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Puits inactifs de l’Alberta, un coût environnemental jamais mesuré

Des installations rouillées de gaz au milieu d'un champ.

L'Alberta compte environ 170 000 puits qui ne produisent plus de pétrole et de gaz.

Photo : Radio-Canada / Dave Rae

Derrière son lutrin, le premier ministre Justin Trudeau a envoyé un cadeau à l’Alberta : 1,7 milliard de dollars pour nettoyer les puits abandonnés et orphelins de la province ainsi que ceux de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique. Mais pour nettoyer quoi? Le défi est difficile à quantifier parce que les risques environnementaux de ces puits n'ont jamais été mesurés.

Des centaines de propriétaires terriens comme les Dorin doivent vivre dans cette incertitude.

Des années de lutte

Le puits au bout du jardin de cette famille installée à Didsbury, au nord-ouest de Calgary, a aujourd’hui disparu en surface, mais le couple raconte les années de bataille pour en arriver là.

Je suis encore en colère et frustrée, et pas seulement pour moi. Du jour où ce puits a été foré, il a eu un effet majeur sur notre famille, explique Shirley Dorin.

Deux hommes et une femme sont attablés dans la cuisine.

Même si le puits sur leur propriété a été finalement nettoyé, il occupe encore beaucoup de conversations chez les Dorin.

Photo : Radio-Canada / Justin Pennell

Depuis 1977, le puits a changé plusieurs fois de propriétaires sans que la famille ne soit tenue au courant des activités qui se déroulaient à quelques mètres de chez eux. Même une fois la production terminée, le manque d’information a continué d’avoir un impact sur la famille.

Pendant des années, la pompe gisait sur le côté. Du pétrole coulait d’un robinet dans un bassin. Les mauvaises herbes poussaient à tout-va, décrit Mme Dorin.

Shirley Dorin regarde par la fenêtre.

Shirley Dorin pouvait voir le puits de sa fenêtre.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Un de leur fils, Mark, qui travaille dans l’industrie pétrolière, a repris le dossier en 2003. Il a découvert que le puits n’avait pas été suspendu correctement, ce qui ne sera pas fait avant 2011. J’étais très inquiet. Personne ne passait vérifier les installations, dit-il. 

C’était un risque de santé publique au sein même de la municipalité de Didsbury.

Mark Dorin, représentant de propriétaires terriens

Aucune mesure des GES

L’Agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta requiert des inspections régulières des puits inactifs. Elle ne demande cependant pas aux entreprises de mesurer les émissions de gaz des puits une fois le processus d’abandon terminé.

L’Association des puits orphelins qui s’occupe des installations dont les propriétaires ont fait faillite ne collige pas non plus de données sur ces fuites. Et, pourtant, le risque est là.

Je suis à peu près sûre que les puits inactifs de l’Alberta laissent échapper du méthane dans l’atmosphère. Toute la question, c’est dans quelle proportion..., affirme la professeure adjointe en ingénierie civile à l’Université McGill Mary Kang.

Mme Kang est une des très rares scientifiques qui a étudié les fuites des puits inactifs qu’ils soient suspendus, abandonnés ou orphelins. Ses mesures en Pennsylvanie ont montré que même les puits abandonnés dans les règles de l’art émettent du méthane.

Certains n’émettent presque rien. [...] Mais il y a aussi quelques super émetteurs qui contribuent pour plus de 5 % des émissions totales, explique-t-elle.

Une étude inachevée

L’Alberta en a déjà eu un aperçu. À Calmar, en 2010, cinq maisons ont été détruites pour boucher un puits gazier abandonné qui laissait échapper du méthane.

L’Agence de réglementation de l’énergie a également produit une ébauche de rapport sur la toxicité des puits abandonnés en milieu urbain en novembre 2016. Environ 10 % des puits concernés émettaient du méthane.

Cependant, seule une partie des puits avait pu être retrouvée. La phase deux de l’étude qui devait s’intéresser aux puits en milieu rural n’a jamais eu lieu.

Selon la porte-parole de l’Agence, Paula Ogonoski, les ressources financières ont été redirigées vers les inspections plutôt que vers la poursuite des études.

Un morceau rouillé de puits gazier au milieu d'un champ.

Mesurer les émissions de méthane des puits abandonnés et orphelins demande une étude de grande ampleur, selon Mme Kang.

Photo : Radio-Canada / Dave Rae

Mary Kang explique toutefois que les facteurs expliquant ces fuites peuvent être tellement nombreux qu’il est difficile de les dénombrer, mais aussi de les prévenir.

Des tests à grande échelle sont, selon elle, nécessaires parce que les risques pour l’environnement et la santé sont importants. 

Ce qu'on voit à la surface ne nous indique pas ce qu’il se passe en dessous.

Mary Kang, professeure adjointe en ingénierie civile

Le groupe Alberta Liabilities Disclosure Project, auquel Mark Dorin appartient, demande ainsi plus d’études pour quantifier le coût environnemental et sanitaire des puits inactifs. Plus d’inspections sont aussi nécessaires, selon le fondateur du groupe Regan Boychuk.

Nous devons rester vigilants. Remplacer les bouchons des puits tous les 20 à 30 ans pour s’assurer qu’il n'en échappe pas du méthane, croit-il.

Il ajoute que les entreprises doivent être responsables du coût supplémentaire de ces mesures.

Le mécontentement croissant des propriétaires terriens lui fait espérer que le nettoyage des puits aura bien lieu.

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