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La santé publique ne préfère plus la crémation à l'inhumation

Qu’advient-il des dépouilles des personnes décédées des suites de la COVID-19? Faut-il recourir à la crémation plutôt qu’à l’inhumation dans un cimetière? Qu’en est-il des effets personnels des défunts?

Un employé portant des gants étanches refermant un cercueil.

La santé publique du Québec a publié de nouvelles directives à l'intention des entreprises de services funéraires.

Photo : Getty Images / Kenzo Tribouillard

L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a publié lundi une mise à jour de ses directives à l’intention des entreprises de services funéraires, afin de clarifier certains flous entourant encore la prise en charge des dépouilles.

Dans une première note diffusée le 24 mars dernier, la santé publique recommandait la crémation plutôt que l’inhumation, même si cette dernière était permise.

Les autorités sanitaires affirmaient que pour une inhumation dans des périodes d’hiver ou de printemps, les dispositions devront être prises avec [les entreprises de services funéraires] pour la conservation de la dépouille dans un espace réfrigéré jusqu’à la date possible d’inhumation. La crémation par le feu est préférable, pouvait-on lire également.

Cette dernière recommandation ne figure plus dans la directive qui a été mise à jour lundi (Nouvelle fenêtre). Seule l’aquamation, qui ne recourt pas au feu mais au procédé physico-chimique de l’hydrolyse alcaline (à base d’eau et d’hydroxyde de potassium), reste interdite.

Une machine à aquamation dont la porte est ouverte.

Une machine à aquamation

Photo : Radio-Canada

La mise en crypte ainsi que l’enterrement dans un mausolée ou dans un charnier ne sont pas autorisés non plus. Par ailleurs, tous les rituels funéraires sont désormais interdits, même ceux qui ne prévoient aucun contact avec la dépouille.

David Émond, directeur général à la Coopérative funéraire des Deux Rives, qui a collaboré à l’élaboration des deux notes de recommandation de l’INSPQ, affirme que l’inhumation dans un cimetière n’a jamais été interdite par la santé publique. On n’empêche ni l’inhumation, ni la crémation, dit-il. Mais pour l’hydrolyse alcaline, il faut qu’en amont la dépouille soit dénudée, ce qui va à l’encontre des recommandations, précise M. Émond.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est pourtant formelle : les cadavres ne transmettent pas la maladie. On croit souvent que les personnes qui sont décédées d’une maladie transmissible devraient être incinérées, mais ce n’est pas vrai, indique l’OMS dans ses directives. À ce jour, aucun élément de preuve n’indique que des personnes ont été infectées après avoir été exposées aux corps de personnes décédées de la COVID-19, poursuit encore l’organisation internationale.

Une femme et trois hommes portent un cercueil dans un cimetière. Ils portent tous des masques.

Seuls les membres de la famille habitant sous le même toit peuvent être présents pour l'inhumation de la dépouille.

Photo : The Associated Press / Alvaro Barrientos

Qui peut voir la dépouille?

Parmi les autres mises à jour communiquées par la santé publique aux entreprises de services funéraires, on peut lire que seuls les membres de la famille habitant sous un même toit peuvent voir la dépouille de leur défunt décédé des suites de la maladie. Les consignes précédentes recommandaient simplement de limiter le nombre de visiteurs au salon funéraire, en excluant les personnes arrivées récemment de voyage ainsi que les personnes âgées de plus de 70 ans.

Les rassemblements aux funérailles sont quant à eux suspendus et reportés jusqu’à la levée des mesures de distanciation sociale et physique.

La santé publique s’est vue obligée d’apporter ces précisions parce que ce n’était toujours pas clair pour certaines entreprises funéraires qui permettaient encore aux familles de se rassembler dans les salons, malgré les mesures de distanciation physique, explique M. Émond.

Il est difficile d’appliquer la distanciation physique avec des personnes en deuil. Elles vont pleurer et se moucher, faire des étreintes ou se donner des accolades…

Une citation de :David Émond

Les effets personnels en quarantaine

Concernant les effets personnels des défunts, la santé publique apporte une nouvelle clarification là aussi. La gestion des effets personnels devrait idéalement être faite par l’établissement du lieu de décès, indique la note de l’INSPQ. Mais si tel n’est pas le cas, les entreprises de services funéraires doivent mettre en quarantaine pour une période de 7 jours les effets personnels qui ne peuvent être lavés ou désinfectés, avant de les remettre à la famille.

Enfin, dans sa nouvelle directive, la santé publique rappelle aux entreprises offrant des services funéraires qu'elles ne sont plus obligées, depuis le 6 avril, d’obtenir une autorisation pour les cas confirmés de COVID-19. Il leur est permis de prendre en charge directement la dépouille en appliquant les directives de la santé publique.

L’INSPQ précise cependant qu’il est important pour ces entreprises de contacter la Direction de la santé publique dans le cas de prise en charge de personnes décédées alors qu’elles étaient en examen ou soupçonnées d’avoir contracté la maladie au moment de leur décès. Dans ces situations, [il faudrait] traiter les dépouilles comme des cas de COVID-19 jusqu’à l’obtention d’un avis de la santé publique pour la levée des obligations, peut-on lire dans la nouvelle directive.

Manque de clarté

Dans le milieu funéraire, on déplore toutefois le manque de clarté dans la nouvelle note de la santé publique.

Jointe par téléphone, Annie Saint-Pierre, directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec affirme avoir été inondée d’appels de familles inquiètes.

On a demandé que des clarifications soient apportées aux directives avant leur publication, mais ça n’a visiblement pas été fait, dit-elle. Ça laisse la place à toute sorte de confusion.

Parmi les points qui nécessitent d’être clarifiés, selon elle, est la question de qui peut voir la dépouille des personnes décédées des suites de la COVID-19, ainsi que la question des effets personnels qui ne sont habituellement pas gérés par les entreprises de services funéraires, mais par l’établissement où les personnes sont décédées.

Dans sa directive, la santé publique parle de serviettes, de rideaux et de literie, mais on n’est pas en charge ces affaires-là en temps normal, explique-t-elle.Les effets personnels qu’on reçoit proviennent généralement de la famille du défunt pour les fins des funérailles, comme des bijoux par exemple, ajoute Mme Saint-Pierre. Ce n’est pas encore clair et des modifications doivent encore être apportées, conclut-elle.

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