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COVID-19: les réseaux sociaux luttent contre la désinformation, mais est-ce suffisant?

Des spécialistes disent que Facebook, Twitter et YouTube peuvent en faire davantage.

Les icones des applications YouTube, Facebook et Twitter sur l'écran d'un téléphone mobile.

YouTube, Facebook et Twitter redoublent les efforts pour lutter contre la désinformation en cette pandémie de COVID-19.

Photo : iStock

CBC News

Les plateformes de médias sociaux ont pris des mesures sans précédent pour lutter contre la désinformation en raison de la COVID-19, mais des observateurs et observatrices croient qu’il y a encore place à l’amélioration.

Facebook, Twitter et Google (propriétaire de YouTube) ont fait des efforts considérables pour identifier les contenus véhiculant des informations incorrectes, retirant les plus dommageables et accolant des mises en garde menant vers des sources fiables comme l’Agence de la santé publique du Canada (ASP).

Jeudi dernier, Facebook a dit avoir identifié 40 millions de publications trompeuses en lien avec la COVID-19 en mars, et que dans 95 % des cas, les utilisateurs et utilisatrices n’avaient pas consulté ces contenus. Tout internaute ayant interagi avec une publication sur le coronavirus étiquetée comme dangereuse recevra d’ailleurs désormais un message dans son fil d'actualité.

Twitter dit pour sa part avoir retiré plus de 2000 tweets portant sur la COVID-19. Le réseau social a également sévi contre 2,8 millions de comptes avant partagé des fausses informations, soit en limitant l’audience de leurs publications, en exigeant qu’ils retirent des publications, ou en accolant une mise en garde sur leurs tweets qui ont brisé des règles mais dont l’existence était d'intérêt public.

Selon des gens qui passent beaucoup de temps à surveiller la propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux, ces mesures restent insuffisantes.

Le problème statistique ici est insurmontable. Facebook est fondamentalement trop large pour qu’il puisse surveiller ce genre de chose, dit Robert Evans, journaliste au site d’enquête Bellingcat.

En tant que personne qui passe beaucoup de son temps libre à étudier les manières dont se propage la désinformation sur des plateformes comme Facebook, je vois mal comment on peut l’arrêter sans fermer des parties importantes du site.

Robert Evans, journaliste au site d’enquête Bellingcat

Je trouve que c’est décevant de voir que les réseaux sociaux n’en font pas assez en ce moment pour lutter contre la désinformation. Certains d’entre eux s’en tirent mieux que d’autres, mais il y en a certains qui sont vraiment en train de l’échapper, analyse la stratège numérique winnipegoise Susie Erjavec Parker.

Elle cite en exemple l’absence d’un bouton pour que les utilisateurs et utilisatrices Twitter puissent signaler de fausses informations.

Cristina Tardáguila, la directrice adjointe International Fact-Checking Network (Réseau international de vérificateurs de faits), dit que les plateformes agissent plus rapidement et de manière plus efficace depuis le début de la pandémie. Elle les félicite aussi de faire preuve d’une plus grande ouverture vers les vérificateurs et vérificatrices de faits, soulignant que Facebook a donné 1 million de dollars à des 13 organismes comme le sien au début avril.

Je dirais que Twitter a du travail à faire. Twitter efface les tweets qui peuvent causer des dommages, mais il faut aussi qu’il fasse la promotion de bon contenu. Ce n’est pas seulement une question de supprimer [les faussetés], mais aussi de mettre en valeur le travail des personnes qui font de la vérification de faits, estime Cristina Tardáguila.

Le logo de Twitter sur un écran de téléphone cellulaire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Twitter a encore «du travail à faire» pour lutter contre la désinformation liée à la COVID-19, croit Cristina Tardáguila, la directrice adjointe International Fact-Checking Network.

Photo : afp via getty images / ALASTAIR PIKE

Concilier faits et liberté d’expression

La responsable de la politique publique de Twitter Canada, Michelle Austin, dit qu’il est critique que les Canadiens et Canadiennes puissent avoir accès à de l’information fiable et à jour sur la COVID-19.

Mme Austin rappelle que, dès janvier, une boîte d’information sur le nouveau coronavirus apparaissait dès qu’un internaute effectuait une recherche sur le réseau social. Celle-ci était conçue en collaboration avec l’Agence de la santé publique du Canada (ASP).

Mais la responsable de la politique publique de Twitter Canada soutient qu’il est important pour son entreprise de faire preuve d’une extrême vigilance lorsqu’il est question de retirer de fausses informations.

Nous reconnaissons que les gens peuvent faire des erreurs. Nous mettrons un avertissement sur leur compte, nous freinerons la circulation du tweet et nous leur demanderons de le retirer. La plupart du temps, les gens n’essaient pas de partager [sciemment] de fausses informations.

Michelle Austin dit que Twitter est soucieux de ne pas dépasser les limites.

Nous tentons certainement de trouver le délicat équilibre entre la liberté d’expression, le droit à la dissidence lorsqu’il est question d’une idée, et nous faisons attention à ne pas nous positionner en tant qu’arbitres de la vérité, dit-elle. Mais nous avons une liste compréhensive de règlements à suivre et des mesures que nous mettons en place tous les jours en lien avec la COVID-19.

Nous faisons attention à ne pas nous positionner en tant qu’arbitres de la vérité

Michelle Austn, responsable de la politique publique de Twitter Canada

Le responsable de la politique publique de Facebook Canada, Kevin Chan, croit aussi que cet équilibre est difficile à trouver pour son entreprise, qui est également propriétaire d’Instagram et de WhatsApp.

Accorder aux gens autant de liberté d’expression que possible est très important, soutient-il.

Certains discours sont toutefois inadmissibles

Nous retirons immédiatement la désinformation qui pourrait potentiellement causer des dommages dans la vraie vie.

M. Chan ajoute que les équipes de modération de Facebook travaillant du bureau ont été réduites dans une optique de distanciation sociale. Cela peut avoir pour effet de ralentir le processus de vérification de signalements du réseau social.

Le responsable de la politique publique de Facebook Canada, Kevin Chan, parle avec quelqu'un.

Le responsable de la politique publique de Facebook Canada, Kevin Chan, souligne que les équipes de modération de Facebook travaillant du bureau ont été réduites dans une optique de distanciation sociale. Cela peut avoir pour effet de ralentir le processus de vérification de signalements du réseau social.

Photo : Reuters / Chris Wattle

YouTube a pour sa part restreint le bassin de publicités pouvant apparaître sur les contenus liés à la COVID-19, donnant de l’espace publicitaire gratuit aux agences de santé publique, en plus de montrer d’abord des vidéos de sources fiables dans les résultats de recherche. Les chaînes propageant de la désinformation se sont également vues retirer leurs revenus publicitaires.

Nous sommes engagés à fournir des informations fiables aux Canadiens et Canadiennes en cette période critique et nous nous assurons que du contenu de qualité de sources comme l’Agence de la santé publique du Canada soit facilement accessible sur Google, dit le responsable de la politique publique et des relations gouvernementales de Google Canada, Colin McKay.

La famille et les amis comme source d’information

Le journaliste Robert Evans critique l’une des principales manières dont les réseaux sociaux prétendent s’attaquer aux fausses informations.

[Ajouter une bannière] n’est pas une manière de réduire la désinformation. C’est simplement ajouter une publicité sur la désinformation. Et cette publicité sera ignorée par les gens qui croient que [la pandémie] est un canular.

Le défi est encore plus important pour Facebook, selon Robert Evans.

Facebook est fondamentalement centré sur le contenu que vous présentent vos amis et votre famille. Les gens ont davantage confiance en leur amis et leur famille que les médias ou le gouvernement.

Le journaliste croit donc que la désinformation est particulièrement dangereuse sur Facebook parce qu’elle est plus personnelle.

Elle est plus envahissante, elle reste dans la tête des gens, croit-il.

Selon les informations d'Andrea Bellemare et Jason Ho.

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