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Les signalements de maltraitance des enfants sont à la baisse et les experts sont inquiets

Jeune fille assise seule dans le noir.

Les enfants peuvent se retrouver dans des situations où ils ont besoin de services sociaux et ils ne peuvent pas en obtenir en raison du confinement, selon le professeur de l'Université Laval, George Tarabulsy.

Photo : getty images/istockphoto / Giuda90

Nicolas Haddad

De nombreux experts au pays craignent la possibilité d'une augmentation des cas de maltraitance d’enfants à huis clos en raison de la pandémie de COVID-19.

La Dre Michelle Ward, qui dirige la Division de la protection des enfants et des adolescents (PEA) du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO), a sonné l’alarme lorsque les cas signalés de violence et de maltraitance envers des enfants ont commencé à baisser après le début des mesures de confinement.

La Dre Ward se fait prendre en portrait.

Selon les estimations de la Dre Ward, le taux de diminution des nouveaux cas de violence envers les enfants se situe entre 30 et 40 % dans différentes régions du Canada, y compris dans sa région d'Ottawa.

Photo : Courtoisie de Blair Gable Photography

En observant ce qui s'est produit dans le passé, nous constatons une flambée des cas de maltraitance d'enfants après un ralentissement de l'économie. Lorsqu'il y a un stress financier, cela empire la situation, a-t-elle expliqué.

La Société d'aide à l'enfance (CAS) de Toronto a fait état d'une chute de 40 % des signalements d’abus envers les enfants dans les dernières semaines. Le centre de protection Zebra Child à Edmonton cite pour sa part une baisse de 32 % des nouveaux cas de maltraitance d'enfants par rapport à l'année dernière.

Selon ces organismes, les baisses de signalements ne reflètent pas la réalité sur le terrain, mais plutôt un manque de suivi auprès des enfants les plus vulnérables.

Cette diminution est principalement attribuable à la diminution des appels des écoles et du personnel des garderies, peut-on lire dans un courriel envoyé par la CAS de Toronto à Radio-Canada.

Le système de dépistage des enfants maltraités est en panne

Quand vous pensez à qui réfère habituellement les cas de maltraitance, ce sont les enseignants, les conseillers, les garderies et les autres membres de la famille, explique la protectrice des enfants et des jeunes du Manitoba, Daphne Penrose.

À cause de la COVID-19, il y a un manque d'accès.

Daphne Penrose, protectrice des enfants et des jeunes du Manitoba

Mme Penrose estime que les gouvernements provinciaux doivent trouver un moyen de surveiller les dossiers des jeunes à risque de violence, notamment les dossiers qui datent d’avant la pandémie. Elle soutient que dans de nombreux cas, les familles n'ont pas accès aux appareils électroniques et qu’il doit y avoir un processus et une exigence de contact avec ces familles-là.

Daphne Penrose, la protectrice des enfants du Manitoba.

La protectrice des enfants du Manitoba, Daphne Penrose, a souligné que la violence domestique est aussi une forme de maltraitance d'enfants, et que les mesures de confinement font croître ce phénomène.

Photo : Radio-Canada / Ian Froese

Selon la protectrice des enfants et des jeunes du Manitoba, d’autres facteurs dus à la COVID-19 comme les problèmes de revenu ou d'accès à la sécurité alimentaire et du logement peuvent aussi nourrir les tensions dans les milieux familiaux où il existe un risque de violence ou de maltraitance envers les enfants.

Pour sa part, le professeur titulaire à l’École de psychologie de l’Université Laval, George Tarabulsy, craint que la crise actuelle n’exacerbe certaines inégalités sociales qu'on vit dans notre société.

Selon l’expert en développement de l’enfant grandissant dans des conditions de vulnérabilité et de risque social, ce n’est pas dans des familles bien nanties que le développement des enfants va faire défaut à cause de la COVID, ça va être dans des familles où il y a des enjeux qui sont déjà présents.

À la recherche de solutions

Selon M. Tarabulsy, les chercheurs québécois essaient présentement de trouver des solutions pour bâtir des ponts entre les programmes de services sociaux et les enfants à risque de violence et de maltraitance.

Dans la région, on monte une vaste enquête populationnelle pilotée par les centres de recherche de la capitale nationale [qui] a pour but d’aller chercher de l’information pour pouvoir mieux structurer les services et prendre le contact avec [les familles, NDLR], a signalé le chercheur.

Un enfant triste dans l'entrée d'une maison.

Au Québec, environ 12 000 enfants sont suivis par les services de protection de la jeunesse chaque année.

Photo : iStock

Le but de l’enquête est de revoir les modalités de l’offre de service en fonction des besoins qui se manifestent.

En attendant que les autorités révisent les structures de communication et des services sociaux, les organismes de protection de l’enfance demandent aux membres de la communauté de redoubler de vigilance, et de signaler les abus d’enfants qu’ils pourraient observer dans leur voisinage ou chez des membres de leur famille.

Nous pouvons aider et communiquer avec des familles pour identifier et créer un plan pour assurer la sécurité des enfants, peut-on lire dans un courriel envoyé à Radio-Canada par la Société d'aide à l'enfance de Toronto.

Selon cet organisme, les familles sont également encouragées à avoir un réseau de famille, d'amis ou de membres de leur communauté qui peuvent être un soutien en cas de besoin. Ce réseau est particulièrement important avec la COVID-19.

Avec des informations de Liny Lamberink de CBC News

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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