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Les masques seront-ils obligatoires dans les transports en commun?

Les responsables des transports en commun du Québec attendent un avis tranché de la part des autorités sanitaires sur l'obligation de porter un masque.

Des personnes assises dans le métro à Montréal.

Faudra-t-il porter un masque prochainement pour utiliser les métros à Montréal ou les différents transports en commun du Québec? Cette réflexion est actuellement menée par les autorités sanitaires.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Devra-t-on bientôt porter un masque, qu’il soit artisanal ou médical, pour prendre le métro à Montréal, le bus à Québec, Laval ou Longueuil, ou encore pour emprunter un train de banlieue pour se rendre à son lieu de travail?

Dans la métropole, Philippe Schnobb, le président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal (STM), refuse de prendre lui-même une telle décision. Je ne vais pas me substituer à un médecin, ce n’est pas mon rôle, affirme-t-il à Radio-Canada, en faisant appel aux autorités sanitaires.

Pourtant, laisse-t-il entendre, peu d’autres options s’offrent aux différents transports collectifs pour respecter un minimum de mesures sanitaires.

La distanciation sociale de deux mètres sera difficile à respecter si on veut offrir un service efficace, avance-t-il.

Selon un calcul effectué à l'interne, la STM devrait limiter le nombre d’usagers à 150 par rame de métro et à 15 par bus pour respecter les règles sanitaires.

On aurait besoin de 8000 bus et 800 rames de métro, détaille Philippe Schnobb, alors qu’actuellement, le réseau montréalais compte 1425 bus et 97 rames de métro.

« C’est une illustration par l'absurde que, si on veut respecter les règles de distanciation sociale, ce serait extrêmement difficile, dans la mesure où l’on n’aura pas le temps de creuser de nouveaux tunnels de métro dans les prochaines semaines. »

— Une citation de  Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la STM

Impossible, poursuit-il, de rajouter de nouveaux bus par exemple dans les rues de la métropole, dans le but de limiter le nombre de passagers, tout en assurant un service adéquat.

Tous les bus nécessaires sont déjà là, assure-t-il, en précisant que l’usine Nova Bus, chargée de livrer 300 véhicules hybrides, est elle aussi à l’arrêt en raison des mesures gouvernementales.

Les enjeux du gel hydroalcoolique dans le métro

Il n’est pas prévu d’installer de distributeurs de solution hydroalcoolique dans nos voitures de métro, indique pour sa part Philippe Déry, porte-parole de la STM. La société n'exclut toutefois pas leur mise en place dans les stations, ajoute-t-il, tout en spécifiant que des enjeux d’approvisionnement et de stockage des produits se posent. Les enjeux seraient similaires pour les autobus. C’est plus complexe que ça en a l’air, mais ça ne veut pas dire que ça ne se fera pas. On étudie différentes hypothèses, précise Philippe Schnobb.

D'autres pays le font

Aucun autre réseau de transports au Québec ne semble prêt à annoncer le port du masque obligatoire. Que ce soit à Laval, à Longueuil ou à Québec, tous attendent des directives de la direction de la santé publique, à l’instar de Philippe Schnobb, qui réclame des mesures rationnelles, cohérentes, scientifiques et rapides.

Nous nous appuierons sur leurs recommandations, le cas échéant, souligne Brigitte Lemay, du Réseau de transport de la Capitale, à Québec.

L’organisme exo, qui gère les trains de banlieue desservant la métropole, n’est pas opposé à cette approche.

Nous voyons d’un bon œil la recommandation adressée aux passagers de porter un masque. Cependant, à ce jour, avec le faible taux d’achalandage que nous observons dans nos services, nous sommes en mesure de respecter la distanciation sociale à l’intérieur de nos véhicules, souligne Catherine Maurice, la porte-parole d’exo.

« Avec la reprise graduelle des activités économiques, donc d’une plus grande fréquentation des transports collectifs, cela pourrait devenir nécessaire pour assurer la santé et la sécurité de toutes et tous. »

— Une citation de  Catherine Maurice, porte-parole d’exo

Plusieurs pays, notamment en Europe, ont évoqué leur intention de rendre ce masque obligatoire dans les transports en commun. C’est le cas par exemple en France, où la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, et le premier ministre, Édouard Philippe, ont indiqué qu'ils envisageaient de le faire. Un demi-million de masques en tissu, lavables, seront d'ailleurs distribués gratuitement dans la capitale française, a précisé Anne Hidalgo.

En République tchèque, en Slovaquie et en Slovénie, le port de ce masque dans les lieux publics est déjà obligatoire, tout comme dans les supermarchés en Autriche.

La STM préconise une réflexion globale

Philippe Schnobb se montre quant à lui prudent. Aux yeux du président du conseil d’administration de la STM, l’un des plus importants réseaux en Amérique du Nord, une réflexion globale et régionale doit être menée, avec la santé publique, le ministère des Transports, mais aussi la Ville de Montréal et les municipalités de sa couronne.

L’idée serait ainsi d’éviter que chaque réseau établisse ses propres règles, ce qui pourrait troubler les passagers et rendre confus le message global concernant les mesures sanitaires à respecter.

Qu’en est-il des employés? Alors que la STM compte plus de 10 000 employés, il serait également difficile, à l’heure actuelle, de pouvoir les équiper d’un masque médical. On parlerait de centaines de milliers de masques dont on aurait besoin, reprend Philippe Schnobb.

« Le masque [pour les employés] ce n’est pas obligatoire, ce n’est pas suggéré, mais c’est toléré. Si ça devient obligatoire, il faudra se poser des questions sur l’approvisionnement. »

— Une citation de  Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la STM

Policiers et chauffeurs veulent des réponses

À Montréal, le Syndicat des chauffeurs d’autobus et opérateurs de métro, joint par Radio-Canada, demande à la santé publique de rendre obligatoire le port du masque pour les usagers. Du côté de la Fraternité des policiers, on réclame à la CNESSTune enquête sérieuse, rigoureuse et surtout rapide pour adapter nos façons de faire, indique le président du syndicat policier, Yves Francoeur. On leur demande des recommandations en terme d'équipements de protection individuels, précise-t-il.

Un enjeu d'approvisionnement

Le gouvernement du Québec n’a de son côté pas encore pris de décision. Le premier ministre Legault a répété lundi qu’il ne faudrait pas, avec un masque, avoir un faux sentiment de sécurité.

François Legault a également fait référence à une faible réserve d'équipements, réservés en priorité pour le personnel médical. Un prêt de 4 millions de dollars vient d'ailleurs d'être accordé à une entreprise québécoise pour accélérer la construction d'une usine de masques N95.

Tant qu’on n’aura pas réussi, et on y travaille très, très fort, à fabriquer des masques pour l’ensemble de la population, on peut bien en discuter longtemps, mais si ces masques-là n’existent pas, ne sont pas disponibles, c’est difficile un peu de conseiller de les porter à la population en général, a-t-il admis.

Tout en affirmant ne pas être contre les masques, le directeur national de santé publique, Horracio Arruda, est lui aussi resté mesuré. Il y a une littérature qui commence à montrer que peut-être que port du masque pourrait être un élément contributif à une diminution des épidémies. Mais il faut le faire adéquatement, a-t-il souligné.

« Si le masque fait que les gens se rapprochent en pensant qu'ils sont protégés [...] je m'excuse, là, on a véritablement un problème. Et tous reconnaissent encore que l'efficacité de ça n'est pas garantie, que ça peut même être nuisible. »

— Une citation de  Horracio Arruda, directeur national de santé publique

Dans son dernier avis publié à ce sujet le 9 avril, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) s’est également montrée réservée concernant le port d’un couvre-visage par la population générale, en faisant référence à des masques artisanaux.

Aucune étude n’a été menée pour estimer leur efficacité clinique à protéger contre les infections respiratoires d’origine virale dans un contexte de circulation communautaire, peut-on lire dans ce document.

« Il semble peu probable que ces masques protègent leur porteur contre l’acquisition du virus, mais ils pourraient avoir une certaine efficacité à limiter la projection de gouttelettes dans l’environnement. »

— Une citation de  Recommandations de l’INSPQ, publiées le 9 avril 2020

L’INSPQ reconnaît cependant que ce type de masque pourrait être utile dans le métro ou les autobus : il pourrait être porté dans les lieux publics où il est difficile d’éviter des contacts étroits avec les autres en espérant que ceci diminue le risque de transmission du virus par les personnes asymptomatiques ou peu symptomatiques (les personnes symptomatiques ne devant pas sortir).

Avec la collaboration de Jean-Sébastien Cloutier

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