comme nous l’avons évoqué dans un article récent. Ce consensus scientifique est entre autres issu du séquençage complet du génome du virus. Réalisé dès la mi-janvier, ce séquençage a été scruté à la loupe dans des laboratoires aux quatre coins du monde. Un mois plus tard, la revue Nature publiait un article (Nouvelle fenêtre) abondamment cité qui démontre la forte probabilité d’une origine animale. Dès lors, ce qui reste à déterminer, ce sont les paramètres du passage de ce virus à l’être humain. 

La vérité est que l’être humain est de plus en plus à proximité de différentes espèces animales. On attrape leurs virus et ils attrapent les nôtres.

Dr Hugo Soudeyns, directeur du Département de microbiologie, infectiologie et et immunologie de l’Université de Montréal.

Un virus échappé d’un laboratoire : que des spéculations

Si l’origine animale du virus fait pour l’instant consensus, est-ce qu’on peut affirmer qu’il est impossible que le SRAS-CoV-2 se soit trouvé en laboratoire pour ensuite en sortir et semer la mort sur son passage?

Photo aérienne du laboratoire de type P4 de l'Institut de virologie de Wuhan, en Chine centrale. Il s'agit d'un des rares laboratoires à sécurité maximale où peuvent être manipulés des pathogènes dangereux.

Photo aérienne du laboratoire de type P4 de l'Institut de virologie de Wuhan, en Chine centrale. Il s'agit d'un des rares laboratoires à sécurité maximale où peuvent être manipulés des pathogènes dangereux.

Photo : afp via getty images / HECTOR RETAMAL

C’est ce qu’avance le documentaire narré et réalisé par le journaliste d’enquête américain Joshua Philipp.

Selon ses recherches, le SRAS-CoV-2 est sorti des installations hautement sécurisées du laboratoire de virologie de Wuhan. Par accident ou de façon délibérée, des scientifiques chinois auraient ainsi laissé s’échapper le virus.

Un tel scénario n’est pas à exclure totalement, de l’aveu même (Nouvelle fenêtre) du virologue Robert Garry, co-auteur de l’étude citée plus haut qui établissait l’origine animale du virus : prouver qu'un virus ne s'est pas échappé d'un laboratoire n'est pas facile, a-t-il affirmé.

De plus, le Washington Post révélait la semaine dernière (Nouvelle fenêtre) que des diplomates américains basés en Chine auraient alerté Washington en 2018 au sujet de mesures de sécurité jugées insuffisantes dans le laboratoire de Wuhan, qui menait à l’époque des recherches sur un autre pathogène potentiellement dangereux.

Cela dit, aucune preuve tangible et vérifiée n'indique qu’une brèche de sécurité de cette ampleur a été détectée dans la foulée de l’apparition des premiers cas de COVID-19 dans la province chinoise du Hubei.

Le laboratoire en question, qui relève de l’Académie chinoise des sciences, est doté du plus haut niveau de biosécurité (P4) fixé en fonction des normes internationales.

Le marché de Wuhan : une origine à écarter?

Depuis l’apparition des foyers d’éclosion de la COVID-19 en Chine, le marché de Wuhan est vu comme le point d’origine des premiers cas. Le documentaire Tracking down the origin of the Wuhan coronavirus s’emploie à tenter de prouver le contraire.

Il est vrai que l’analyse des premiers cas de contamination au SRAS-CoV-2, dont les conclusions  (Nouvelle fenêtre)ont été publiées par The Lancet, démontrent que le tiers des patients n’avait pas de liens épidémiologiques avec le marché de Wuhan.

Scène du quotidien dans le marché de Wuhan, où les activités ont récemment repris. Des marchands apprêtent de la viande dans un kiosque de ce marché soupçonné d'être un des premiers lieux d'éclosion du SRAS-CoV-2.

Scène du quotidien dans le marché de Wuhan, où les activités ont récemment repris. Des marchands apprêtent de la viande dans un kiosque de ce marché soupçonné d'être un des premiers lieux d'éclosion du SRAS-CoV-2.

Photo : afp via getty images / NOEL CELIS

Mais ça ne veut pas dire pour autant que le virus s’est échappé du laboratoire de virologie de la ville du même nom ou que le marché est à exclure complètement de toutes les hypothèses sur l’origine du nouveau coronavirus, selon l’analyse (Nouvelle fenêtre) de Health Feedback, un réseau international de chercheurs.

Encore une fois, ces zones d’ombre commandent la patience en attendant l’aboutissement d’études plus approfondies.

SRAS-CoV-2 et VIH: une similitude anormale?

Pendant de longues minutes, le documentaire produit par le quotidien Epoch Times tente de prouver que le VIH et le nouveau coronavirus seraient liés par une séquence génétique anormalement similaire. Aux yeux de certains, comme le controversé chercheur nobélisé Dr Luc Montagnier, cette ressemblance constituerait une preuve de manipulation humaine.

Or, comme l’a précisé cette semaine l’équipe des Décrypteurs dans un article signé Bouchra Ouatik, cette similitude n’a rien d’inusité, puisque les mêmes séquences se retrouvent dans plus d’une centaine de virus de toutes sortes.

D’autres médias tels que Le Monde (Nouvelle fenêtre), la RTBF (Nouvelle fenêtre) et la BBC (Nouvelle fenêtre) en arrivent aux mêmes conclusions après avoir également sondé l’avis d’experts en virologie.

Epoch Times : un journal sous la loupe

Dans une vidéo promotionnelle (Nouvelle fenêtre) mise en ligne en septembre dernier, le quotidien Epoch Times se décrit comme le journal qui connaît la plus forte croissance dans le monde. Mais au-delà de cet exploit autoproclamé, le cas de cette publication multilingue distribuée dans une trentaine de pays intrigue.

Un membre du mouvement Falun Gong offre aux passants des exemplaires du journal anti-communiste Epoch Times dans les rues de Hong Kong.

Un membre du mouvement Falun Gong offre aux passants des exemplaires du journal anti-communiste Epoch Times dans les rues de Hong Kong.

Photo : afp via getty images / ANTHONY WALLACE

Fondé en 2000 par des Américains d’origine chinoise, ce quotidien est depuis ses débuts associé au mouvement Falun Gong, un courant spirituel souvent qualifié de secte par ses détracteurs.

D’inspiration bouddhiste et proche de la pratique du Qi Gong, le Falun Gong est déclaré hors-la-loi par Pékin en 1999. Persécutés en Chine, les pratiquants du Falun Gong puisent désormais l’essentiel de leurs appuis au sein de la vaste diaspora chinoise disséminée à travers le monde.

Le journal Epoch Times ainsi que la chaîne New Tang Dynasty Television (Nouvelle fenêtre) sont les bras médiatiques du mouvement. Leur mission fondamentale : pourfendre la bête noire des adeptes du Falun Gong, le Parti communiste chinois.

Une enquête approfondie (Nouvelle fenêtre) du réseau américain NBC News dévoilait l’été dernier les dessous du virage pro-Trump de ce quotidien qui, jusqu’à 2016, se tenait plutôt loin de la politique intérieure américaine.

Selon cette enquête, durant les six premiers mois de 2019, Epoch Times aurait déboursé 1,5 million de dollars américains pour la publication sur Facebook de quelque 11 000 publicités en faveur de l’actuel président américain. Cette somme excède ce qu’a dépensé la campagne pour la réélection de Donald Trump sur Facebook au cours de la même période de temps.

Facebook a par la suite banni de sa plateforme (Nouvelle fenêtre) les publicités financées par Epoch Times parce qu’elles ne respectaient par les normes de transparence du réseau social et aussi parce que le quotidien faisait la promotion de théories conspirationnistes.

Selon NBC News, les théories non fondées alimentées par les écrits d'Epoch Times sont souvent apparentées au mouvement conspirationniste pro-Trump QAnon, dont certaines des thèses farfelues ont récemment été analysées par les Décrypteurs.

L’équipe éditoriale d'Epoch Times n’a pas tardé à réfuter les faits présentés par l’enquête de NBC News. Coup monté, fausses allégations , est-il écrit dans cette réplique cinglante (Nouvelle fenêtre) du quotidien qui s'accompagne de la promesse de maintenir son engagement envers la vérité.

Mais il demeure que le documentaire d'Epoch Times sur l’origine du SRAS-CoV-2 prouve que ladite vérité peut parfois être édulcorée.

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