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Une infirmière pour 173 résidents; des CHSLD privés appellent à l'aide

Incapables d'obtenir du renfort, des directions d'établissements sollicitent les familles des résidents et les syndicats pour supplier le ministère de la Santé.

Une dame dans un fauteuil roulant dans le couloir d'un CHSLD.

Il n'y a pas assez de monde pour soigner correctement les patients dans les CHSLD privés conventionnés.

Photo : Radio-Canada

Financés par le public, mais gérés par le privé, les CHSLD privés conventionnés et les CHSLD privés qui cèdent des places au réseau public se plaignent d’être « les parents pauvres » du système de santé, surtout dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Ils affirment être laissés à leur sort, avec « les miettes » de ce qu’il reste de personnel et de matériel de protection.

La mère de Jean-Pierre Chelhot est déboussolée à l’intérieur des murs du CHSLD Valeo, à Saint-Lambert. Cette semaine, la femme de 84 ans l’a appelé à 5 heures du matin : Elle a 39 de fièvre, elle a peur de mourir, raconte son fils. Elle fait ses besoins dans ses vêtements. Quand elle sonne, personne ne répond.

Le CHSLD privé reconnaît des conditions extrêmes. 35 employés sur 65 manquent à l’appel à cause du coronavirus. Parmi les 94 résidents, 5 ont perdu la vie et un total de 51 ont contracté la COVID-19. Pour ajouter à la complexité, deux tiers des malades détectés ne présentent aucun symptôme.

En vain, durant les deux dernières semaines, la direction et les propriétaires de l’établissement ont réclamé au Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre d’intervenir de façon urgente pour envoyer en renfort des préposés aux bénéficiaires, des infirmières et des médecins.

« Nos mères et nos pères croupissent comme des rats isolés et coupés du monde. Et moi, coincé chez nous, je ne peux rien faire. »

— Une citation de  Jean-Pierre Chelhot, fils d’une résidente du CHSLD Valeo, à Saint-Lambert.

Mais, vendredi, M. Chelhot et deux autres enfants de résidents, qui forment le comité des usagers, ont réussi à sauver l’établissement de la catastrophe.

Groupe Champlain, qui possède Valeo, nous a sollicités pour demander de l’aide au CISSS de la Montérégie-Centre, parce qu’ils n’arrivaient à rien obtenir depuis deux semaines, raconte-t-il.

Le comité des usagers a adressé une lettre vendredi matin au CISSS, ainsi qu’à la ministre de la Santé Danielle McCann et à celle responsable des Aînés, Marguerite Blais. Une copie a été envoyée à Radio-Canada.

En l’espace de quelques heures, ils ont obtenu une réponse du PDG du CISSS lui-même, et du renfort de personnel pour la fin de semaine et lundi.

C’est déplorable qu’ils soient rendus de nous demander à nous d’intervenir, dit Jean-Pierre Chelhot. Ils sont vraiment dépourvus.

« J’ai l’impression qu’on est en train de concentrer les efforts sur les CHSLD publics, mais on oublie qu’il y a aussi un problème au niveau des CHSLD privés. »

— Une citation de  Jean-Pierre Chelhot, fils d’une résidente du CHSLD Valeo, à Saint-Lambert

Dans une version précédente de cet article, il était écrit que le CHSLD Valeo est un établissement privé conventionné. En fait, il est plutôt un CHSLD privé dont les deux tiers des places sont un partenariat avec le réseau public.

Du matériel de protection du privé réquisitionné pour le public?

Masques respiratoires N95.

Certains CHSLD privés conventionnés n'ont pas de masques N95.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Sur 59 CHSLD privés conventionnés au Québec, un tiers se retrouve sur la liste des résidences touchées par la COVID-19.

C’est insoutenable, dit la directrice générale de l’Association des établissements privés conventionnés, Annick Lavoie. On nous dit qu’on va nous envoyer du matériel de protection, puis à la dernière minute, ce n’est plus possible. Elle affirme que certains centres intégrés de santé lui ont répondu que ses membres passeraient en second.

Le personnel de CHSLD privés conventionnés rapporte une absence de masques N95, elles manquent de protection pour les yeux, de jaquettes, d’écouvillons pour les tests.

« On n’est même plus capables de faire affaire avec nos propres fournisseurs, qui refusent de nous envoyer des commandes, parce qu’elles sont toutes réquisitionnées par le ministère de la Santé, qui les distribue aux CISSS et aux CIUSSS. »

— Une citation de  Annick Lavoie, directrice générale de l’Association des établissements privés conventionnés

Cette réquisition est confirmée par la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, secteur privé (FIQP), Sonia Mancier : Les CISSS et les CIUSSS donnent la priorité à leurs établissements publics, les CHSLD privés conventionnés récoltent les miettes. Ce sont les parents pauvres de la santé.

La FIQP a même été sollicitée par des directions d’établissements pour les aider à mettre de la pression sur deux CIUSSS afin d’obtenir un approvisionnement en équipement de protection.

Des « ratios déments »

Personnes âgées

Il n'est pas rare de dépasser la norme d'une infirmière pour un maximum de 96 patients, la nuit, dans les CHSLD privés conventionnés.

Photo : Radio-Canada

La présidente du syndicat envoie quand même une flèche aux établissements de santé privés qui maintenaient, déjà avant la crise, des ratios infirmière-patients « qui n’étaient pas très bons dès le départ ». Dans le contexte où on est aujourd’hui, c’est encore pire, dit Sonia Mancier.

Alors que beaucoup d’infirmières travaillent 16 heures par jour durant la crise, certains CHSLD privés conventionnés dépassent largement la norme d’une infirmière pour un maximum de 32 patients, le jour, une infirmière pour un maximum de 64 le soir, et une pour un maximum de 96 la nuit.

« On a des infirmières toutes seules la nuit avec 150 patients, j’ai même vu récemment une pour 173. »

— Une citation de  Sonia Mancier, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, secteur privé

La FIQ aimerait que le gouvernement abaisse ses ratios de référence à une infirmière pour un maximum de 27 patients le jour, jusqu’à 32 le soir et jusqu’à 44 la nuit.

Au CHSLD Valeo, de Saint-Lambert, le CISSS de la Montérégie-Centre a envoyé trois infirmières, vendredi, ainsi qu’une infirmière auxiliaire et deux préposés aux bénéficiaires. Pour la fin de semaine, une infirmière, un médecin généraliste et un médecin spécialiste viendront prêter main-forte.

Soyez assuré de notre engagement à vous soutenir, a répondu le PDG du CISSS, Richard Deschamps, au comité d’usagers. Nous partageons vos préoccupations.

Le gestionnaire du réseau a tout de même tenu à préciser que la situation de main-d’œuvre pour les CHSLD s’avère difficile pour l’ensemble de nos installations en ce temps de pandémie.

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