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Nombre de morts : pourquoi les statistiques du Québec font-elles mauvaise figure?

Dr Horacio Arruda gesticule pour imiter la progression d'une courbe.

Le Québec devait atteindre le sommet de l’épidémie de coronavirus autour du 18 avril, selon les autorités de santé publique.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Quand on se compare, on se console, dit l'adage. Rien de moins vrai pour le Québec ces jours-ci, alors que le nombre de morts par million d'habitants dans la province se compare à celui de certains des pays les plus durement touchés par la COVID-19. Comment se fait-il que le gouvernement et la santé publique affirment que la situation est « sous contrôle »? Explications.

Présentement au Québec, on compte 80 personnes décédées des suites de la COVID-19 par million d'habitants. C'est un nombre bien au-dessus de celui qui prévaut à l'échelle nationale, où l'on dénombre 35 décès par million d'habitants.

Le Québec ne fait pas meilleure figure par rapport aux autres provinces les plus touchées par la COVID-19, soit l'Ontario (36), l'Alberta (11) et la Colombie-Britannique (15).

Et si l'on compare le Québec à d'autres pays, la province se classe au 16e rang, tout juste derrière les États-Unis, dont certains États sont durement touchés par la crise, qui cumulent 113 morts par million d'habitants.

À titre d'exemple, en Corée du Sud, l'un des pays cités pour sa gestion efficace de la crise, on calcule présentement un taux de 4 décès par million d'habitants.

Un graphique compare les statistiques de différents pays.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le nombre de morts par million d'habitants du Québec se compare avec celui des États-Unis, considéré comme l'un des pays les plus durement touchés par la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Une courbe déformée par les CHSLD

Vendredi, en conférence de presse, François Legault a parlé d'une situation pas mal sous contrôle au Québec et le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, a affirmé que la courbe avait bel et bien été aplatie dans la province.

Selon ce dernier, le nombre de morts par million d'habitants est peu représentatif de la situation dans la communauté au Québec, et ce, en raison de ce qu'il qualifie de sous-épidémie dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Si on exclut les CHSLD, on a une courbe qu’on a aplatie, a assuré Dr Arruda.

C’est comme deux courbes, et quand on mélange les deux, ça donne l’impression que le Québec meurt beaucoup plus.

Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique du Québec

Quand on se compare aux autres pays, on est dans la bonne voie, a-t-il soutenu, mais on a un phénomène marqué dans les CHSLD. [...] Le drame des CHSLD, c’est une épidémie particulière.

C’est cette concentration de personnes vulnérables à un endroit qui a créé une sous-épidémie, mais dans la communauté, est-ce que vous avez vu beaucoup de gens être hospitalisés?

Selon lui, le virus ne s'est pas transmis dans la communauté [...] on ne l'a pas laissé circuler de façon extensive.

Le directeur de la santé publique a aussi évoqué les différences dans la comptabilisation des statistiques dans le monde pour expliquer les piètres résultats du Québec en comparaison avec certaines nations.

Tous les pays ne déclarent pas les décès de la même façon, a-t-il dit. Il y a plein de décès en Italie qui n’ont pas été déclarés, qui n’ont pas été testés et pour lesquels le coroner n’est pas venu faire des tests. C’est un élément que je trouve important.

Contrairement au Québec, de nombreux pays ne comptabilisent pas les décès qui surviennent à l'extérieur des hôpitaux; les victimes qui meurent dans des foyers pour aînés ou à la maison ne font donc pas partie des statistiques officielles. À la fin mars, c'était le cas de la France, par exemple.

C'est aussi pour cette raison que la Chine a revu son bilan à la hausse vendredi, incluant certains de ces décès survenus en dehors des hôpitaux.

Ouvrir progressivement

Devant des statistiques dont ils jugent qu'elles traduisent une situation contrôlée, François Legault et Horacio Arruda n'ont pas hésité vendredi à aborder la question d'un déconfinement graduel.

C’est comme si je vous disais : ça va bien quelque part, mais il y a des feux de forêt spécifiques associés aux CHSLD, là où on concentre des personnes très malades. Mais le feu de forêt est en train de s’éteindre dans la communauté. C’est pour ça qu’on va être éventuellement en mesure de rouvrir progressivement, a illustré le Dr Arruda.

Ce qu’il faut faire, c’est de régler le problème des CHSLD. Ensuite, la courbe qui est aplatie, il faut s’organiser pour qu’elle reste basse.

Le premier ministre a pour sa part affirmé qu'il avait pas mal hâte d’avoir le OK du Dr Arruda pour rouvrir les entreprises où les personnes sont capables de se tenir à deux mètres.

Si on exclut les CHSLD, il reste une situation difficile dans le Grand Montréal. J’inclus Laval, j’inclus le 450. Il y a peut-être une situation moyenne en Mauricie et en Estrie. Mais dans tout le reste du Québec, la situation est pas mal sous contrôle, a dit François Legault.

On est en train de regarder pour rouvrir ces régions-là, d’une façon intelligente et graduelle, a-t-il annoncé. Mais comme je l’ai dit, on commence par les entreprises, donc il n’est pas question à court terme, dans ces régions-là, de rouvrir les écoles.

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