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Artiste en résidence : Alain Beaulieu, prendre le temps

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L'écrivain de Québec Alain Beaulieu

Photo : Chantal Blouin

Anne-Josée Cameron
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Écrivain et professeur de création littéraire à l'Université Laval, Alain Beaulieu a construit, au fil des ans, une oeuvre riche et fascinante qui s'interroge sur la place de l'homme dans le monde. Rencontre avec un auteur qui observe la situation actuelle et réfléchit au temps qui nous est rendu.

1. Que faisiez-vous lorsque le confinement a été annoncé?

Pendant cette session-ci, je donne deux cours de création littéraire à l'Université Laval : un cours de premier cycle à distance en suivi individuel avec les étudiants qui travaillent sur un projet de création spécifique; un séminaire de 2e et 3e cycles sur le roman par fragments, que nous avons poursuivi à distance par Zoom.

Pour être honnête, la crise n’a pas eu beaucoup d’influence sur mon enseignement, même si j’ai constaté, pendant une semaine ou deux, une baisse d’énergie chez mes étudiants.

Je retravaille avec mon éditrice un texte intitulé Novembre avant la fin, un essai-fiction sur la création littéraire qui sera publié chez Somme toute, cet automne (si tout va bien – comme dans Ça va bien aller).

2. Vous souvenez-vous de votre état d’esprit la première semaine? Si oui, quel était-il?

Un état de petite panique en prenant conscience de la virulence du virus, avec la sensation d’entrer dans un nouveau monde impossible à appréhender.

« Je suis demeuré à l’affût de toute information relative à la Covid-19 jusqu’à ce que je me rende compte que c’était néfaste pour mon équilibre émotif. »

— Une citation de  Alain Beaulieu

Aussi ai-je commencé à me distancier de l’information en continue pour me concentrer à fond sur les travaux de mes étudiants et la révision de mon propre texte.

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Alain Beaulieu a été finaliste aux Prix littéraires du gouverneur général du Canada en 2011 pour ce magnifique roman intitulé «Le postier de Passila».

Photo : Actes Sud

3. Le confinement a-t-il un effet sur votre pratique?

Étrangement, et c’est ce que j’entends de mes collègues écrivains, le confinement nous donne du temps en plus que nous ne savons pas comment utiliser, comme si le réel prenait le pas sur la fiction de manière si tangible que toute activité créatrice devient suspecte ou anodine, ou se trouve contaminée par la crise, donc peu originale.

« Parlant de contamination, j’ai vu apparaître tout plein de situations de confinement ou de pandémie dans les travaux en cours de mes étudiants de création, et ma réaction a été de les mettre en garde et de laisser du temps à tout cela d’entrer en eux. »

— Une citation de  Alain Beaulieu, au sujet de l'effet de la crise actuelle sur ses étudiants

On écrira sur la pandémie dans cinq ans, dans dix ans, avec le recul qui nous permettra de poser un regard original sur tout cela.

4. Quel(le) film, artiste, livre, œuvre d’art ou chanson vous donne du courage quand vous en manquez? Pourquoi?

Voir les gens (pas seulement les artistes patentés) se réfugier dans l’art (composition de chansons, défi des tableaux vivants, photographies des villes désertes…) nous confirme que l’humain a besoin de répondre à ses besoins essentiels (manger, dormir, etc.), mais aussi à une forme de communion avec l’autre qui passe par l’art sous toutes ses formes.

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Quebec, ville déserte, pendant le confinement.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

5. Qui aimeriez-vous nous faire découvrir?

Je viens de visionner Le Dortoir de Carbone 14 (mis en ligne par l’Usine C), que j’avais vu live à sa création en 1988. J’ai reçu la force évocatrice de ce spectacle, et l’énergie qu’y déploient les danseurs comme une ode à la vie.

6. Qu’aurez-vous appris sur vous pendant le confinement?

Que j’ai besoin de temps pour écrire et enseigner, mais aussi de me soustraire à ce qui peut devenir trop accaparant pour que je sois au meilleur de moi-même comme écrivain et professeur.

Que je peux mourir demain (je n’y pensais pas aussi souvent avant le confinement).

Que j’angoisse à l’idée que mes proches pourraient être en danger (je n’ai jamais été très angoissé auparavant).

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Le roman «Visions de Manuel Mendoza» d'Alain Beaulieu

Photo : Radio-Canada / Tifa Bourjouane

7. Quel est votre état d’esprit après plus d’un mois?

Comme tout le monde, j’ai pris conscience d’un tas de choses que nous tenions pour acquises auparavant, le bonheur de côtoyer nos amis et nos collègues, de vivre dans une ville animée, d’assister à des spectacles, etc.

« Comme bien du monde, la tristesse de voir des vies détruites et la crainte de découvrir les conséquences de tout cela sur les plus vulnérables de notre société. »

— Une citation de  Alain Beaulieu au sujet de son état d'esprit après un mois de confinement

Comme tout le monde, une certaine lassitude.

Comme tout le monde, l’incertitude de ce dont demain sera fait.

8. Croyez-vous que la crise actuelle va avoir un effet durable sur la société?

Je suis plutôt pessimiste de ce côté, ayant tendance à croire que, si nous traversons cette crise dans les mois qui viennent, tout se remettra à rouler comme avant, avec peut-être même un élan supplémentaire vers plus de consommation en guise de compensation.

9. Quelle sera la première chose que vous ferez au sortir du confinement?

Un repas bien arrosé avec les proches et les amis.

La série Artiste en résidence

Douze artistes de Québec ont accepté de répondre à nos questions concernant la vie en confinement. Chacun à sa façon témoigne de sa réalité et suggère au passage quelques coups de coeur culturels. Nous publierons deux témoignages par semaine, le mercredi et le samedi. C'est à ne pas manquer!

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