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Au front, aux soins intensifs de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal

Le Dr Patrick Bellemare se regarde dans le miroir afin de s'assurer que sa caméra enregistre.

Le Dr Patrick Bellemare se prépare à un tournage dans les corridors de son hôpital.

Photo : Radio-Canada / Dr Patrick Bellemare

L’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal est un des établissements qui accueillent le plus de patients atteints de la COVID-19 au Québec. Armé de deux caméras, Le Dr Patrick Bellemare, chef médical des soins intensifs du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et intensiviste, nous rapporte des images du front, parce que seuls le personnel et les malades ont accès aux centres hospitaliers de la province.

Le mercredi 15 avril, en matinée, nous nous rendons à la résidence du pneumologue, tout juste avant son quart de travail. Nous lui remettons deux caméras amateurs afin qu’il capte la réalité du combat contre le coronavirus.

Normalement, ça nous ferait plaisir de vous recevoir, dit-il, sur le perron de son cottage de la Rive-Nord de Montréal. Mais pas à vos risques et à ceux de la clientèle, ça n’aurait pas de sens.

Le réalisateur Frédéric Lacelle lui donne quelques conseils techniques avant de lui laisser le matériel que nous récupérerons plus tard.

La journée du Dr Bellemare débute par une vidéoconférence avec ses collègues du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, qui comprend l’hôpital du Sacré-Cœur, Fleury, Jean-Talon, Rivière-des-Prairies, mais aussi le centre d’hébergement Notre-Dame-de-la-Merci, un des foyers d’éclosion du virus.

Si on veut faire attention à notre monde et à nous autres, nous devons considérer tous les patients qui entrent comme potentiellement infectés, rappelle l’un d’eux.

Armé de deux caméras, le Dr Patrick Bellemare nous rapporte des images du front

L’édifice construit en 1926 a été repensé en quelques jours pour faire face à la crise. Au début de la pandémie, l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal ne devait pas être un centre névralgique du combat contre la COVID-19. Pourtant, Il est aujourd’hui un des établissements qui reçoivent le plus de cas au Québec.

« Covidland »

Après la rencontre, Patrick Bellemare se rend rapidement près de l’unité des soins intensifs qui accueille les patients atteints de la COVID-19. Le personnel, qui ne manque pas d’humour malgré la crise, a baptisé cette zone « covidland ». Une affiche d’arc-en-ciel orne l’entrée.

Partout dans les corridors, du matériel médical traîne, recouvert d’une pellicule de plastique transparent, témoin de la vitesse à laquelle certaines salles ont dû être vidées.

Une entrée dans une pièce délimitée avec du ruban rouge.

L'entrée de la « zone chaude » de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Dr Patrick Bellemare

« Covidland » est en fait une salle à pression négative, soit une pièce où l’air est aspiré 12 fois par heure pour ensuite être évacué par un système de canalisation filtré. En quelques semaines, l’hôpital est passé de cinq à près de 130 de ces salles. Partout sur les murs, du ruban gommé rouge fait office d’isolant. L’observation des malades se fait par vidéosurveillance, et les communications, par interphone.

Avant d’entrer dans le ventre de la bête, le médecin s’équipe d’un masque N95, d’une blouse et d’une protection oculaire.

C’est l’endroit où l’ennemi est le plus armé pour nous tirer dessus. Quand je fais une procédure sur quelqu’un qui est porteur, si je me protège mal, c’est certain que je peux tomber malade. Mais en même temps, je pense que tout le Québec est au front.

Dr Patrick Bellemare

À l’intérieur, cinq patients infectés gisent sur des lits, branchés sur des respirateurs. Mis à part les sons du matériel médical, la pièce est silencieuse.

Un patient dans un lit.

Un patient atteint de la COVID-19 à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Dr Patrick Bellemare

Le médecin prend des nouvelles de l’inhalothérapeute Nathalie Brière qui s’occupe d’un malade, visiblement inconscient. C’est difficile, dit-elle. On a chaud et c’est beaucoup de nouvelles techniques. Mais on n’a pas le choix. Ce sont des patients qui demandent beaucoup de soins.

Est-ce qu’on a donné un verre d’eau au patient du 6?, crache l’interphone. Le Dr Bellemare se rend tout de suite à son chevet. Il en profite pour prendre les signes vitaux d’un autre malade qui ne parle qu’espagnol. En baragouinant un castillan cassé, il le fait manger et boire.

Retraitée au combat

Une fois sorti de la zone chaude, le Dr Patrick Bellemare tombe sur Marie-Andrée Blanchet, une infirmière retraitée. Elle a quitté son travail aux soins intensifs il y a quatre ans. La pandémie l’a poussée à reprendre du service.

Je pense que c’est un devoir civique en temps de guerre, et c’est exactement ce qu’on vit, dit-elle à travers son masque. Mais je ne suis pas aussi rapide qu’avant. Tant que je ne suis pas un boulet pour mes collègues, je vais continuer.

Un peu plus loin, dans le corridor, Dr Bellemare croise son collègue, le Dr Philippe Rico. Il raconte la solitude de ses patients qui combattent le coronavirus. Il y a quelques jours, il a dû accompagner un mourant qui n’avait pas le droit de recevoir sa famille et qui vivait ses dernières heures. Le travail de ceux que François Legault a surnommés les « anges gardiens » dépasse souvent le contexte médical.

On a traversé cette épreuve par vidéoconférence. C’est clair que c’est plus exigeant parce qu’on a l’obligation d’aider le patient qui est tout seul. On entend des choses qu’on ne devrait peut-être pas entendre et on est touché par ça.

À travers la visite virtuelle du Dr Bellemare, nous avons rencontré des individus émotifs et parfois épuisés. Mais toute l’armée du personnel soignant était fière de participer à l’effort de guerre. En bon général, il a dû faire preuve de leadership et de créativité pour combattre un ennemi qu’on apprend encore à connaître.

Les premiers jours de cette flambée pandémique, j’étais sur un comité ministériel qui planifiait les soins intensifs, dit-il, la gorge nouée. J’étais insomniaque à l’idée de ne pas être à la hauteur. Et quand je parle avec mes chums qui sont au front actuellement, ils ont la même peur. Ils ne veulent pas perdre de patients pour rien. Et à ce jour, on y arrive très bien.

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