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Analyse

En pleine crise, pas facile de s’imposer quand on est un parti d’opposition

La ligne peut être fine entre parlementarisme et partisanerie.

Andrew Scheer parle devant trois drapeaux du Canada.

Andrew Scheer a annoncé en décembre qu'il quitterait la direction du Parti conservateur quand son successeur aura été choisi, mais reste chef du parti d'ici là.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le ton était un peu découragé, par moments, à la limite de l’exaspération. Personne ne parle de nous, me lance le député conservateur que j’ai au bout du fil. Des propositions, [...] on en a fait. Je n’ai jamais vu un journaliste tweeter [sur] les mesures qu’on a proposées, dit-il.

En temps de crise, la voix des partis d’opposition est considérablement affaiblie. Depuis le 13 mars, les travaux de la Chambre des communes sont suspendus. Sans tribune, conservateurs, bloquistes et néo-démocrates doivent s’en remettre aux démarches des journalistes pour se frayer un chemin dans la couverture quotidienne pendant que les points de presse du gouvernement se succèdent.

Essentiellement, Justin Trudeau et ses ministres occupent toute la place.

T’es menotté là, c’est la pire des situations, me lance un autre député conservateur. Dans la circonscription, les électeurs appellent pour obtenir de l’aide ou de l’information concernant les programmes d’aide du gouvernement et ils s’attendent à ce que leur élu local puisse les guider, quelle que soit la bannière qu’il ou elle représente. T’en tires aucun crédit, puis si tu tapes du pied, t’as l’air du gros méchant, résume le député conservateur.

J’ai l’impression que mon bureau est devenu un bureau de Service Canada, me lance un néo-démocrate. Et quand il tente de ménager la susceptibilité des électeurs, c’est celle de ses militants qu’il finit par écorcher. Quand [on dit] “Bravo au gouvernement d’avoir fait ça!", on se fait critiquer de ne pas être assez critique. Quand on critique le gouvernement, on se fait critiquer de ne pas participer à l’effort collectif.

Changement de stratégie

En début de crise, Andrew Scheer avait décidé de répondre aux questions des journalistes par téléconférence en direct dans sa circonscription à Regina, en Saskatchewan. Depuis lundi, le chef conservateur a adopté une nouvelle stratégie. Il est revenu à Ottawa, où il tient un point de presse quotidien devant les journalistes de la presse parlementaire, les mêmes qui sont affectés aux annonces du gouvernement.

Si, en privé, plusieurs députés des partis d’opposition estiment que le gouvernement fait un bon travail, le ton du chef conservateur détonne. Pas question de promouvoir une approche équipe Canada comme l'évoquait Justin Trudeau la semaine dernière. Andrew Scheer est critique et incisif. Il a des questions et il exige des réponses.

Une vue en plongée de la Chambre des communes montre cette dernière presque vide.

Les différents partis fédéraux siégeaient en nombre très réduit lors de leurs deux dernières visites aux Communes. Une trentaine de députés, tout au plus, ont débattu du plan d'aide aux entreprises.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

C’est pour cela qu’il réclame la reprise des débats aux Communes dès lundi, comme le prévoit une motion adoptée il y a cinq semaines. Au nom de la santé publique, il est prêt à faire un compromis, soit de siéger avec une trentaine de députés comme lors des deux séances qui ont permis d’adopter les programmes d’aide durant la crise. Pas question d’attendre le parlement virtuel que la Chambre espère pouvoir organiser d’ici un mois.

Les partis de l'opposition doivent pouvoir demander des comptes au gouvernement, dit Andrew Scheer. Maintenant plus que jamais, le Parlement est un service essentiel. Il réclame quatre séances par semaine et interpréterait un refus d’une seule façon. Si le gouvernement veut fermer le parlement, dit-il, il doit expliquer pourquoi.

Entre parlementarisme et partisanerie

Les libéraux assurent qu’ils cherchent une façon de faire fonctionner la Chambre des communes. Je sais que nos institutions doivent continuer à fonctionner pas malgré, mais à cause de la crise, a expliqué Justin Trudeau. Mais pas question de reprendre les débats au détriment de la santé publique.

Et en privé, le discours du chef conservateur fait sourciller, même au sein de ses troupes. Je ne suis tellement pas impressionné par l’approche de notre leader, me confiait un membre du caucus. Ça, c’est le gars qui n’a plus rien à perdre et qui s’en [fiche] un peu, me lançait un autre. Il est encore dans la rhétorique de l’anti-Trudeau!

Surtout qu’au même moment, Québec a annoncé que la suspension des travaux de l'Assemblée nationale était prolongée jusqu’au 5 mai.

Les sénateurs, eux, n’ont pas l'intention de revenir à la Chambre haute avant le 2 juin.

Lors de la dernière séance réduite, une cinquantaine d’employés de la Chambre ont été rappelés au travail. Presque autant de membres du personnel politique étaient sur place, en plus de la vingtaine d’agents de sécurité dans l’édifice. Difficile de croire que la règle des deux mètres a été respectée à la lettre tout au long de la séance.

Alors qu’ils poursuivent leurs négociations, les représentants de tous les partis devraient aussi se demander ce qu’ils diraient aux Canadiens si un élu ou un employé contractait la maladie parce qu’il est revenu au travail, au nom du parlementarisme et de la partisanerie.

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