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Quand les gazouillis de nos « anges gardiens » attirent tous les regards

Un faux compte Twitter d'une professionnelle de la santé

Plusieurs professionnels de la santé utilisent Twitter pour partager des renseignements sur leur travail, mais aussi pour partager des histoires touchantes.

Photo : Radio-Canada/iStock

À travers la multitude d'informations partagées sur les réseaux sociaux durant la pandémie se retrouvent les messages de ces médecins, infirmières et scientifiques. Sur Twitter, ils deviennent des sources d'information crédibles sur qui compter.

Le 27 mars, un urgentologue américain a lancé une série de gazouillis qui lui ont valu 174 000 mentions J’aime. Le Dr David Zodda venait de procéder à l'intubation d'un de ses collègues, un jeune urgentologue, comme lui. Aucune mention de la COVID-19, tout le monde comprenait.

Ce jour-là, les États-Unis venaient de compiler un nouveau triste record avec plus de 85 000 cas confirmés et 1300 morts.

Dr Zodda a ensuite expliqué ce qu’il a appris de l’expérience, il a partagé ses conseils. Des milliers de personnes lui ont répondu.

Il est écrit : j'ai intubé mon premier collègue aujourd'hui, un jeune urgentologue comme moi, voici ce que j'ai appris.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le message de l'urgentologue aux États-Unis. Il souhaite démontrer ce qu'il a appris, malgré la difficulté de la situation.

Photo : Twitter

Il était trop tard pour alerter le Canada qui vivait, lui aussi, des moments de grande incertitude face à la pandémie mondiale. Mais son message démontrait que tout le monde était à l'écoute.

Un spécialiste en soins intensifs au CHUM, Michaël Chassé, se souvient encore lorsque des collègues et lui ont été intrigués par une publication similaire à celle du Dr Zodda sur Twitter.

À la mi-février, on a vu des rapports de spécialistes en Italie et on a contacté des gens en Europe, raconte-t-il. Et c’est là qu’ils nous ont confirmé que quelque chose se passe avec le nouveau coronavirus, qu’il fallait se préparer.

Simon-Pierre Landry, médecin à l'urgence de Sainte-Agathe-des-Monts et médecin de famille à Mont-Tremblant, est actif sur Twitter depuis 2011. Lui aussi a été alerté en partie grâce à ce réseau social.

Le Dr Simon-Pierre Landry a cofondé la Clinique médicale du Grand Tremblant en 2016.

Le Dr Simon-Pierre Landry en janvier 2020

Photo : Radio-Canada

Ça m’a informé en premier de l'ampleur de ce qui se passait en Italie, parce que l'on pouvait y retrouver des entrevues en anglais de médecins italiens décrivant la maladie et le débordement des hôpitaux, écrit-il. Il se souvient même avoir fait une chronique dans un média local le 8 janvier durant laquelle il parlait d’un nouveau coronavirus à surveiller en 2020.

On connaît la suite

La pandémie éclate officiellement vers le 13 mars au Québec. Les écoles et les garderies seront fermées, les commerces s'ajouteront ensuite.

C’est à ce moment que le Dr Chassé, qui est aussi professeur et chercheur, décide d’être plus actif sur le réseau social.

Je voulais partager des informations plus rapidement et je sentais le besoin de rejoindre la population, souligne-t-il. Twitter, c’est beaucoup plus rapide que les canaux traditionnels, les revues scientifiques, où ça peut prendre des mois avant d’être publié.

Le compte Twitter de Michaël Chassé

Michaël Chassé est spécialiste en soins intensifs au CHUM. Il a rejoint Twitter il y a quelques années, mais a commencé à publier que très récemment.

Photo :  Capture d’écran - Twitter

Philippe Dubois, chercheur étudiant au groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval, comprend tout à fait ce besoin.

Les médecins viennent avec deux rôles sur les réseaux sociaux, dit-il. Ils sortent du lot parce qu’ils sont experts, mais ils vivent aussi cette pandémie au quotidien.

Ils sont doublement intéressants parce qu’ils peuvent comprendre et expliquer le phénomène, mais aussi le documenter.

Philippe Dubois

M. Dubois remarque que même si 12 % seulement des Québécois sont sur Twitter - d’après des données de 2018 du CEFRIO - l’ensemble de la population peut voir les messages des professionnels de la santé puisqu’ils sont souvent relayés par les médias traditionnels.

Avec la COVID-19, les choses vont tellement vite d'un point de vue scientifique et organisationnel, que Twitter devient un incontournable pour suivre l'évolution de la pandémie et rester au fait des dernières connaissances scientifiques sur le sujet, ajoute le Dr Simon-Pierre Landry.

Toujours dans le respect de la confidentialité

Tout le monde a entendu le Dr Horacio Arruda lors des points de presse quotidien du gouvernement : je ne donne pas de détails sur les cas pour préserver l’anonymat des personnes atteintes, répond-il souvent.

C’est aussi l’enjeu pour les médecins sur Twitter. Claudel Pétrin-Desrosiers, médecin résidente en médecine familiale à l’Université de Montréal, en est bien consciente.

Il faut absolument préserver l’anonymat des patients, éviter qu’ils soient retraçables, mentionne-t-elle. Si je veux partager un cas que je crois important, pour aider les autres, je dois absolument être certaine qu’on ne reconnaisse pas la personne.

Elle souhaite aussi être bien claire : si elle émet une vision, une opinion, elle ne représente pas tous ses collègues. Ce sont mes valeurs, mes idées, je ne suis pas la porte-parole.

La médecin résidente utilise le réseau social depuis 2011 environ. Elle y voit un outil pour entrer en contact avec des politiciens, des journalistes, des figures importantes de la santé sur le plan mondial.

Philippe Dubois de l’Université Laval comprend l’attrait des médecins pour Twitter. Il souligne qu’en temps de pandémie, leurs messages seront doublement écoutés.

Parfois, en envoyant un tweet, on pense qu’il aura une durée de quelques secondes, mais finalement, si c’est un médecin qui est la source de ce qui se passe sur le terrain, l’attention de la population sera d’autant plus au rendez-vous.

Pour développer la recherche

Yann Becker est étudiant au doctorat à l'Université Laval dans le programme de médecine moléculaire. Il suit l’actualité sur Twitter depuis un an environ.

Il s’en sert comme réseau de soutien et de partage d’informations.

J’ai découvert toute une nouvelle communauté, une communauté professionnelle, mais qui permet aussi des échanges personnels. C’est plus que de juste croiser quelqu’un dans un congrès, on peut rester en contact et suivre les travaux des autres, observe-t-il.

Il participe d'ailleurs au tout premier séminaire en ligne d’étudiants sur l’arthrite et les recherches cliniques et fondamentales. La série fait aussi des liens avec la COVID-19, notamment en recevant des chercheurs comme Gary Kobinger qui tente de développer un vaccin.

Pour Yann Becker, Twitter est un bon tremplin professionnel.

Mais, il vient aussi avec ses côtés obscurs. Le Dr Michaël Chassé en sait quelque chose.

Récemment, je n’ai que partagé des statistiques françaises, parce que je trouvais le tout pertinent, mais j’ai ensuite reçu des messages en privé qui étaient totalement injurieux, des histoires de conspiration, c’était déstabilisant, confie-t-il.

Même si le réseau social lui apporte beaucoup. Il ne sait pas encore s’il continuera à y contribuer.

J’ai été un peu échaudé, je ne suis pas habitué, précise-t-il, avec malgré tout, un peu d'espoir dans la voix.

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