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Non, le coronavirus n’a pas été créé à partir du VIH

La similitude entre les deux virus est d'origine naturelle et n’a rien d’anormal.

Le SRAS-CoV-2, responsable de la COVID-19, vu dans un microscope électronique.

Le SRAS-CoV-2, responsable de la COVID-19, vu dans un microscope électronique.

Photo : Reuters / NIAID-RML

Une étude mise en ligne par des chercheurs indiens au début du mois de février et brandie par un chercheur et Prix Nobel français controversé suggère que le coronavirus et le VIH possèdent une similitude inusitée. En réalité, le SRAS-CoV-2 possède une telle similitude avec plus d’une centaine de virus.

L’étude en question (Nouvelle fenêtre) fait état d’une séquence génétique similaire entre le virus qui cause la COVID-19, le SRAS-CoV-2, et certaines souches du VIH. Les chercheurs qualifient cette ressemblance « d’étrange », bien que plusieurs experts soulèvent que d’autres virus possèdent cette même séquence génétique.

Le controversé chercheur français Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine de 2008 pour ses travaux sur le VIH, a brandi cette étude préliminaire comme preuve que le coronavirus aurait été créé en laboratoire, lors d’une entrevue à la chaîne française CNews, le 17 avril.

Cette interprétation n’a toutefois jamais été mise de l’avant (Nouvelle fenêtre) par les auteurs de l’étude.

Ce n’était pas notre intention d’alimenter les théories du complot, et aucune affirmation à cet effet n’a été faite ici.

Prashant Pradhan, auteur principal de l’étude sur le SRAS-CoV-2 et le VIH

Une séquence commune à plusieurs organismes vivants

Le virologue québécois Benoît Barbeau, spécialisé dans l’étude du VIH, note que la séquence génétique que le SRAS-CoV-2 et le VIH ont en commun est infime et se retrouve dans bon nombre d’autres virus. Pour moi, lorsqu’ils parlent du nombre d’acides aminés qui sont similaires, c’est trop peu. [...] Il n’y a rien qui nous permette de dire que ces similarités sont significatives et non dues au hasard, dit le chercheur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Statistiquement, vous pourriez trouver des similitudes avec n’importe quoi ou presque.

Benoît Barbeau, virologue et chercheur à l’UQAM

En effet, une étude menée par des chercheurs américains et chinois (Nouvelle fenêtre), à la suite de l’étude indienne, note que les mêmes séquences se retrouvent dans plus d’une centaine de virus de toutes sortes. Cela montre clairement que ces séquences sont largement présentes dans les organismes vivants, incluant les virus, mais ne sont pas spécifiques au VIH, peut-on lire dans l’étude intitulée Le VIH-1 n’a pas contribué au génome du SRAS-CoV-2.

Le site Massive Science indique que la même séquence se retrouve par exemple dans le virus qui cause la mononucléose (Nouvelle fenêtre), couramment appelée la « maladie du baiser ».

Interrogé par France Culture (Nouvelle fenêtre), le directeur scientifique de l’Institut Pasteur, Olivier Schwartz, a donné l’exemple d’un mot qui se retrouverait dans deux livres pour illustrer la faible importance de cette similitude.

C’est comme si, dans un roman, [est] écrit le mot “chat” et, dans un autre roman, il y a également [...] le mot “chat”, parmi des dizaines de milliers de mots.

Olivier Schwartz, directeur scientifique de l’Institut Pasteur, en entrevue à France Culture

J’adore la comparaison, c’est exactement ça!, s’exclame le virologue Benoît Barbeau devant cette analogie. Ce sont les mêmes mots, mais c’est dans un contexte totalement différent.

Une représentation par ordinateur de virus.

Une représentation artistique du VIH

Photo : iStock

Une étude qui doit être retravaillée, selon ses auteurs

L’étude en question n’a jamais été publiée dans une revue scientifique révisée par les pairs, et n’a été mise en ligne que sur un site dit de « prépublication », où des chercheurs peuvent mettre en ligne leurs travaux sans qu’ils n’aient été vérifiés par d’autres scientifiques.

Dès sa mise en ligne, plusieurs chercheurs ont souligné que l’étude comportait des failles.

Contrairement à ce qu’a affirmé le professeur Luc Montagnier à CNews, les auteurs n’ont pas été forcés de la retirer, mais ils ont choisi de le faire de leur plein gré, en admettant qu’elle nécessitait plus de travail (Nouvelle fenêtre).

Pour éviter d'autres mauvaises interprétations et toute confusion à travers le monde, nous avons décidé de retirer la version actuelle de cette prépublication et nous reviendrons avec une version révisée après l’avoir réanalysée.

Prashant Pradhan, auteur principal de l’étude sur le SRAS-CoV-2 et le VIH

Un chercheur adepte de théories non scientifiques

Malgré les explications données par les auteurs de l’étude, le scientifique français Luc Montagnier y voit tout de même une preuve de la manipulation humaine du coronavirus. Sa sortie publique a fait grand bruit.

La raison d’être de son succès avec la découverte du VIH ne lui revient pas nécessairement à lui, mais plutôt à son équipe de recherche, nuance toutefois le virologue québécois Benoît Barbeau, lui-même spécialisé dans l’étude du VIH.

Luc Montagnier, Jean-Claude Chermann et Françoise Barre-Sinoussi, trois des scientifiques qui ont réussi à isoler le virus du sida.

Luc Montagnier, Jean-Claude Chermann et Françoise Barre-Sinoussi, trois des scientifiques qui ont réussi à isoler le virus du sida (archives).

Photo : Getty Images / AFP/Michel Clément

Le professeur Montagnier est en fait critiqué depuis des années pour ses nombreuses affirmations en contradiction avec la science. Il a notamment prétendu (Nouvelle fenêtre) que la maladie de Parkinson pouvait être guérie par du jus de papaye et que l’eau posséderait une mémoire, deux affirmations sans fondement scientifique.

Il a perdu beaucoup de crédibilité.

Benoît Barbeau, virologue et chercheur à l’UQAM

En 2012, une quarantaine de Prix Nobel ont signé une pétition (Nouvelle fenêtre) contre le professeur Montagnier, en affirmant qu’il « accumule les impostures scientifiques et médicales ». En 2017, plus d’une centaine de scientifiques ont signé une autre pétition (Nouvelle fenêtre) pour dénoncer ses propos jugés « dangereux ».

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