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Les femmes violentées en mode « survie » durant le confinement

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Une femme assise la tête entre les bras et l'ombre d'un poing fermé sur le mur au-dessus d'elle.

Le reportage de Marie-Pier Mercier

Photo : iStock

La pandémie de coronavirus représente un obstacle supplémentaire pour les femmes qui souhaitent échapper à un conjoint violent. Les maisons d’hébergement qui leur viennent en aide tiennent à les assurer qu’elles sont prêtes à les accueillir en tout temps, et ce, malgré les difficultés liées à la crise sanitaire.

Les mesures de confinement ont eu pour effet d’isoler davantage les femmes victimes de violence conjugale. « Prisionnières » de leur résidence, il leur est encore plus difficile qu’en temps normal d’échapper à la vigilance de leur conjoint pour appeler à l’aide.

Si elle va dans l'auto pour nous appeler, elle va dire à son conjoint : "Bien, je vais à l'épicerie." Elle se dépêche de nous appeler, mais elle ne peut pas non plus s'en venir à l'hébergement parce que les enfants sont à la maison, les papiers importants, les vêtements et tout ça, donc elles sont confinées là, rapporte Sylvie Bernatchez, directrice de La Jonction pour elle.

L’organisme de Lévis accueille des femmes violentées ainsi que leurs enfants. Au cours des dernières semaines, Mme Bernatchez a observé une baisse significative des demandes d’aide.

Sylvie Bernatchez accorde une entrevue à Radio-Canada via Facetime.

La directrice de l'organisme La Jonction pour elle, Sylvie Bernatchez

Photo : Radio-Canada

En date du 16 avril, La Jonction pour elle avait reçu 40 appels, comparativement à 170 pour l’ensemble du mois de mars.

Les femmes sont confinées avec leur conjoint, elles sont en survie, donc, elles vont développer des stratégies pour pouvoir nous contacter, mais elles ne peuvent pas sortir de chez elles quand même.

Sylvie Bernatchez, directrice de l'organisme La Jonction pour elle

Réduire les risques de contagion

La directrice explique que les femmes craignent d’exposer leurs enfants et elles-mêmes à la COVID-19 en se rendant dans une maison d’hébergement. Sylvie Bernatchez affirme que tout est mis en place pour minimiser les risques de contagion.

Des mesures ont été implantées pour tester les femmes à la COVID-19. Celles qui contractent la maladie sont prises en charge par la santé publique pour assurer leur sécurité en attendant qu’elles puissent être accueillies dans une ressource d’hébergement.

De plus, des lieux d’hébergement alternatifs ont été trouvés avec le concours du CISSS de Chaudière-Appalaches et des organismes partenaires.

La COVID-19 dans la grande région de Québec

Selon la directrice de la Maison du cœur, un organisme de Québec qui vient en aide aux femmes violentées, les risques associés à la crise sanitaire ne devraient pas empêcher une femme d’endurer plus longtemps un conjoint violent.

Il ne faut pas rester dans les milieux de violence, même si on est en cas de COVID. Vous êtes mieux de venir chez nous, dans nos maisons, que de rester dans la vôtre, insiste Édith Mercier.

Édith Mercier accorde une entrevue à Radio-Canada via Facetime.

La directrice de la Maison du coeur, Édith Mercier

Photo : Radio-Canada

Elle s’attend à ce que les demandes d’aide affluent au fur et à mesure que le gouvernement desserrera les mesures de confinement.

Si elle admet que la situation la préoccupe, Édith Mercier assure que son organisme continuera d’être prêt à faire face à la demande.

Il faut que les femmes nous appellent. Appelez-nous, on a de la place, on va vous en trouver de la place [...] Il faut vraiment que les femmes dénoncent encore et qu'elles viennent.

Édith Mercier, directrice de la La Maison du cœur

Conditions propices à la violence

Selon l’auteure, comédienne et conférencière Ingrid Falaise, qui a vécu sous l’emprise d’un conjoint violent durant de nombreuses années, le confinement et les inquiétudes liées à la pandémie peuvent favoriser la violence.

[Avec] le stress, la perte d'emploi [et] le stress monétaire, le confinement fait en sorte que la violence peut éclater de façon fulgurante, raconte-t-elle.

L’auteure du récit autobiographique Le Monstre croit que les femmes qui étaient déjà en détresse avant le confinement le sont davantage.

Ingrid Falaise en entrevue dans un studio de radio

Ingrid Falaise

Photo : Radio-Canada

À l’instar des directrices de maisons d’hébergement, Ingrid Falaise mentionne qu’il est plus difficile pour les victimes de violence conjugale d’obtenir de l’aide depuis le début de la pandémie.

Si ça m'était arrivé dans le temps, il y a 20 ans, d'être confinée avec mon monstre, je pense que je serais décédée en fait, confie-t-elle.

La violence conjugale n’est pas « sur pause »

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui dit suivre la situation de près, a lui aussi constaté une baisse du nombre de demandes d’hébergement par des femmes violentées depuis le début de la pandémie. Une diminution qu’il juge préoccupante. 

Bien que le Québec soit en grande partie "sur pause ", la violence conjugale, elle, ne l’est pas. Au contraire, nos informations laissent sous-entendre une augmentation du nombre d’appels auprès de la ressource SOS Violence-Conjugale, de même que des interventions policières en matière de violence conjugale, indique le porte-parole Mathieu Boivin.

Le CIUSSS a créé une cellule de crise le 20 mars dernier pour suivre l’évolution de l’offre et des besoins en contexte de pandémie. L’organisme travaille étroitement avec les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale situées sur son territoire.

Il effectue entre autres un suivi régulier auprès de ces centres pour s’informer de leur taux d’occupation, le nombre de demandes d’hébergement qu’ils ont reçues, les référencements vers d’autres ressources, etc.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale recense également les préoccupations et les besoins des maisons d’hébergement en plus de veiller à ce que les femmes violentées ayant contracté la COVID-19 aient accès à des lits de convalescence.

Avec les informations de Pascale Lacombe et de Marie-Pier Mercier

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