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Économie et environnement : faire d’une pierre deux coups en sortant de la crise sanitaire, préconisent des organismes

Vue aérienne des rues Welllington et Elgin. Au centre de la photo, la tombe du Soldat inconnu.

Les rues d'Ottawa sont désertées depuis le début de la crise de la COVID-19.

Photo : Avec la gracieuseté de Peter Warren

Sur le plan environnemental, la crise sanitaire de la COVID-19 pourrait avoir des effets positifs et négatifs, selon divers organismes du Québec et de l’Outaouais. Il est donc important de penser dès maintenant à la façon dont les citoyens et les gouvernements prendront soin de la planète lorsque reprendront toutes les activités économiques, croient-ils.

À Enviro-Éduc Action, à Gatineau, les activités de sensibilisation à la protection de l’environnement, qui se faisaient généralement en groupes, sont suspendues. L’organisme a dû mettre deux employés à pied et réduire les heures de travail du reste de l’équipe.

Malgré tout, sa directrice générale, Geneviève Carrier, estime que des changements bénéfiques se poursuivent d’une autre manière.

Comme ils sont à la maison, les gens ont moins d’occasions de dépenses et, avec le contexte financier plus serré, les gens consomment moins. Ça fait qu’ils ont moins de déchets pendant la période de confinement, observe Mme Carrier notamment en se basant sur les sondages que son organisme effectue en ligne.

Il y a moins de gaspillage alimentaire, car ils peuvent cuisiner tous les petits bouts d’aliments qui restent. Ils essaient des recettes végés, parce qu’ils ont le temps et que ça coûte moins cher, ajoute Mme Carrier.

Benoît Delage, directeur général du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais, a aussi l’impression que la crise mène à des prises de conscience.

Les gens réclament un nouveau modèle de société.

Une citation de :Benoît Delage, directeur général du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais

Beaucoup de gens se posent des questions et souhaitent autre chose qu’une course effrénée à la consommation, juge-t-il.

En témoigne notamment l’engouement pour les produits locaux dans un objectif d’autonomie alimentaire. Il croit aussi que les entreprises et même le gouvernement fédéral intégreront davantage de pratiques de télétravail à l’avenir. Ce sont là des mesures qui font diminuer les déplacements et, par le fait même, la pollution de l’air.

Des écueils à éviter

Mme Carrier souligne toutefois que certaines pratiques actuelles sont négatives pour l’environnement. Par exemple, les achats en vrac ne sont plus possibles et certaines épiceries refusent même désormais l’utilisation de sacs réutilisables.

Geneviève Carrier répond aux questions d'un journaliste.

Geneviève Carrier, directrice générale, Enviro Éduc-Action

Photo : Radio-Canada

On craint que les gens ne voudront pas reprendre leurs habitudes de transport en commun avant longtemps. Ils vont possiblement se sentir plus en sécurité individuellement dans leurs voitures, soutient Mme Carrier.

Les autorités municipales et la Société de transport de l’Outaouais (STO) doivent être en train de plancher sur un plan de communication qui va de pair avec un plan sanitaire vraiment béton, pour que le message passe auprès de la population, que les autobus sont sains et que ça vaut la peine.

Une citation de :Geneviève Carrier, directrice générale Enviro-Éduc Action

Il faudrait donc revenir aux bonnes habitudes du passé et conserver celles acquises durant la crise.

Tout le monde se met à vouloir cultiver des jardins, c’est magnifique. Certains vont avoir des échecs, parce que ce n’est pas toujours facile de jardiner, les premières années. J’encourage les gens à être persévérants et à le voir comme un entraînement à long terme, indique pour sa part Patrick Gravel, de la Coopérative de solidarité des forêts et des gens, dans la MRC de Papineau.

Pour M. Gravel, la pause d’activités humaines dont bénéficient actuellement les animaux sauvages doit se poursuivre par la protection de la riche biodiversité de l’Outaouais. Pour ce faire, il y a la création d’aires protégées. Il y a aussi le développement de petites fermes biologiques dans les territoires fertiles comme la vallée de l’Outaouais, parmi les plus riches au Québec.

On cultive un maximum sur une petite surface avec beaucoup de diversité, pour éviter d’utiliser des produits chimiques. Ça a un effet favorable à la biodiversité, pour les oiseaux, pour les écosystèmes aquatiques à côté, explique-t-il.

Mais pour que ce type d’exploitation agricole se multiplie à la place de fermes industrielles, des changements politiques provinciaux sont nécessaires, note M. Gravel.

Un plan de relance vert

M. Gravel est loin d’être le seul à réclamer des actions du gouvernement pour l’après-crise sanitaire.

Le 15 avril, une quinzaine d’organismes et de professeurs d’université des secteurs économiques, syndicaux, sociaux et environnementaux ont rendu public leur appel au premier ministre du Québec à faire notamment une place de choix à l’environnement dans son futur plan de relance économique.

Quand on va parler de l’après-crise et qu’on va vouloir lancer des chantiers d’infrastructures, ça devrait être des chantiers d’infrastructures de transport collectif plutôt que d’infrastructures routières. De la même façon, il faudrait délaisser les investissements dans les secteurs pétroliers et investir dans le secteur de l’énergie renouvelable, réclame Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre, l’une des signataires du document présentant de potentielles mesures vertes pour le plan de relance économique.

Le soutien aux producteurs alimentaires québécois y a également une grande importance.

Plusieurs s’inquiètent par ailleurs que le ministre de l’Environnement soit absent du comité d’élus devant plancher dès maintenant sur un plan de relance économique formé par François Legault, qui compte les ministres des Finances, de l’Économie, du Travail et du Conseil du Trésor.

Greenpeace Canada interpelle aussi le gouvernement fédéral, en plus des gouvernements provinciaux.

On veut s’assurer que les plans de relance ne poursuivent pas seulement un but de croissance économique à tout prix, mais qu’il y ait là-dedans des objectifs sociaux, de justice, de protection de l’environnement. Est-ce qu’on continue un système qui nous amenait dans le mur du point de vue des changements climatiques, de la biodiversité et des inégalités sociales? Ou est-ce qu’on profite des injections massives d’argent des gouvernements pour faire des changements profonds et faire d’une pierre plusieurs coups, demande Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat et Énergie de Greenpeace Canada, qui préconise, bien entendu, la deuxième option.

Les intervenants précédemment cités dans ce texte s’entendent pour dire que les messages véhiculés par les gouvernements maintenant et au moment de la reprise des activités économiques auront un impact sur les comportements des citoyens et des entreprises en matière d’écoresponsabilité.

C’est clair que le gouvernement a un auditoire captif et peut profiter de cette occasion pour passer certains messages, souligne Mme Thorpe.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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