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D'ex-infirmières exaspérées par l'attente avant de rejoindre le réseau

Une infirmière vêtue d'équipement de protection personnelle

Une infirmière vêtue d'équipement de protection personnelle

Photo : CBC/Evan Mitsui

Des infirmières à la retraite avec de l’expérience dans le traitement des épidémies tentent de répondre aux appels à l’aide du premier ministre François Legault, mais elles disent se heurter depuis des semaines à la lenteur de la bureaucratie dans le système de santé québécois.

Possédant une quarantaine d’années d’expérience comme infirmière, dont un séjour au Sierra Leone avec Médecins sans frontières (MSF) pour lutter contre l’épidémie d’Ebola, Lucie Barré n’a pas hésité lorsque le gouvernement québécois a lancé la campagne Je contribue pour soutenir le réseau de la santé et des services sociaux en cette période de pandémie de la COVID-19.

Dès le 16 mars, je suis allée sur Internet et j’ai tout de suite rempli le formulaire. Je voulais participer le plus vite possible, raconte la résidente de Québec. Deux jours plus tard, on l’a contacté pour l’informer que son dossier était envoyé au CIUSSS de la Capitale-Nationale et qu’elle serait appelée en cas de besoin. Puis, plus rien.

Il y a une semaine, voyant que les appels à l’aide pour davantage d’employés qualifiés dans le réseau ne cessaient pas, Lucie Barré a elle-même appelé au CIUSSS. On n’avait jamais reçu son dossier, lui a-t-on dit. Avait-il été perdu dans les dédales de la bureaucratie? Ou encore avait-elle été mise de côté en raison de son âge ou parce qu’elle était à la retraite depuis trop longtemps?

Mme Barré se le demande encore, mais elle se dit que si l’aide de la Dre Joanne Liu, ex-présidente de Médecins sans frontières, a pu être refusée, c’est peut-être aussi son cas. Or, le réseau de la Santé québécois aurait tout intérêt à profiter de l’expertise des anciens de MSF avec les situations d’urgence, estime-t-elle.

Prête à travailler bénévolement… si on lui permet

C’est pourquoi elle a recommencé la procédure directement avec le CIUSSS.

Comme je suis retraitée depuis plus de cinq ans, ils m’ont dit que ce serait un peu plus difficile d’avoir mon permis de l’ordre. Pas de problème, moi, je vais travailler comme préposée. Tout ce que je veux, c’est aider les gens qui sont mal pris. Je suis prête à travailler à l’hôpital, au CLSC, au 811, dans les CHSLD. À temps partiel, de jour ou de soir.

Alors que le premier ministre demande aux médecins spécialistes de venir aider dans les CHSLD sous prétexte qu’ils savent comment enfiler un habit de protection, Lucie Barré, qui a été sur le terrain en Afrique durant l’épidémie d’Ebola, a dû passer une entrevue à savoir si elle était apte à être préposée aux bénéficiaires, souligne-t-elle. Elle a de nouveau rempli des formulaires et les a envoyés. On l’a rappelé le lendemain pour des précisions.

Comme le processus d’embauche semblait s’étirer, elle a proposé de travailler bénévolement pour simplifier les choses. La personne avec qui elle s’entretenait lui a dit qu’elle devait vérifier avec un supérieur si cela était possible. Mme Barré espère un retour lundi. Cela fait plus d’un mois qu’elle a offert ses services.

On attend désespérément pour aller aider. On est l’armée de l’ombre, les mains attachées, et on attend alors que nos anciennes collègues se démerdent tous les jours.

Cas similaire en Estrie

Lise Lussier est elle aussi infirmière à la retraite avec une spécialisation en prévention des infections. À sa dernière année de pratique, en 2016, elle était à la Clinique des réfugiés, à Sherbrooke. Pour traiter la vague de réfugiés syriens, des infirmières étaient, à l’époque, sorties de la retraite pour les aider.

Si elles n’étaient pas venues, on ne serait pas passé au travers. J’avais envie de rendre la pareille par solidarité, explique Mme Lussier. C’est pourquoi, fin mars, elle a envoyé son C.V. à des contacts qu’elle avait toujours au CIUSSS de l’Estrie. Le temps que le C.V. se retrouve entre les bonnes mains, de passer une entrevue, d’échanger des documents avec les ressources humaines et de renouveler son permis de pratique, on était le 3 avril.

Le lundi 6 avril, ils avaient vraiment tout ce qu’il fallait et je m’attendais à recevoir un appel.

Un réseau inflexible

Le téléphone n’a sonné que 10 jours plus tard. On l’a finalement assigné à une équipe de prévention des infections, mais elle doit d’abord passer une formation de trois heures avec les ressources humaines, vendredi prochain.

De ce que j’ai compris, c’est des consignes pour le stationnement, prendre une photo, faire une carte d’accès. Je trouve ça d’une longueur incroyable. On se démotive. C’est plutôt frustrant d’entendre les points de presse, de vouloir participer à l’effort collectif et de se sentir aussi impuissante assise chez soi.

Elle a travaillé suffisamment longtemps dans le réseau pour comprendre que le problème n’est pas les employés des ressources humaines qui appliquent les procédures demandées. Son constat est le suivant : Même en période de crise, le réseau de la santé n’est pas capable d’avoir une structure différente de celle qu’il a habituellement, c’est-à-dire une rigidité excessive.

Avec les informations de Sébastien Tanguay

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